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Who Killed Bambi ?

MJ 1 Je me souviens, cela devait être il y a une quinzaine d’années. J’effectuais une promenade nocturne non loin de l’Institut du Monde Arabe avec un ami tout aussi noctambule que moi, lorsque nous abordâmes, dans notre conversation, les cas réciproques d’Elvis Presley et de Michael Jackson. Sans doute était-ce peu après le mariage de ce dernier avec Lise Marie Presley. Mon ami faisait un parallèle entre la fin de carrière d’Elvis avec la fin de carrière annoncée de Michael Jackson, dont les multiples opérations faciales pouvaient être comparées au costume blanc chatoyant et kitschissime de son prestigieux beau-père. Dans les deux cas, on repérait la même dérive mégalomane qui confinait au ridicule, le même désir de se modifier, de se transformer pour mieux incarner un mythe.  Dans les deux cas, ces artistes au summum de leur carrière se trouvaient mêlés à une histoire de pédophilie (On a tendance à l’occulter depuis, mais Elvis Presley avait défrayé la chronique quelques années avant sa mort pour une sordide histoire avec des gamines de 12 ans).
Cette nuit-là, au cours de notre discussion, j’étais allé plus loin dans cette comparaison en affirmant qu’il y avait des chances que les deux stars partagent un même destin final. Michael Jackson est quelqu’un que l’on n’imaginait pas vieillir, et lui-même ne devait pas se projeter non plus en patriarche aux cheveux blancs. Et je me rappelle très nettement avoir dit que j’étais certain qu’on le retrouverait un jour mort dans sa propriété du Neverland, victime d’un mauvais mélange de médicaments, et peut-être même le pantalon sur les chevilles comme son glorieux aîné (Ca aussi, on l’oublie quelque peu, mais le cœur d’Elvis a lâché suite à des efforts dus à une constipation un peu intense).
Quinze ans plus tard, à quelques détails près, je me trouve soudain pris en flagrant délit de clairvoyance. Et même si tout ça ne me rend pas spécialement joyeux, je trouve que selon cette bonne vieille loi selon laquelle les morts sont toujours des braves types, on a tendance à prêter à Michael Jackson une réputation et une carrière qu’il était loin d’avoir, tout en misant sur une postérité qui me semble tout autant discutable. Bref, face à tous ces gens qui hurlent au génie, peut-être n’est-il pas inutile de remettre les pendules à l’heure.


A LA BONNE SOUPE


Car Michael Jackson était avant tout un faiseur de soupe, inutile de s’en cacher. Celui qu’on dépeint soi-disant comme l’homme qui a fait rentrer la musique noire dans les foyers des blancs a en fait connu le succès à partir du moment où il a précisément cessé de faire de la musique noire. Il faut savoir que le premier tube de Michael Jackson, « Don’t Stop Til You Get Enough » (1979) est extrait de son sixième album studio – les cinq précédents étant purement des albums funk/soul n’ayant connu qu’un succès d’estime.
Il faut tout de même être conscient que la première musique noire à être entrée dans les foyers des blancs, c’est le jazz. Après cela, c’est le rock’n’roll de Chuck Berry ou les chansons de soul music des Supremes, le premier groupe de Diana Ross, qui ont fait l’unanimité chez la population blanche des Etats-Unis, puis du monde entier. On pourra à la rigueur reconnaître aux Jackson 5 le fait d’avoir touché une certaine jeunesse blanche, et encore, en tablant sur une image très caricaturale des Noirs, strictement obligatoire à l’époque. Il fallait avoir l’air gentil, chanter des chansons positives et ensoleillées, et si en plus on avait comme interprètes des enfants ou des adolescents, c’était encore mieux, car ils attisaient généralement moins la haine raciste que les adultes.
Vous trouvez que c’était une politique ignoble, typique des Etats-Unis ? Rassurez-vous, en France, on ne faisait pas mieux. Rappelez-vous les pitreries d’Henri Salvador ou même, apparus avant les Jackson 5 et jouant sur le même concept de groupe vocal familial, nous avions déniché Les Surfs, qui connurent une carrière fulgurante dans les années 1963-1965 en adaptant en français des standards du rock américain. A cette époque, partout dans le monde, être Noir et célèbre nécessitait soit d’être un comique un peu débile, soit de prolonger une vision coloniale occidentale façon "Banania", ce qui constituait pour ceux qui entraient dans l'élite artistique une façon de se faire pardonner d’être Noir. En ce sens, les Jackson 5 ont poussé à l'extrême le succès de ce genre de formation, mais ils n’ont rien fait vraiment pour  incarner une vision différente du peuple afro-américain.
A l’origine et jusqu’à sa finalité, la famille Jackson s’est toujours conformée à l’image que les Blancs voulaient avoir des Noirs. Il n’y a jamais eu chez eux le moindre souci révolutionnaire ou militant. En faire aujourd’hui des fers de lance de la cause noire serait une totale hypocrisie, voire du pur révisionnisme.
Mais si cela même vaut pour les Jackson 5, on atteint des sommets dans l’opportunisme le plus dénué de scrupules avec la carrière solo de Michael Jackson. Déjà, après une poignée d’albums sans doute un peu trop dans la lignée de son groupe, Michael Jackson quitta Motown, le mythique label de musiques noires, en 1979 pour signer sur Epic, une succursale de CBS, l’un des plus gros labels de l’époque.
Michael Jackson fut confié à Quincy Jones, qui va lentement le sortir de son personnage enfantinMJ 2 pour en faire un jeune homme moderne des années 80. Ainsi, « Off The Wall » est un album plus orienté disco, accueillant des participations d’artistes ou de musiciens blancs, dont les plus prestigieux seront Paul et Linda Mc Cartney. Quincy Jones va également rendre un grand service à son protégé en lui permettant de participer, pour la première fois, aux compositions et à la production de ses albums. Il n’empêche que Michael Jackson n’étant pas le moins du monde musicien, il n’écrira jamais que les mélodies vocales de ses chansons, laissant à des armées de producteurs aguerris, le soin d’en tirer des morceaux aboutis.
Enfin, l’album « Thriller » va amener Michael Jackson à intégrer dans sa musique des sonorités new wave très tendance et une importante touche de rock FM authentiquement blanche. La présence de Steve Lukather, bassiste du groupe FM TOTO et celle d'Eddie Van Halen, guitariste du groupe hard-rock VAN HALEN va donner une couleur rock totalement dans l’air du temps, mais très éloignée des canons de la musique noire. « Thriller » marque le détournement assumé de Michael Jackson de ses origines noires pour s’investir dans un métissage musical commercial et racoleur, qui va néanmoins faire sa fortune.
En ce sens, Michael Jackson est effectivement un pionnier. Il est le premier à chercher ce métissage dilué dans sa musique, et il ne tardera plus longtemps à l’appliquer à son propre corps. Michael Jackson est hélas prêt à tous les compromis pour rester l’enfant-star qu’il a été, tout en brisant définitivement avec son image de gentil petit noir souriant.
L’une des stratégies les plus marquantes de ce changement d’image va se traduire par une importante série de clips vidéo où l’ex-enfant roi de la soul va essayer de nous convaincre qu’il est un bad boy de la pire espèce. Si le clip de « Billie Jean » reste dans la continuité de l’image quelque peu angélique que donne Michael Jackson, son rôle de conciliateur un peu brutal dans le clip de « Beat It », de mort-vivant groovy dans celui de « Thriller », puis, pour l’album « Bad », le clip cuir et chaînes de « Bad », celui de harceleur sexuel des rues dans « The Way You Make Me Feel » ou celui encore de parrain mafioso de « Smooth Criminal », Michael Jackson n’aura de cesse de vouloir prouver qu’il est un vilain garçon des quartiers chauds, ce à quoi, définitivement, on ne croira jamais.
Difficile de dire encore aujourd’hui qu’est-ce qui amenait chez Michael Jackson, surtout connu pour son message d’amour universel d’une grande niaiserie, à cultiver avec autant de soin des pulsions violentes et morbides qui transparaissent même dans les titres de ses albums et maxis (« Thriller », « Bad », « Dangerous », « Blood On The Dance Floor », « Ghosts »). D’aucuns y verront justement une forme d’émancipation, d’affirmation d’une personnalité tourmentée en opposition directe avec la vision coloniale des Blancs occidentaux. Reste qu’il y avait des moyens plus subtils et plus intelligents d’affirmer sa différence, et qu’en dehors de cela, Michael Jackson ne s’est jamais engagé véritablement dans une forme de militantisme actif, se contentant de parler d’égalité, d’universalité dans des termes aussi flous que viscéralement naïfs.
Paradoxe artistique ? Stratégie commerciale très personnelle ? Certes, Michael vient du pays où est né Halloween, et où le fantastique et l’horreur ont une dimension beaucoup plus ludique que pour nous autres, européens. Il n’empêche, Michael Jackson n’est même pas passé encore sur le billard qu’il est déjà un nœud de paradoxes.
Que reste-t-il aujourd’hui de sa musique ? Peu de choses, en fait. Ayant chaque fois, grâce à des armées de producteurs zélés, réalisé des instantanés de chacune des époques qu’il traversait, Michael Jackson possède un répertoire très daté, auquel on trouvera surtout une couleur nostalgique. Ses albums ont tellement mal vieilli qu’ils sont devenus rétro avant même d’être ringards. Comme leur auteur, les chansons de Michael Jackson ont surtout valeur de curiosités, de bizarreries de la nature, elles cristallisent, avec une telle précision, les plus éphémères des modes qu’on en vient à se demander si ces modes ont vraiment existé un jour.
Les âmes simples s’y retrouveront, mais les âmes simples se retrouvent toujours dans à peu près n’importe quoi d'un peu voyant. De là viendra ce surnom de « King of Pop », une appellation qui peut nous surprendre, car le mot « pop » s’applique, pour nous européens, à une musique entre rock et folk, héritée des Beatles, alors qu’aux Etats-Unis, le terme « pop » désigne ce que l’on appelle de par chez nous les « variétés ». Cela même prouve que Michael Jackson n’était plus perçu par personne comme un chanteur de musique noire, mais comme un chanteur de variétés.


PORTRAIT D’UN CLOWN



MJ 4 Depuis son premier rôle au cinéma, celui de l’épouvantail dans « The Wiz » en 1978, Michael Jackson va tout faire pour devenir inhumain. Il est d’ailleurs étonnant que ses talents de danseurs, révérés par tant de fans, n’aient pas mis plus tôt la puce à l’oreille. La plupart des gestuelles inventées par Michael Jackson sont robotiques, saccadées, mécaniques et inhumaines. Peu de sensualité dans sa danse, quoi qu'on en dise. Michael Jackson cherche clairement au travers de cette danse aride à échapper aux contingences terrestres, à fonctionner à l'envers, comme avec son "moonwalk", dont personne ne semble avoir mesuré toute la symbolique du fait de reculer tout en ayant l'air d'avancer.
Les imbéciles, avec cette parfaite unité qui leur fait applaudir les phénomènes de foire, n’en finissent pas d’encenser Michael Jackson le danseur, le "moonwalker", dont chaque démonstration publique suscitait d'assez incompréhensibles crises d'hystérie.
C’est vers le milieu des années 80 que Michael Jackson découvre l’ivresse du bistouri. Le début d’une longue série de transformations physiques purement narcissiques et qui l’amèneront à être à la fin de sa vie plus terrifiant sans maquillage que grimé en zombie dans le clip de « Thriller ». Jusqu’au bout, Michael Jackson niera cette transformation, se justifiera d’accidents divers ou d’une maladie de peau tenace (et terriblement blanchissante).
A une époque, il sera surnommé Bambi, tant on a l’impression que ses transformations visent à le rapprocher physiquement du personnage de Walt Disney. Cela n’ira pas jusqu’à se faire implanter des poils roux, mais ce sera limite.
Viendra alors le temps de l’aventure « Moonwalker », première marque de mégalomanie galopante. Ce film, collage de clips vidéos et d’extraits live, reliés entre eux par une improbable histoire de trafic de drogue, fut considéré à sa sortie comme l’une des plus grosses bouses cinématographiques de tous les temps. Seuls les fans de Michael Jackson y retrouvèrent tout ce qu’ils aimaient.
 « Moonwalker » va néanmoins changer totalement l’image qu’avait Michael Jackson dans les médias. Pour la première fois, on se gausse du personnage, de sa mégalomanie boursouflée, de son moralisme démagogique et simpliste à l’extrême. On commence aussi à se rendre compte que Michael Jackson est mentalement atteint, que l’on est plus dans la démarche commerciale foireuse, mais dans le caprice de star pathologique. Michael Jackson va être durant les cinq années suivantes la risée de toutes les personnes ayant un minimum de cervelle. Très logiquement, son public va se décerveler de plus en plus. Le succès du clip « Black & White », et ses effets numériques inédits à l’époque, va un temps inverser la tendance, mais cela n’empêchera bien évidemment pas les critiques de faire remarquer avec justesse que l’on est mal placé pour encenser l’égalité entre Blancs et Noirs lorsque soi-même on est un Noir qui a dépensé des fortunes pour devenir Blanc.
Michael Jackson vit avec « Dangerous » ce qui sera son dernier succès commercial. L’année 1993 marquera le début d’une longue chute qui s’est achevée jeudi dernier.   
 

      

LAISSEZ VENIR A MOI LES PETITS ENFANTS


Michael Jackson s’est toujours réclamé un grand enfant, ami des petits enfants. Jusqu’à l’affaire du petit Jordan Chandler, personne n’avait sérieusement envisagé que Michael Jackson puisse être autre chose que ce qu’il prétendait être. Peut-être parce qu’il avait été star dès son plus jeune âge, le public avait continué à voir en lui cet enfant prodige qui ne semblait vivre que pour la musique. Lui-même, en ne s’affichant jamais avec une compagne, n’avait pas laissé soupçonner le fait que sa puberté puisse s'être un jour éveillé. La question ne se posait pas. Au pire, comme toute vedette mondiale, il pouvait toujours entretenir une discrétion sans faille sur sa vie privée, ou avoir des liaisons trop instables pour qu’elles puissent sérieusement alimenter les tabloïds.
En 1993, on apprend donc que la luxueuse propriété nommée « Neverland » que sa fortune lui a permis d’acquérir, sert de théâtre à d’étranges soirées passées en compagnie de jeunes enfants avoisinants. Dix ans plus tard, Michael Jackson reconnaîttra sans scrupules excessifs dormir en leur compagnie. Hélas pour lui, le petit Jordan Chandler présentera une toute autre version, parlant de masturbation et de fllations réciproques. L'enfant donne même une description parfaitement exacte des organes sexuels de Michael Jackson. Une pensée émue pour les enquêteurs qui ont dû obliger le King Of Pop à baisser son slip pour chercher les sept différences... Des rumeurs auraient également couru à propos de Macaulay Culkin, héros du film "Maman, J'ai Raté l'Avion", et que l'on aperçoit au début du clip de "Black & White". Tout ça a été très rapidement étouffé, mais peut-être n'était-ce dans ce cas que de simples rumeurs.
Michael Jackson clamera son innocence sans faillir, et la payera rubis sur l’ongle. Par la suite, la Justice californienne changera même un certain nombre de ses règlements, afin de mieux empêcher par des voies légales l’achat de plaignants ou de témoins par un prévenu fortuné.
En 2003, Michael Jackson sera à nouveau accusé par d’abus sexuels sur la personnalité de deux MJ 6 très jeunes adolescents, Gavin Arvizo et son frère. Les détails sont beaucoup plus croustillants, mais ce sera finalement la mère de ces deux enfants, une habituée des tentatives d’extorsion de fonds par des voies judiciaires, qui fera échouer le procès, son manque de crédibilité et les incohérences de ses témoignages avec ceux de ses enfants faisant naître le doute, d’autant plus qu’elle prétend avoir été elle-même séquestrée à « Neverland » pendant que ses enfants étaient régulièrement violés, ce qui devient un peu trop grandguignolesque. De plus, miss Arvizo est soupçonnée d’avoir été manipulée elle-même par Thomas Sneddon, le juge d’instruction chargé de l’affaire, qui se trouve avoir été aussi celui qui fut contraint de classer l’affaire du petit Jordan Chandler.
Alors Michael Jackson ne serait finalement qu’une victime d’amateurs de gros sous ou d'un juge revanchard ? Pas certain. Il est possible que le juge Sneddon ait voulu orchestrer une fausse histoire pour empêcher un homme de se placer impunément au-dessus de la loi. Méthode plus que discutable, mais intention louable, en tout cas plus digne d’un juge d’instruction que la simple vengeance envers un prévenu qui lui aurait glissé entre les doigts dix ans auparavant.
Pour ma part, je ne pense pas qu’il y ait de fumée sans feu. Le mariage bidon avec Lise Marie Presley en 1994 (que la fille du King Of Rock elle-même déclara à l’époque ne jamais avoir été consommé), plus les deux enfants eus avec Debbie Rowe en 1997 et 1998, tous deux parfaitement blancs et arrachés à leur mère en échange d’une somme colossale et d’une rente à vie de 40 000 $ par mois, montrent en tout cas que Michael Jackson semblait peu se soucier des femmes, et plus se passionner pour les enfants. Enfin, à conditions qu’il ne soient pas noirs, cela va de soi...
Qui plus est, nous avons là aussi le portrait d’un homme prêt à dépenser des sommes hallucinantes pour obtenir ce qu’il veut, et sans se poser la question des conséquences ou de la morale. Ce qui est plutôt un trait de caractère récurrent chez les pédophiles. 
Toujours est-il que la mégalomanie de Michael Jackson arrivera à son point culminant, avec la sortie de « HIStory », un faux double album, proposant une sorte de best of plus ou moins remixé et un nouvel album à l’imagerie quasiment fasciste, qui brillera par un grand nombre de morceaux aux rythmiques plutôt martiales, dont on retiendra essentiellement le clip ultra-mégalomane de « Earth Song » et celui encore plus malsain de « They Don’t Care About Us ». Pour la première fois, le succès commercial n’est pas au rendez-vous. Michael Jackson en fait trop, sa mégalomanie est trop apparente, son message moraliste sonne faux et l’esthétique de l’album dérange vraiment. Même la ballade « You Are Not Alone », célébrant prétendument sa love story avec Lise Marie Presley, ne donnera pas le change.
Huit ans plus tard, lors de la sortie d’ « Invincible », qui se vendra encore moins, Michael Jackson ne trouvera rien d’autre à faire qu’injurier le directeur de son label, responsable selon lui de son échec commercial. Preuve que le doute et l'assumation de l'échec étaient loin d'être les principales qualités de Michael Jackson.
Personne en tout cas ne peut nier aujourd’hui que celui qui a prétendu si longtemps avoir conservé en lui toute la pureté de l’enfance était finalement tombé dans une perversité qui n’avait plus rien d’innocent. Penser à Michael Jackson aujourd’hui est aussi malaisé que de regarder son visage de son vivant. Cette esthétique artificielle et aseptisée qui fit de lui un monstre hideux et inhumain, ne fut-elle appliquée qu’à son corps ? Difficile à croire…


« PETER PAN M’A TUER »


MJ 3 Aujourd’hui, maintenant que les limites de l’âge se sont rappelées définitivement à Michael Jackson, peut-être faut-il ouvrir les yeux sur « le syndrome de Peter Pan », cette pathologie mentale considérée guère plus aujourd’hui que comme un tic générationnel et dont Michael Jackson fut à la fois l’initiateur et la première victime tragique.
Refuser l’âge adulte, c’est refuser la réalité même de la vie. L’enfance est bercée d’imaginaire, et vouloir perpétuer cette enfance, c’est aussi vivre dans l’imaginaire. Deux dimensions d’imaginaire pèsent lourd face à une réalité qui n’a que faire de nos attentes. Néanmoins, il faut l’accepter parce qu’il n’y a pas d’autre alternative. On peut trouver ça injuste, mais l’injustice est une notion purement humaine. Elle n’existe nulle part ailleurs sur Terre ou dans l’univers. Le sentiment d’injustice est cependant une vraie qualité, une vraie vertu, il nous pousse à la civilisation. Mais il ne doit pas se heurter en toute chose avec la réalité. Être adulte, précisément, c’est apprendre à concilier, c’est faire la paix avec le monde et avec soi-même.
Il est de bon ton en ce moment de pleurer l’enfance brisée de Michael Jackson, et de puiser là l’origine de toutes ses déviances. Je ne doute pas que l’enfance de Michael Jackson ait été difficile. Mais à ce qu’il me semble, elle n’a pas été non plus douloureuse. Être une star à 8 ans, ça a tout de même pas mal d’avantages. Combien d’entre nous ont eu une enfance heureuse et vivent aujourd’hui une vie qui ne leur convient pas ? Combien d’entre nous auraient volontiers échangé leur place contre celle de Michael Jackson, quitte à se prendre une discipline de fer et à être Noir dans un pays franchement raciste à l'époque ?
Le destin de Michael Jackson est un destin doré. C’est lui, et personne d’autre, qui en a fait trois décennies de cauchemar. Il a regretté amèrement, à plusieurs reprises, le manque d’affection de son père. Mais l’affection d’un père pèse-t-elle lourd face à la destinée que Michael Jackson a eu ? Des centaines de millions de gens étaient prêts à lui donner tout l’amour dont il avait manqué. Parmi ceux qui me lisent, lesquels oseraient dire qu’ils n’auraient pour rien au monde échangé leur propre père, aussi aimant fut-il, contre une jeunesse de bébé star isolé ?
L’enfance est une étape cruciale dans l’existence, mais il ne faut pas en faire autre chose que l’antichambre de la vie. C’est lorsque l’on sort de l’enfance que la vie commence réellement, que la personnalité se développe, que la sensibilité s’affine. Se réfugier dans l’enfance, refuser d’en sortir, c’est être un lâche, c’est détester la vie avant même de la connaître. C’est consacrer son existence au plus indigne des caprices.
Et surtout, en dehors de tout jugement moral, c’est quelque chose qui ne marche pas, qui ne fonctionne pas, et qui vous amène doucement vers la mort. Michael Jackson vient d’en faire la tragique expérience, et nous devrions tous en tirer une leçon définitive.
Car le trait majeur qui demeurera de Michael Jackson, celui qui effacera à mon sens toute sa postérité, c’est sa terrible inconséquence. Tout ce qu’il a refusé d’accepter durant toute son existence va éclabousser tous ses proches durant encore de nombreuses années. Ne nous y trompons pas, le véritable héritage de Michael Jackson, c’est la souffrance.


UN MAUSOLÉE DE BOUE


A l’heure où j’écris ces lignes, l’origine de l’arrêt cardiaque de Michael Jackson n’est pas encore connue. Son autopsie, révélant d’affreux détails sur son état de délabrement physique, est sujette à des doutes et des dénis, qui amèneront probablement d’autres autopsies. La famille Jackson veut déjà procéder à une autopsie avec un médecin choisi par elle, sans doute pour mieux dissimuler ce qui doit l’être. Les médias, les policiers et la famille du défunt se débattent au milieu des lambeaux d’une existence fondamentalement basée sur la folie et le mensonge. Malgré le mal que se donnent les intéressés, les prochaines années vont voir de plus en plus de révélations apparaître sur ce que fut la vraie vie de Michael Jackson. Toute la boue sordide de son existence secrète va lentement émerger à la lumière et laisser à toutes les générations qui ont grandi sur sa musique un souvenir amer, malaisé, et sans doute un écoeurement irréversible.
Parmi tous les petits garçons qui ont partagé la couche de Michael, il s’en trouvera sans doute un bon nombre qui, parvenus à l’âge adulte, auront besoin de raconter ce qui s’est passé.
Les propres enfants de Michael, parvenus eux-mêmes à l’adolescence, comprendront rapidement en se regardant dans le miroir qu’ils n’ont pas une goutte de sang noir, que leur grand-mère n’est pas leur grand-mère, que l’empire dont ils hériteront, ils ne le devront qu’à la folie d’un homme qui n’a jamais été leur père.
Lise Marie Presley et Debbie Rowe auront sûrement elles aussi, un jour, de sacrées révélations à faire sur les circonstances de leurs noces avec Michael Jackson.
Nous ne sommes qu’au début de ce qui restera probablement l’un des plus monstrueux scandales de l’histoire des Etats-Unis. Derrière Michael Jackson, se profilent d’étranges spectres malsains issus de l’aspect le plus obscur du patrimoine de l’humanité : Caligula, Lucrèce Borgia, Erzsébet Báthory, Gilles de Rais…
Il y a effectivement quelques uns de ces sacrés monstres derrière la personnalité de ce monstre sacré. D’ailleurs, sacré pour combien de temps ? Qu’est-ce qui survivra de Michael Jackson, exactement ? Parmi cette foule de gens endeuillés, qui pleurent aux quatre coins du globes et qui se réunissent pour déposer des fleurs et des bougies à des endroits symboliques (ils ont tous vu à la télé que c’est comme ça qu’on fait), combien véritablement feront encore tourner un disque de Michael Jackson dans vingt ans ? Parlera-t-on seulement encore de sa musique, alors que ses enfants et ce qui restera de sa famille se déchireront son titanesque héritage pour le plus grand plaisir des journaux à scandales ?
Certes, Michael Jackson n’aura tué personne, mais il est plus que probable qu’il aura gâché l’existence de bien des gens, à commencer par la sienne. L’histoire tranchera, même si dans un premier temps, en égard au disparu, on se tentera au possible d’arrondir les angles.
Et puis, au-delà du respect dû au mort, la disparition soudaine de Michael Jackson a boosté ses ventes de disques. C'est une assez étrange réaction que de s’acheter brutalement les disques d’un chanteur parce qu’il vient de mourir. C’est quelque chose qui arrive toujours plus ou moins, mais, en ce qui concerne Michael Jackson, cela atteint une intensité jamais vue auparavant. D’où la question que je poserai comme conclusion de ce court pamphlet : les fans de Michael Jackson ne seraient-ils pas finalement largement aussi malsains que lui ?

MJ 5

Be Seeing You

Be Seeing You Je ne suis pas un homme libre, je suis un numéro.
Je suis fiché, estampillé, enregistré, classé, déclassé et numéroté. Et je ne peux même pas démissionner. J’étais à peine né que j’alimentais déjà une base de données. Chaque jour, chaque semaine, des doigts anonymes tapaient mon nom, mon prénom, ma date de naissance sur un papier blanc, bleu, rose, sur des machines à écrire, puis sur des claviers d’ordinateurs. Et comme c’est fatigant de taper tout cela, comme cela suggère l’éventualité de l’unicité d’un individu, alors on m’a codifié; je suis devenu une série de chiffres, puis une deuxième série de chiffres complémentaire de la première, puis une troisième encore, et ainsi de suite. Je suis ligoté de numéros à en étouffer de vivre.
Mais ce ne sont pas les chiffres en eux-mêmes qui m’étouffent, c’est le fait que le numéro soit la norme. On ne vous cachera jamais votre numéro, au contraire, il va de soi. C’est tellement évident qu’on ne vous demande même pas votre avis. Il n’y a pas d’avis à avoir sur les évidences.
Il y a un peu plus de 40 ans, quand un numéro 6 s’est retrouvé prisonnier dans le Village, il s’est finalement assez rapidement évadé. Le concept était encore un peu balbutiant. On truquait sottement les cartes, on plaçait en des lieux stratégiques des sphères redoutables, mais tout cela n’empêchait pas les plus astucieux de passer tôt ou tard en zone libre. C’était ça, le point faible : la zone libre. Et donc le village s’est considérablement élargi à toute la planète, jusqu’à éradiquer toute zone libre ou alternative. Certes on a un peu rogné sur l’architecture, mais il fallait penser en termes de rapidité et de rentabilité. L’ordinateur nous a beaucoup aidés, il nous a suggéré ces formes pures, élancées, empilées. C’est pour ça que nos villes ressemblent à des circuits imprimés. C’est pour ça que la grisaille de nos édifices évoque la bakélite de nos Impersonnels Computers. C’est pour ça que nous sommes tous aussi libres et épanouis que des Sims.
Le numéro 2 a également développé ses activités. Il n’a plus dix-sept visages, il en a  désormais des millions. Quand je sors de ma geôle, je peux voir les milliers d’affiches colorées qu’il a collées un peu partout à mon intention. Il est très expansif, il soigne sa communication. Je reçois beaucoup de courriers de sa part, des e-mails aussi et même des coups de téléphone. Il appelle ça du marketing direct. C’est un joli nom. Mais le numéro 2 n’a pas beaucoup changé. Il veut toujours des renseignements, des renseignements ! Des renseignements ! Enfin, maintenant, il ne veut plus savoir qu’une seule chose : combien je suis prêt à payer.
Quant au numéro 1, il a lui aussi plusieurs visages, mais on le reconnaît à son discours quelque peu statique. Lorsqu’on lui demande : « Que comptez-vous faire pour résoudre la crise mondiale ? » ou « Comment combattre les inégalités de notre société ? » ou encore « Pouvons-nous mettre fin aux guerres fratricides et religieuses qui coûtent la vie à tant d’innocents ? », le numéro 1 ne donne jamais qu’une seule réponse : « Bonjour. Encore une merveilleuse journée qui commence. Le parfum du jour est : fraise ».
Alors, forcément, la tentation est grande pour chacun d’entre nous de démissionner de cette peu reluisante profession de citoyen, mais hélas, il n’y a plus aucun bureau où aller taper du poing sur la table sous des déchaînements de tonnerre. Démissionner n’existe pas. On peut juste courir droit devant soi, le long des plages désertes, sans crainte désormais d’être poursuivi par un Gardien. On courra jusqu’à en être essoufflé et sans espoir d’emplir à nouveau ses poumons d’un air pur, d’un air sain, alors que les fumées du Village crachent leurs haines vaporeuses vers le ciel, dans l’attente agressive de le numéroter lui aussi. Le Village est désormais un décor sans envers.

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DORIAN WYBOT - Be Seeing You (30/05/2009)

 

Ce pamphlet a été écrit spécifiquement pour la soirée poétique "Le Langage des Viscères" du 30 mai 2008, et a été lu publiquement pour l'occasion. Merci à Dust Of My Dust pour son indéfectible confiance, à Mickael Pradines pour avoir filmé ma prestation, à L'Archipel, pour nous avoir accueillis et à tous ceux qui ont partagé cette nouvelle aventure avec nous.   

Dorian Wybot invité à la soirée de lectures poétiques "Le Langage des Viscères" le samedi 30 mai 2009

Avis à mes lecteurs fidèles et occasionnels.

Je suis invité à la sixième édition de la soirée de lectures poétiques "Le Langage des Viscères", qui aura lieu le samedi 30 mai au cinéma L'Archipel, 17 boulevard de Strasbourg, Paris 10 - Métro Strasbourg Saint-Denis.
La soirée commencera à 20h00, débutera par un concert et s'achèvera vers 2h du matin. Bien entendu, tout cela est gratuit, mais les spectateurs motivés pourront soutenir l'association du montant de leur choix. Un bar sera présent pour le confort du public.

Je lirai à cette occasion un pamphlet inédit, "Be Seeing You", qui sera publié sur ce blog et sur ma page MySpace quelques jours plus tard.
Ma lecture sera filmée et proposée également sur mon blog en complément du texte. N'y voyez aucun narcissisme exacerbé de ma part, j'ai au contraire une certaine phobie à me voir en photo ou en film, mais je pense que cela peut véritablement donner une idée plus fidèle de mes lectures publiques. Cela permettra aussi à ceux qui ne peuvent pas se déplacer ce soir-là d'avoir tout de même l'occasion de me voir en action.
Outre mon intervention, vous pourrez également écouter lors de cette soirée celles de Dust Of My Dust et de Cendre, dont les blogs respectifs sont directement accessibles dans ma liste de liens "Bon Voisinage".
Ci-dessous, le flyer de cette soirée. 

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Merci aussi de faire passer le message, si vous connaissez des personnes qui, de près ou de loin, seraient intéressées par le concept général de la soirée, en tant que spectateurs ou en tant que participants (dans ce dernier cas, pour une soirée ultérieure, naturellement).
Au plaisir de vous croiser à cette occasion.

Cordialement.

Dorian Wybot

Les Plaies Voulues

Euros Il fallait les voir, ces hommes orgueilleux, ces calculateurs meurtris, ces parieurs sots.
Ils promenaient autour d’eux des regards incertains, comme si le monde qui les entoure vacillait à contretemps. L’humiliation leur était une ivresse malheureuse. Ils tournaient ensuite leurs visages fatigués vers ces milliers de caméras venues leur demander des explications, voire des solutions. Gauchement, ils tentaient de se montrer rationnels, rassurants, la main dans les cheveux caressant nerveusement leur coiffure impeccable, dont le gel croûteux rendait un peu plus les armes à chaque passage. Ils avaient tombé la veste, dénoué la cravate, et leurs chemises de marque se teintaient d’auréoles suspectes. Ils étaient les joueurs, les investisseurs, ceux qui construisaient le monde jour après jour. Ni des saints, ni des célébrités, juste des circuits à visage humain, des mécanismes mégalomanes. Des hommes avides des cimes vertigineuses, pour qui courber l’échine est le privilège de ceux qui regardent les autres d’en haut.


Ils étaient les Dieux vivants, ils sont aujourd’hui des flambeurs en faillite. Le véritable flambeur entraîne toujours son petit monde à la ruine. Il pense que perdre au jeu est un accident regrettable, il suffit de remettre des jetons sur le tapis vert et tout va revenir à la normale. Et des jetons, il est facile d’en trouver, il n’y a qu’à les prendre là où ils sont. Et s’il n’y en a plus, il se trouvera bien quelque prêteur à l’âme candide ou aux dents longues. Retour des fonds garanti, bénéfice assuré, laissez-vous tenter. Il n’est pourtant pas de pires fous que ceux qui se veulent émissaires de l’espoir.

L’argent leur coule des mains, même s’il ne s’y trouve jamais vraiment. Ils ne composent pas de liasses, ils n’accumulent pas de pièces. Ils jouent avec des nombres, sur leurs ordinateurs, sur le grand panneau lumineux des temples du capital. Ils brassent du vent, du symbole, ils déforment des mots, leur imaginent toute une géométrie dans l’espace. Les actions sont immobiles, les placements se déplacent, l’épargne est rarement épargnée, les plus-values sont des plaies voulues. On dira tout et son contraire, les bonimenteurs s’adaptent au client, c’est là leur essence, mais ce n’est pas parce que le croupier vous invite dans son bureau que la martingale est au bout de la poignée de main. Certains l’ont compris un peu tard.

Car on pourra pester sans fin contre les spéculateurs, il n’en demeure pas moins qu’ils n’en seraient pas là sans leurs complices, leurs fournisseurs. Les petits épargnants qui veulent devenir gros, le rentier qui aime que l’on s’agite pour lui, le petit commerçant qui démarre bien, le haut fonctionnaire qui souhaite justifier sa promotion, le bourgeois traditionaliste pour qui l’argent, comme la famille, se doit de faire des petits. Chacun d’entre nous a fatalement un exemplaire dans son entourage, ce ne sont pas des cas isolés, ni des nantis intouchables. C’est la classe aisée aux mille visages, séculaire ou parvenue, qui trouve toujours mesquin de se contenter de ce que l’on a, qui ne sait pas ou qui ne veut pas savoir que son petit bonus de fin d’année se négocie dans des diminutions de salaires, des suppressions de primes, des licenciements économiques, des misères délibérées.      

Faut-il les haïr, tous ces loups qui se mangent si bien entre eux ? Faut-il les déboulonner de leurs sièges par la violence ? Faut-il leur offrir de force un aller simple pour les cités dortoirs ? Bien des mères de familles nombreuses, cloîtrées dans leurs tours de béton, pourraient enrôler comme comptables ces génies économiques incompris et les admirer chaque mois dans leur pratique méticuleuse de l’optimisation d’un budget à 3 chiffres, principalement alloué par les Assedic.  Etrangement pourtant, les flambeurs du millénaire se découragent face à de tels défis. On ne peut que le déplorer.

Et pendant ce temps-là, le sillon se creuse dans le système des hommes. Dans un monde surpeuplé où l’on peine à exister, l’égalité est un cauchemar que l’on fuit à grands coups de carte bleue. La place de parking réservée, la voiture silencieuse et personnalisée, la porte blindée, la maison protégée par des murs infranchissables, la résidence secondaire dans une campagne isolée, des chiens à peine moins enragés que leurs maîtres, les barbelés électrifiés, le digicode, la télécommande, l’alarme. L’argent se sert qu’à acheter sa fuite au fond d’un terrier de lapin, un terrier que l’on tapissera d’or et d’argent pour oublier que c’est la peur et le dégoût de l’humain qui nous confinent au confort animal.

De l’autre côté du terrier, on rampe, on cherche, on serre les dents. L’argent y est encore un objet, un papier froissé, une rondelle de métal, que l’on échangera contre une nourriture à peine meilleure que celle qui se décompose au fond des poubelles. Certains sont bien placés pour comparer. Ici, ce n’est pas le monde que l’on fuit, c’est soi-même. On noie son existence dans des alcools frelatés, on part en fumée dans des cigarettes exotiques, on se perfuse de la charité gouvernementale, on accumule pour chasser le vide ou on oublie tout en tapant dans des ballons, tout en rêvant à ceux qui sont arrivés à quelque chose comme ça.     

Ainsi dérivent, au gré des aléas de la vie, les suzerains d’aujourd’hui et les serfs de toujours, chacun alternant à tour de rôle sadisme orgueilleux et masochisme geignard, dans des existences pétries d’ennui, dont ils ont coloré le monde d’une patte malhabile. Car l’ennui naquit un jour de l’alternance des plaisirs codifiés et des souffrances institutionnelles. Les plaies voulues sont devenues des plus-values et l’argent trouve aujourd’hui son sens dans une mortification d’opérette qui nous ferait presque oublier que la courte vie qui nous est accordée regorge d’extases qui ne se vendent pas, qui ne s’achètent pas, et qui se cueillent sans malice au détour du chemin.

Burned Money

 
 




















Ce pamphlet a été écrit spécifiquement pour la soirée poétique "Le Langage des Viscères" du 20 mars 2009, et a été lu publiquement pour l'occasion. Merci à Dust Of My Dust pour son indéfectible confiance, à la Cantada, pour nous avoir accueillis et à tous ceux qui ont partagé cette nouvelle aventure avec nous.   

Dorian Wybot invité à la soirée de lectures poétiques "Le Langage des Viscères" le vendredi 20 mars 2009

Avis à mes lecteurs fidèles et occasionnels.

Je suis invité à la cinquième édition de la soirée de lectures poétiques "Le Langage des Viscères", qui aura lieu le vendredi 20 mars au sous-sol du bar punk/rock "La Cantada", 13 rue Moret, Paris 11 - Métro Ménilmontant ou Couronnes.
Comme pour les précédentes fois, la soirée commencera à 19h00, débutera par une performance musicale et s'achèvera vers 23h, moment où les DJ Dust Of My Dust et Paul Toupet débuteront un mix rock/métal/gothique qui devrait durer jusqu'à 4h du matin. Bien entendu, tout cela est gratuit, et les consommations à la Cantada sont à un tarif plus que raisonnable.

Je lirai à cette occasion un poème en prose inédit, "Les Plaies Voulues", qui sera publié sur ce blog et sur ma page MySpace quelques jours plus tard.
Ma lecture sera filmée et proposée également sur mon blog en complément du poème. N'y voyez aucun narcissisme exacerbé de ma part, j'ai au contraire une certaine phobie à me voir en photo ou en film, mais je pense que cela peut véritablement donner une idée plus fidèle de mes lectures publiques. Cela permettra aussi à ceux qui ne peuvent pas se déplacer ce soir-là d'avoir tout de même l'occasion de me voir en action.
Outre mon intervention, vous pourrez également écouter lors de cette soirée celles de Dust Of My Dust et de Cendre, dont les blogs respectifs sont directement accessibles dans ma liste de liens "Bon Voisinage".
Ci-dessous, le flyer de cette soirée. 

LelangagedesvisceresV








































Merci aussi de faire passer le message, si vous connaissez des personnes qui, de près ou de loin, seraient intéressées par le concept général de la soirée, en tant que spectateurs ou en tant que participants (dans ce dernier cas, pour une soirée ultérieure, naturellement).
Au plaisir de vous croiser à cette occasion.

Cordialement.

Dorian Wybot

Site Internet de la Cantada : http://www.cantada.net (Ne vous fiez pas aux hideux dessins de l'interface, le lieu est très sympathique et les décorations de mauvais goûts ne descendent pas jusqu'au sous-sol)

Millésime 2008

Escher 1 Small L’année 2008 fut une année terriblement meurtrière pour mon porte-monnaie, musicalement parlant. Quand je pense que dans les années 90, je n’achetais que trois ou quatre nouveaux albums par an, je me dis que cette décennie valait quand même la peine d’être vécue. Certes, dans les années 90, j’écoutais moins de musiques différentes, et Il n’y avait pas Internet pour me permettre d’acheter des disques à un prix enfin raisonnable. Il n’empêche que cette année, j’ai eu d’excellentes choses à me mettre entre les oreilles, dans un peu tous les styles, et cette troisième édition de mon Millésime reflète  à la fois cette richesse et cet éclectisme. En 2006, j’avais fait 20 chroniques ; en 2007, j’en ai fait 25 ; cette année, il n’y en a pas moins de 30. C’est énormément de travail, et je finis par me demander si pour mes lecteurs, ça n’est pas un minimum rébarbatif. Mais je me dis que tout cela ne durera peut-être pas, et qu’il vaut mieux abuser des bonnes choses tant qu’on le peut encore.
De ce fait, j’ai essayé néanmoins, quand je le pouvais, de faire des chroniques plus courtes, d’aller à l’essentiel et de faire un peu moins de littérature. J’espère que cela vous conviendra autant que moi.
Au programme : de la pop, du rock, du métal, de la folk, de la techno et même de la chanson française. Certains artistes sont très connus, d’autres totalement anonymes. Ces derniers ont les plus nombreux, car c’est aussi à ça que sert ce Millésime annuel : à vous faire découvrir des talents dont ni la presse, ni la radio ne vous parleront jamais. Je n’ai parlé des artistes « stars » que lorsque j’avais l’impression que je pouvais dire sur eux quelque chose que personne d’autre n’avait dit, ou que leur musique pouvait représenter une influence ou une proximité par rapport à mon travail littéraire. J’ai pas mal écouté les albums d’Alizée et de Katy Perry, également, mais il me paraît difficile d’y relier mon travail d’écriture. Mylène Farmer ou METALLICA, cela peut déjà plus se comprendre. J’ai adoré “I Kissed A Girl“, mais ça ne m’a rien inspiré, ou du moins rien de littéraire ou même d’avouable. :-)

Je terminerai ce préambule en vous rappelant que le téléchargement illégal accélère la chute, et donc la ruine, de Christophe Maé, Diam’s, Laurent Wolf ou Britney Spears. N’hésitez donc pas à les spolier de droits d’auteurs bien immérités, d’autant plus que vous effacerez tout ça au bout de deux mois en vous demandant ce qui vous a pris de télécharger un truc pareil - mais respectez les vrais artistes, à plus forte raison si leur public ne se compte qu’en milliers de fans. Et pas de sermon sur l’argent qui se fait rare. Un rédacteur-en-chef d’une revue pour laquelle j’ai travaillé nous disait régulièrement : « Un vrai fan de musique est comme un junkie : il trouve toujours de quoi s’acheter sa dose ». Le propos est brutal, mais il est on ne peut plus vrai. Je vis avec moins de 800 euros par mois, et j’ai pu m’acheter tous les CD dont je vous parle ici, et bien d’autres encore. Des sites comme Amazon ou eBay proposent des tarifs bien inférieurs aux disquaires officiels, ou même au site de la FNAC. Contournez les requins au maximum, mais donnez aux artistes une somme raisonnable au regard de tout ce qu’ils vous donnent. Et faites passer le message…

AUTECHRE. - Quaristice (Warp Records)

Autechre Débutons ce Millésime par une véritable institution de la musique électronique. En quinze ans d’existence, AUTECHRE a su s’imposer à la fois comme une des formations fondatrices du genre électronica, mais en plus comme l’indétrônable chef de file de ses rénovateurs. Apparu en 1992 sur la fameuse compilation « Artificial Intelligence » de chez Warp – une compilation en forme de manifeste plaidant pour une musique techno qui ne soit pas forcément dansante et puisse s’écouter tranquillement assis dans un fauteuil – Sean Booth et Rob Brown, les deux membres d’AUTECHRE, ont commencé une carrière entre électronica et ambient, avant d’effectuer un virage brutal en 1995 vers une musique introspective très inspirée de l’industriel et de la musique concrète.
AUTECHRE distille donc depuis une musique difficile d’accès, mais dont chaque réécoute aide à saisir toute la finesse et la subtilité. Se disant principalement inspiré de SKINNY PUPPY et BERNARD PARMEGIANI, le duo ne s’est pourtant jamais écarté de ses racines techno, et a toujours cherché à concilier une démarche perpétuellement expérimentale et un souci harmonique réel, ne tombant ni dans le ghetto de la musique électro-acoustique ni dans un compromis commercial.
Un exercice périlleux mené durant dix ans, au sein d’une discographie foisonnante où quantité rime avec qualité - une dizaine d’albums de près de 70 minutes chacun et presque autant de maxis avoisinant les 35 minutes. Points d’orgue de cette exceptionnelle carrière, les albums « Chiastic Slide » (1997) et « LP 5 » (1998), ainsi que les maxis « Anvil Vapre » (1995),  « Envane » (1997) et « Cichlisuite » (1997), forment le haut du panier d’une musique électronique inventive et indémodable.
Cependant, tout à une fin, même les inspirations qui semblent inépuisables. En 2005, AUTECHRE sort son neuvième album (si l’on compte le « EP7 » (1999) qui est un faux maxi comptant 11 morceaux et plus d’une heure de musique), nommé « Untilted ». C’est le premier disque du groupe à ne pas faire l’unanimité, et c’est en soi assez justifié. Pour la première fois, AUTECHRE délaisse l’aspect harmonique pour se concentrer sur un travail essentiellement rythmique, le long de morceaux interminables, dont le plus long frôle les 17 minutes, autant de temps que l’on passe à écouter d’incessantes boîtes à rythmes superposées se court-circuiter les unes aux autres.
C’est donc avec appréhension que l’on attendait ce nouvel opus. Peut-être pour cette raison, « Quaristice » a bénéficié d’une couverture médiatique assez exceptionnelle pour un album d’AUTECHRE. Il était clairement dit que l’album se voulait l’antithèse totale de « Untilted ». Hélas, le problème, c’est que non seulement il en est l’antithèse jusqu’à l’absurde, mais il n’est à peu près rien d’autre que cela.
Premier souci : « Untilted » présentait huit titres fort longs, « Quaristice » en offre pas moins de vingt, la plupart n’excédant pas trois minutes. Et là, pour une musique se voulant expérimentale, c’est tout de même un format un peu juste. Certes les morceaux s’enchaînent comme autant de mouvements d’une unique symphonie, mais tout cela restant très séquencé, on a presque l’impression d’écouter une sorte de catalogue sonore ou de CD de samples. Forcément, il est difficile d’installer une structure complexe en si peu de temps, donc chaque morceau présente une rythmique un peu multiple, accompagnée d’un embryon de mélodie tournant irrégulièrement en boucle. Je parle bien d’un embryon de mélodie, car AUTECHRE donne dans « Quaristice » dans une politique de l’ébauche assez déconcertante, sans que l’on soit en mesure de trancher s’il s’agit d’un concept malheureux ou d’un bâclage malhonnête.
Et c’est là le deuxième souci : Car si « Untilted » souffrait d’un certain manque d’inspiration sous la forme de huit morceaux de 10 minutes chacun, on comprendra vite que le même manque d’inspiration, mais présenté sous la forme de 20 morceaux de 3 minutes, n’est pas spécialement plus passionnant. Et c’est le souci de « Quaristice », dont on retiendra finalement les quatre derniers titres un peu plus longs et aboutis que les autres, dont  “Chenc9”, qui permet de retrouver AUTECHRE en grande forme, et “Outh9X”, dernier titre de l’album et incontestablement le meilleur. A noter au passage que ce dernier titre et celui qui précède, “Notwo“, marquent un retour à un style purement ambient que le duo avait abandonné depuis plus de dix ans.  
Le reste de l’album s’écoute sans grande passion, mais sans ennui insurmontable non plus. AUTECHRE semble en fait s’être contenté du minimum syndical, offrant une palette démonstrative de ses talents au cours de morceaux suffisamment brefs pour que le technophile moyen n’ait pas le temps d’avoir la migraine. Mission accomplie, mais j’espère qu’ils ne nous en voudront pas de ne pas nous sentir très concernés.
Tout cela ne dissimule effectivement pas qu’AUTECHRE connaît une certaine traversée du désert sur le plan de la créativité. « Quaristice » vaut certainement l’argent que vous y mettrez, mais il ne squattera votre platine que le temps d’une dizaine d’écoutes. Pour certains, ce sera déjà plus avantageux qu’ « Untilted ». Pour les autres, il leur faudra attendre le prochain album d’AUTECHRE, en espérant que le duo de légende se ressaisisse…

En savoir plus : Le site officiel d'AUTECHRE
Ecouter : La page MySpace d'AUTECHRE
Dorian Wybot vous invite à regarder : Un clip fait par un fan talentueux pour le titre "plyPhon"



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B12 – Last Days Of Silence  (B12 Records)

B12 Poursuivons dans l’électronica avec l’un des retours les plus inattendus de cette année 2008, même s’il est loin d’être le plus médiatisé : celui du duo B12, compose de Steve Rutter et Michael Golding. Ce duo britannique, apparu lui aussi en 1992 sur la compilation « Artificial Intelligence », mais sous le nom de MUSICOLOGY, est lui aussi un des fondateurs du genre électronica. B12 a publié sur Warp Records deux albums essentiels, « Electro-Soma » (1993) et « Time Tourist » (1996), avant de tirer assez précocement sa révérence après un excellent maxi « 3EP » (1998).
Rien n’expliquait vraiment cette brutale fin de carrière, et nombreux furent les amateurs d’électronica à regretter cette disparition. Dix ans de silence, à peine entamés par quelques discrets maxis, sortis en format vinyle uniquement sur leur propre label développé en 2005. Et puis, cette année, un surprenant troisième album a fait son apparition sans que personne n’en parle.
Intitulé ironiquement « Last Days Of Silence », ce nouvel album démarre sur une assez inutile reprise de  “Hall Of Mirrors“, un titre extrait d’ « Electro-Soma » interprété ici avec un quatuor de cordes, avant de bifurquer sur une électronica extrêmement bien produite mais très inspirée de PLAID, groupe contemporain de B12 et qui reste encore aujourd’hui la référence la plus cotée de ce genre musical en fin de parcours.
Et là on comprend un peu mal ce qui a pu pousser un groupe à l’identité aussi forte que B12 à se tourner vers une production somme toute assez dans l’air du temps, extrêmement bien travaillée et produite, avec une recherche sonore bien plus poussée que sur les premiers albums, mais à laquelle manque un semblant d’âme. Certes, quelques très bons titres nous ramènent avec plaisir au B12 des débuts : “Magnetic Fields”, “One”, “In Control” et “More Than One” demeurent les pièces maîtresses de ce « Last Days Of Silence ». Mais on ne peut s’empêcher de regretter le son clinique et épuré du B12 des débuts, et ses mélodies simples mais entêtantes. En se mettant à la page, B12 effectue un retour convaincant mais sans faire oublier ses précédents albums.
Une autre bizarrerie de cet album, c’est qu’il offre un CD bonus présentant soi-disant 5 titres live inédits. Vu le genre de musique que c’est, on peut se demander ce qu’une version live apporte vraiment. En fait, pratiquement rien puisque les prises d’enregistrements sont faites directement sur la platine de mixage. Pas de public en liesse, pas de bruit de fond, juste une sélection de titres plus dancefloors, moins produits, qui sont assez ordinaires, là aussi.
Pour conclure, disons que tout à l’idée de revenir reprendre le trône qui est le sien, B12 se l’est joué un poil arrogant, tellement pressé de montrer qu’il n’était pas un groupe technologiquement dépassé qu’il s’est efforcé de sonner un peu comme tout le monde. Pour autant, « Last Days Of Silence » n’est pas un mauvais album non plus. Plus complexe, plus travaillé que ses prédécesseurs, il se laisse moins facilement apprivoiser et demeure avant tout un bon disque d’électronica conçu par des vieux routiers qui savent parfaitement installer une structure électronique susceptible de procurer un plaisir cérébral tout à fait jouissif. Alors, certes l’électronica n’est plus aujourd’hui cette musique déshumanisée et minimale qui a tant marqué la première moitié des années 90, mais elle reste un genre musical délicieux et hautement recommandé aux neurones. Et sur ce plan-là, « Last Days Of Silence » accomplira très correctement son office.
A noter que la fin de l’année 2008 a vu B12 sortir également « Last Days Of Silence – Remixes », la version remixée de l’album, avec en cadeau bonus deux titres inédits. Décidément pressé de rattraper leur retard, B12 a aussi publié les deux premiers volumes des archives de B12 Records, présentant les tous premiers titres de B12 et d’AS ONE initialement sortis en format vinyle uniquement en 1991 et 1992. Le concept de ces compilations est assez étrange (chaque volume est un double CD, mais chaque CD ne fait que 30 minutes) mais devrait à terme publier tous les titres inédits du groupe et du label en sept volumes. Bref, on n’a pas fini d’entendre parler de B12 ! (Enfin, sur ce blog, parce qu’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’on en fasse tant que ça des gorges chaudes…)

En savoir plus : Le site officiel de B12
Ecouter : La page MySpace de B12
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Faute de mieux, le titre "Debris" de 1993 en écoute directe.




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CLARK – Turning Dragon (Warp Records)

Clark Restons encore un peu dans l’électronica, avec le quatrième album de Chris Clark, devenu simplement CLARK, depuis le précédent opus « Body Riddle » (2006).
Techniquement, « Turning Dragon »
reste dans la continuité de « Body Riddle », mais avec un souci de distorsion sonore et un caractère rythmique plus ouvertement dancefloor. Mêlant électronica, minimal techno et une sorte de drum’n’bass sursaturée et malsaine, CLARK fait une plongée organique dans des ténèbres digitales aux frontières de l’industriel. Chacun pourra apprécier à divers degrés la radicalité de ce parti pris sonore, mais il faut admettre qu’il est totalement réussi. Bien que reposant essentiellement sur des textures sonores particulièrement soignées, l’album fascine immédiatement par la noirceur de son climat, et ses ambiances d’un futurisme glauque qui ne dépareraient pas dans un jeu vidéo du genre « Doom 3 » ou « Bioshock ».
Bien que les titres soient relativement courts, dépassant rarement les 5 minutes, le minimalisme soigné des compositions et le travail exceptionnel de l’atmosphère en font un album dans lequel il est aisé de s’immerger comme dans une boue noirâtre et tressautante. Le voyage n’a rien d’une croisière romantique, il peut même sembler glauque et déprimant mais incontestablement, c’est une expérience extrême et inédite. Moins rentre-dedans que de la techno-hardore, moins bruitiste que de l’industriel, moins superficiel qu’une musique de jeux vidéo, « Turning Dragon » est une sorte de symphonie cyberpunk en 11 mouvements à se passer en boucle dans le métro, en allant au travail. Une telle musique ne peut que vous motiver à accomplir votre tâche ou à assassiner votre supérieur. Dans tous les cas, ça ne peut vous être que profitable.
Alors ne laissez pas passer une si belle occasion, et dévorez par les oreilles le superbe album de CLARK, probablement le plus abouti qu’il ait signé à ce jour.

En savoir plus : Le site officiel de CLARK
Ecouter : La page MySpace de CLARK
Dorian Wybot vous invite à regarder :
La dernière vidéo en date, à savoir "Herr Bar", extrait de "Body Riddle".


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CSS - Donkey (Sub Pop / Warner Bros / PIAS)

Css-donkey Les plus anciens de mes lecteurs se souviennent peut-être d’avoir lu dans mon Millésime 2006 une chronique sur ce quintette brésilien projeté sur la scène internationale comme le plus naïf des contes de fées. J’avais été l’un des premiers en France à m’intéresser à ce jeune groupe héritier de MARTHA & THE MUFFINS et du TOM TOM CLUB, qui apportait au post-punk international une énergie et une fraîcheur qui lui faisaient tout de même sérieusement défaut à la base.
« Cansei De Ser Sexy » (2006) était un premier album sincère et spontané, réussi du début à la fin et qui débordait d’une vitalité contagieuse, incarnée par le tube mondial “Let’s Make Love And Listen To Death From Above”, et par l’autre tube malheureusement indiffusable « Paris Hilton », traînant plus bas que terre une personnalité publique qui ne se tenait déjà pas bien haut.
Deux ans plus tard, et après le départ de la claviériste, CSS effectue un virage sensible vers la new-wave et le funk 80’s mécanique. « Donkey » est le produit de cette métamorphose inattendue, et si l’album s’avère très inférieur au précédent, il demeure léger et enjoué et se laisse écouter sans déplaisir.
Certes, c’est en vain que l’on chercherait un tube au milieu de ces onze morceaux un peu trop linéaires et surtout beaucoup trop sages. Certes, le single « Move » est entraînant, et l’on trouve quelques très bons titres qui relancent ponctuellement l’attention, comme “Left Behind”, “Let’s Reggae All Night”, “How I Became Paranoid” ou le très électronique “Believe Achieve”. Mais tout cela n’empêche pas que la folie du groupe semble s’être quelque peu évaporée au fur et à mesure que la musique devient plus travaillée, plus écrite, mais aussi plus formatée, plus banalisée. Les petites Brésiliennes deviennent grandes et perdent leur joie de vivre dans le sérieux du monde des adultes et probablement aussi celui des majors, puisque cette fois-ci, la Warner est de la partie.
Pourtant, si « Donkey » a un peu ce côté guindé que l’on voit aux enfants qui essayent d’avoir l’air sérieux auprès des adultes, l’album est véritablement plaisant à écouter et conserve cette énergie revigorante à laquelle le groupe nous a habitués jusqu’à aujourd’hui. Paradoxalement, le soin extrême de ses arrangements fait qu’on le mémorise moins facilement que « Cansei de Ser Sexy » et qu’il y a de grandes chances qu’il tourne finalement plus souvent dans les platines. Moins jouissif mais plus profond, « Donkey » est finalement loin de mériter le bonnet d’âne, et c’est même sans appréhension aucune que l’on attend impatiemment le troisième opus d’un groupe inclassable et inimitable qui devrait marquer l’histoire du rock.
Pour les aficionados du téléchargement, je signale que l’album de CSS vaut largement l’achat en CD, car le livret est absolument magnifique, tiré sur un papier de haute qualité et avec de superbes photos. Cela peut sembler accessoire de dire ça, mais je tends à penser que si les CD étaient des objets d’art excellemment travaillés dans leur présentation, quitte à en augmenter le prix d’achat, les gens auraient un peu plus envie de se les offrir. Après tout, qui achèterait encore un tableau de maître sans son cadre ? 

Ecouter : La page MySpace de CSS
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip mi-beauf, mi taré de "Move", où on apprend que c'est trop rigolo de faire des photos pas drôles .

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CRANES - Cranes (Dadaphonic)

Cranes Un très beau souvenir de jeunesse aussi que le groupe anglais CRANES, mené par Jim Shaw et sa soeur Alison, et qui fête ses vingt ans d’existence avec cet album éponyme, sorti discrètement sur leur propre label.
CRANES, c’est pour moi la bande son de mes premières amours, au travers d’une série d’albums mythiques entre cold-wave à la 4AD et indie pop vaporeuse, tous sortis entre 1991 et 1997. Une musique mélancolique, parfois enragée, mais qui faisait perdurer dans les années 90 un certain esprit des années 80, celui d’une mélancolie artistique et torturée, pleurant des larmes à la beauté irréelle à travers la voix étrangement enfantine d’Alison Shaw.
 « Wings Of Joy » (1991), « Forever » (1993) et « Loved » (1994) demeurent les points d’orgue d’une carrière unique qui, étrangement, se perdit dans des albums peu inspirés durant la deuxième moitié des années 90. Un dernier chef d’œuvre avec « Future Songs » en 2001, puis le très médiocre « Particles & Waves » (2004) sembla sonner le glas d’un groupe essoufflé et en fin de course.
Ce fut donc avec une certaine surprise que je vis annoncée la sortie d’un neuvième album studio, sobrement nommé « Cranes ». Par fidélité, plus que par enthousiasme réel, j’en fis néanmoins l’acquisition, et ce fut une assez heureuse décision.
En effet, si les CRANES ne sont plus, et ne seront probablement plus jamais, le groupe fantastique et envoûtant qu’ils ont représenté à leurs débuts, ils ont quand même encore de beaux restes, et cet album éponyme et sans prétention le démontre bien. Certes, les guitares électriques et la froideur ténébreuse sont loin derrière. L’album sonne résolument acoustique, s’autorisant des bidouillages électroniques, des boucles samplées et quelques arpèges aux claviers. Peu ou pas de percussions, si ce n’est de discrètes boîtes à rythmes. « Cranes » est un album composé à deux, et plus précisément par deux personnes se connaissant depuis l’enfance et s’enfermant dans un studio pour enregistrer ce qu’ils ont envie de faire sur le moment. Une fois que cela est admis, on prend un plaisir sincère à écouter et réécouter cet album reposant, aérien, apaisé.
Car avec cet album, les CRANES donnent plus que jamais dans une pop atmosphérique épurée à l’extrême. Un manque de moyens que le duo tourne magnifiquement à son avantage. Titres relativement courts, sonorités cristallines et éphémères tournoyant autour de la voix monotone et évanescente d’Alison Shaw… Pas de « tubes » manifestes sur cet album, rien que l’effleurement récurrent d’une sensibilité bouleversante et bouleversée, des chansons de quadras discrets pour  quadras discrets, une musique qui en dit peu mais qui en sait long. On est complice ou pas, cela dépend de l’âge, du passé, du vécu. Cela dépend de soi, mais pas de l’album, qui, lui, connaît bien la musique.
Imaginez que vous ayiez l’occasion de revoir un film qui vous a profondément marqué dans votre enfance ou votre adolescence, et que par un tour de magie inexplicable, les acteurs de ce film aient tous vieilli en même temps que vous, de sorte que vous les retrouvez tels qu’ils sont aujourd’hui et non pas tels qu’ils étaient, quitte à ce que l’histoire en perde tout son sens. L’album des CRANES ressemble à cela, à des amis perdus de vue depuis longtemps, que l’on retrouve sans les avoir véritablement cherchés et qui vous racontent musicalement tout ce qui les a vieilli et assagi, mais sans mots, sans anecdotes, juste par leur musique. On peut trouver cela touchant, on peut aussi être mal à l’aise.
J’ai beaucoup aimé cet album, mais je ne peux pas garantir que vous l’aimerez, et ce pour une seule raison : parce que ça ne dépend que de vous. Et c’est peut-être cela, le génie de CRANES, celui de refléter le temps qui passe, sans idéaliser et sans mentir…   
A noter également que le label anglais Cherry Red a eu l’excellente initiative, cette année de rééditer les albums « Wings Of Joy » et « Forever » des CRANES, en version remasterisée et avec d’intéressants bonus tracks. Pour ceux qui ne les connaissent pas, ce sont deux albums méritant le détour, et qui ont étonnamment bien vieillis. Avis aux amateurs…

En savoir plus : Le site officiel de CRANES
Ecouter : La page MySpace de CRANES
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Là aussi, faute de matériel récent, je vous propose le clip de "Tomorrow's Tears", qui date de 1993 mais présente assez bien l'univers du groupe.


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CLAIRE DITERZI – Tableau de Chasse (Naive)

Claire Diterzi Entendons-nous bien : je n’imagine pas qu’un véritable amateur de musique puisse trouver un quelconque intérêt à écouter de la chanson française. Le culte que notre pays voue à cinq générations de bêleurs de psychodrames m’apparaît très sérieusement pathologique. Cela ne serait rien, si seulement l’apologie de ces faux artistes ne maintenait pas les vrais dans la misère et l’ignorance. Ce fait est déjà agaçant, mais ce qui est encore plus agaçant, c’est que l’on ne peut même pas fouler du pied la chanson française parce que tout simplement, de temps à autres, il s’y trouve un talent particulièrement brillant, qui brise les clichés et se fend d’une œuvre hors-norme. Et ce n’est même pas dans les grands classiques ou dans les chanteurs cultes que l’on trouve ces perles, mais dans la scène émergente de notre époque, où entre deux Caliméros à la voix pleurnicharde et trois pétasses télévisuelles, de temps en temps, un véritable artiste, foncièrement novateur voit le jour et suscite un certain émoi, au moins durant un temps.
C’est le cas de CLAIRE DITERZI que j’ai découvert, honte à moi, dans un reportage du journal télévisé, où les extraits du clip de “Tableau de Chasse“ m’ont incité à me pencher davantage sur la demoiselle.
« Tableau de Chasse », c’est également le nom de l’album de CLAIRE DITERZI,  deuxième opus de la belle, largement médiatisé après la sortie plus discrète de « Boucle » (2005), le premier album signé par cette ex-choriste de THEO HAKOLA et surtout, ancienne membre du groupe de rock alternatif FORGUETTE MI NOTE, qui fit vaguement parler de lui dans les années 90.
CLAIRE DITERZI explore la voie ouverte par EMILIE SIMON, celle d’une chanson française baignée dans l’électronique et traumatisée par le travail de production vocale de BJÔRK. Jusque là, pas grand-chose qui mérite que l’on se déplace, sauf que là où CLAIRE DITERZI écrase largement la concurrence, c’est d’abord par sa grande personnalité, à la fois comme compositrice et comme interprète. Sa voix très particulière, exploitée de manière multiple au sein de chœurs dissonants ou de phrasés saccadés et hystériques, répond parfaitement à un style de chansonnettes faussement guillerettes, articulées par des rythmiques électroniques mécaniques et des petites mélodies esquissées à la guitare claire. Une recette efficace, bien qu’un peu limitée. C’était d’ailleurs le souci de « Boucle », un peu trop linéaire dans sa forme.
Pour « Tableau de Chasse », CLAIRE DITERZI a cherché à jouer la carte du contraste. Elle y est parvenue aisément, peut-être même un peu trop.
Cet album est effectivement un conglomérat de chansons disparates, tantôt rapides, tantôt lentes, mais qui dégagent pareillement une authentique mélancolie contemplative. A cela s’ajoute l’extrême qualité des textes, qui, non seulement, évitent les pièges thématiques de la chanson à grosses ficelles, mais s’offrent en plus le luxe d’un vocabulaire et d’une rhétorique d’un très haut niveau, ce qui tranche agréablement avec les paroles niaiseuses et fauchées de Lionel Florence qui, je vous le rappelle, sert de parolier à pratiquement tous les représentants de la chanson française.  
« Tableau de Chasse » est donc un album OVNI, dont l’inventivité permanente a permis à CLAIRE DITERZI de sortir d’une audience confidentielle pour gagner un public plus large et sans doute quelque peu bobo. Reste que l’album manque peut-être un peu d’âme à force de se vouloir un catalogue sonore, et perd un peu de consistance dans sa dernière partie. Mais, en fait, le plus gênant, c’est que l’énorme travail qu’ont nécessité les arrangements et le mixage de ce disque n’empêche hélas pas qu’on en fait assez rapidement le tour. Une dizaine d’écoutes seront suffisantes pour dévoiler tous les trucs de ce petit tour de magie sonore, et il reste finalement de tout cela une poignée de chansonnettes légères et volatiles qui s’évaporent assez vite dans la mémoire.
Une mention particulière pour “La Vieille Chanteuse“, une chanson réaliste façon années 20 enregistrée au maximum dans les conditions de l’époque, avec la qualité de son d’un gramophone. L’idée est originale, le défi technique est bluffant, mais 4 minutes de ces roucoulades en sourdine, ça devient vite inécoutable, et l’on prend rapidement l’habitude d’appuyer sur “skip”.
En gros, « Tableau de Chasse » est un véritable album de chanson française merveilleusement produit et imaginé, qui ravira grandement les oreilles les plus exigeantes, sans pour autant les satisfaire totalement. Toutefois, se laisser prendre au charme désuet de la voix de CLAIRE DITERZI est un vice autorisé, auquel on peut s’abandonner sans modération. Ne nous en privons donc pas.

En savoir plus : Le site officiel de CLAIRE DITERZI
Ecouter : La page MySpace de CLAIRE DITERZI
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Le clip réjouissant et carnassier de "Tableau de Chasse".







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ETYL - Les Souris (Lady Blue)

Etyl J’avais parlé du premier album d’ETYL, « La Tortue » (2005) ici même, il y a un peu plus de deux ans. Etant peu ouvert à la chanson française dans les règles du lard, c’était avec une certaine surprise que j’avais découvert cette artiste évoluant dans une pop française entre BJÖRK et PORTISHEAD, et joignant à une créativité musicale rarissime une écriture très juste et très personnelle, mettant en scène comme en une thérapie musicale, une rupture douloureuse dont elle peinait à se remettre. Je vous renvoie à la critique de cet album (Janvier 2006) pour plus de détails.
C’est donc avec une certaine curiosité que j’attendais le deuxième album d’Eglantine Hermand - aka ETYL - et c’est avec plaisir que j’ai découvert ces « Souris », un nouveau bestiaire dont le titre même nous indique qu’Eglantine Hermand n’est pas près d’avoir fini de regarder nos faiblesses humaines comme des atavismes du règne animal.
Qui sont d’ailleurs ces “souris“ ? Que les amis des bêtes se rassurent : aucun rongeur n’a été martyrisé durant l’enregistrement de cet album. De même qu’Eglantine Hermand de qualifiait de “tortue”, en référence à cette période de sa vie où, se terrant dans sa carapace pour mieux ruminer sa souffrance, elle n’arrivait plus à se sentir avancer, ceux qui sont dissimulés derrière cette métaphore mammifère, ce sont les proches de la chanteuse : la famille et ses rituels absurdes (“Noël“), les amis à la sincérité inégale (“J’ai Beau“), les amiEs avec qui il y’a toujours une rivalité larvée (“Jalouse“), la famille éloignée, bâtarde et indifférente (“Sao Song”), la mère sacrificielle (“Maman”) et enfin, le nouveau compagnon (“L’Ours en Poils“)  avec qui ça n’est hélas pas toujours facile (“Le Sillon“).
On pourrait trouver impudique, voire nombriliste, cette exécution en règle de l’entourage, qui est aussi une nouvelle évocation de la vie privée de la chanteuse, mais se révèlant cette fois-ci trop complexe et trop diversifiée pour que cela nous interpelle autant qu’une rupture sentimentale.
Cependant, Eglantine Hermand a le bon goût de ne pas trop donner dans le factuel. Elle reste dans le ressenti, avec tout ce que cela peut représenter de pulsionnel, voire d’égoïste. On devine les natures des rapports humains sans que réellement on soit certain de les appréhender correctement.
D’ailleurs peu importe ce qui est vrai ou ne l’est pas. Comme sur « La Tortue », Eglantine Hermand cherche surtout à évoquer le malaise, le besoin de fixer une émotion comme si c’était là une vérité à laquelle se raccrocher. Oscillant entre agacement et culpabilité, la jeune chanteuse finit par faire sa touchante auto-critique (“J’Me Fais Mal”), ce qui fait fatalement resurgir les souffrances passées, et pas encore guéries (“Tombée“, “A Quoi Ca Sert ? “, “Je Savais“). 
Sur le plan musical, l’album frappe d’entrée de jeu par la quasi-absence d’éléments électroniques, qui étaient pourtant foisonnants sur  « La Tortue ». Le parti-pris sonore est résolument pop-rock, avec quelques réminiscences jazzy, notamment sur “J’Me Fais Mal“ et sur “L’Ours En Poils“. Eglantine Hermand a visiblement souhaité ce son plus organique, ce qui n’empêche pas que l’ensemble reste assez étrangement froid, sans doute de par le choix d’une orchestration toujours dépouillée et par l’absence d’éléments extrapolatifs sur l’ensemble de l’album (à l’exception de “Le Sillon”, seul titre à dépasser les cinq minutes, et ce grâce à un superbe final instrumental). Chaque chanson se place avec un certain bonheur comme le chapitre d’une histoire imaginaire, et il n’y a guère que sur le titre post-grunge franchement poussif de “Jalouse” et sur le jazz-rock quelque peu hystérique de “Maman“ que l’on pourra froncer les sourcils. Même “L’Ours en Poils“, que j’avais entendu l’an dernier en live et qui m’avait fait craindre le pire, tire honorablement son épingle du jeu, grâce à une coloration très jazz et des arrangements avec cuivres qui rehaussent grandement le morceau.
Pour conclure, si « Les Souris » n’est peut-être pas aussi réussi que  « La Tortue », cela reste un très bon album, dont les défauts même témoignent de la volonté d’Eglantine Hermand de faire évoluer sa musique, avec les inévitables couacs que toute démarche expérimentale suscite, mais qui sont finalement plus nobles pour un musicien que de rester prudemment sur ses acquis. Le disque s’écoute sans ennui, et augure, de toutes manières, d’un des talents les plus prometteurs de la jeune scène française.

En savoir plus : Le site officiel d'ETYL
Ecouter : La page MySpace d'ETYL
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Le clip très bobo dépressif de "J'Me Fais Mal".



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EX REVERIE - The Door Into Summer (Language Of Stone)

Ex Reverie Retenez bien ce nom : Gillian Chadwick. Cette jeune musicienne folk connue, jusqu’à cette année, comme une collaboratrice d’ESPERS, s’est retrouvée sur trois des meilleurs disques du genre publiés en 2008. Chanteuse de talent, multi-instrumentiste exceptionnelle, Gillian Chadwick est à la tête de trois projets (EX REVERIE, RUSALNAIA avec la chanteuse Sharron Kraus et WOODWOSE, avec Jessica Weeks, dont l’album sortira en 2009), tout en participant au superbe album de FERN KNIGHT (voir deux chroniques plus loin).
Commençons avec EX REVERIE et le magnifique album “The Door Of Summer”, qui fut l’une des premières sorties de l’année, et qui restera sans doute comme un des albums folk les plus novateurs des années 2000. Entourée par Greg Weeks (ESPERS, THE VALERIE PROJECT, producteur et responsable du label Language Of Stone), David Chadwick, Margie Wienk (FERN KNIGHT) et Jessica Weeks (WOODWOSE), Gillian Chadwick signe neuf titres d’une folk venimeuse, métissée de stoner rock, sans que jamais la guitare saturée façon années 70 ne prenne réellement le pouvoir. Basse, violoncelle et guitare acoustique mènent la danse, tandis que la guitare électrique, adoptant des riffs à la BLACK SABBATH, sert essentiellement à conférer à certains morceaux (“Dawn Comes For Us All“, “Second Son“) un air de sorcellerie, ou plutôt de rituel païen, ce qui ramène l’auditeur à une ambiance folk.
Mais il y a ambiance folk et ambiance folk. Gillian Chadwick s’est bien plus nourrie de COMUS ou de JETHRO TULL que de PENTANGLE ou LEONARD COHEN. La folk d’EX REVERIE est baignée dans le psychédélique, dans le krautrock et dans le rock progressif des années 70. Et pourtant, sur un plan structurel musical, EX REVERIE ne s’éloigne pas non plus d’une folk académique, comme le démontrent des chansons plus acoustiques comme “The Years” ou “Cedar“, tandis qu’avec “Days Away”, Gillian Chadwick s’autorise même un titre proche du psychédélique américain des années 60, celui du JEFFERSON AIRPLANE ou de LOVE. 
Point d’orgue de cet album à la fois étrangement varié et totalement cohérent, “Wooden Sword” demeure le titre le plus fort et le plus diabolique de EX REVERIE. Gillian Chadwick signe là un album surprenant de créativité débridée, à la fois extrêmement novateur et profondément ancré dans les années 70, empreint d’une nostalgie passéiste et d’un occultisme fascinant. Un album à découvrir toutes affaires cessantes, avec ou sans cigarettes qui font rire.

En savoir plus : Le site officiel d'EX REVERIE
Ecouter : La page MySpace d'EX REVERIE
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Aucun document vidéo d'EX REVERIE n'étant en ligne, je vous propose de regarder Gillian Chadwick chanter avec Margie Wienk un extrait du dernier album de FERN KNIGHT

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MYLENE FARMER – Point de Suture (Universal)

Mylène Farmer Terminons (enfin) le tour d’horizon des quelques sorties intéressantes en chanson française, avec l’album qui fut le plus controversé de l’année, celui de MYLENE FARMER.
MYLENE FARMER, on aime ou on déteste, mais on est obligé d’admettre qu’elle occupe une place assez unique. L’ex-égérie new-wave des années 80 a su concilier une musique accessible mais personnelle, avec une démarche artistique assez peu commerciale, tournée vers une certaine ambiance morbide et torturée, nimbée d’un érotisme assez subtil, qui non seulement ne rebute pas le public basique de la chanson française, mais suscite même un culte excessif et maladif chez ses fans. Etrange artiste à la voix vacillante, aux paroles perpétuellement ambiguës, et qui fut baignée dans le cinéma, que ce soit au travers de son modèle Frances Farmer, dont elle a emprunté le patronyme, ou au travers de ses clips, tenant plus de courts-métrages que de vidéos promotionnelles proprement dites.
Cette quête perpétuelle de complémentarité visuelle et spirituelle a permis à MYLENE FARMER de devenir une des personnalités les plus fortes de la chanson française, au point qu’elle a atteint même une renommée discrète mais inattendue dans de nombreux pays étrangers, dont les Etats-Unis. Mais c’est aussi de par son ambiguïté tenace qu’elle fascine les foules : chanteuse populaire mais qui reste invisible pour ses fans, chantant pour un public majoritairement constitué de ménagères et de gays écervelés mais citant elle-même Luc Dietrich ou Fernando Arrabal parmi ses principales références littéraires; artiste conceptuelle qui parsème clips et paroles de chansons de petits indices artistiques mais qui développe marketing et produits dérivés sans intérêt comme un authentique vendeur de soupe; star inatteignable travaillant soigneusement le côté classieux de son image tout en chantant des refrains idiots sur des mélodies cheaps qu’on croirait sorties d’un Bontempi des années 80 ; pop-star remplissant des stades avec des spectacles colossaux dignes de la Rome Antique tout en étant surtout connue pour des chansons intimistes, MYLENE FARMER est une énigme, un paradoxe vivant, voire une impossibilité artistique.
D’abord chanteuse new-wave assez typique, quoique déjà nantie d’une personnalité et d’un univers très particuliers, MYLENE FARMER a évolué dans les années 90 dans une sorte de chanson/pop oscillant entre de la techno diluée (« L’Autre » -1991), du grunge abâtardi (« Anamorphosée » - 1995), de la résurgence 80’s (« Innamoramento » - 1999) avant de se réaliser pleinement dans un mélange de tout cela dans les années 2000 (« Avant que l’Ombre » - 2005).
Pourtant, à l’écoute de sa discographie entière, incluant même les deux albums écrits sur mesure pour la jeune chanteuse Alizée (« Gourmandises » - 2000, « Mes Courants Electriques » - 2003), on retrouve une surprenante continuité, une cohérence absolue, et ce principalement grâce au talent hors normes de LAURENT BOUTONNAT, mentor de MYLENE FARMER et compositeur de pratiquement toutes ses chansons. Ce « cinéaste devenu musicien », selon ses propres termes, est donc responsable du style musical de MYLENE FARMER, et il possède un talent unique pour accoucher de petites mélodies mélancoliques et mécaniques, aux boucles obsédantes et aux arrangements cheaps mais attachants.
Avec son sixième album, « Avant que l’Ombre », MYLENE FARMER était un peu sortie du carcan électronique de son style habituel, pour s’offrir le luxe d’un orchestre, de quelques instruments acoustiques et d’une ambition musicale un peu plus appuyée. Hélas le succès ne fut pas au rendez-vous, assez injustement même, et la réaction ne s’est pas faite tellement attendre : « Point de Suture » est l’exact contraire d’ « Avant que l’Ombre », à un point tel qu’il en devient presque absurde.
On avait beaucoup reproché à « Avant que l’Ombre » d’être un album trop long (Presque 75 minutes), d’avoir trop de ballades, d’être surproduit et d’être un peu trop lyrique. Message bien reçu : « Point de Suture » dépasse à peine les 45 minutes, n’a que deux ballades, sonne lo-fi au possible et donne dans un radicalisme électronique totalement déshumanisé. Autre détail, mais plus subjectif : il y avait dans « Avant que l’Ombre » quelques uns des meilleurs morceaux de MYLENE FARMER, toutes époques confondues. Hélas, on peine à en trouver seulement un dans ce nouvel opus.
Est-ce à dire que « Point de Suture » est un mauvais album ? Pas réellement, en fait. Disons que c’est un disque qui est dépourvu de toute sincérité. C’est presque une commande, dont le but était de rattraper l’insuccès d’« Avant que l’Ombre », en y accumulant à peu près tout ce que le public jugeait d’absent de cet album. Sur ce plan-là, « Point de Suture » est une vraie réussite : c’est un disque facile d’écoute, où l’on retrouve un best-of de tout ce que les gens aiment chez MYLENE FARMER : le côté techno-acid de « L’Autre » se retrouve mêlé à l’ambiance néo-80’s d’« Innamoramento », “Dégénération” répond à “Désenchantée”, tandis que “Paradis Inanimé » répond à ‘Dessine-Moi Un Mouton“, “Sextonik“ répond à “Souviens-Toi du Jour“  tandis que “C’est dans l’Air“ ramène à “C’est Une Belle Journée“, “Looking For My Name“ semble être un clone tardif de “Regrets“  tandis qu’“Appelle-Mon Numéro“ pourrait être un inédit d’Alizée et jure franchement au milieu du reste… En gros, on peut jouer tout le long de l’album à : De quel vieux morceau de MYLENE FARMER est inspiré ce nouveau morceau de MYLENE FARMER ?
Arrivé à ce niveau-là, on a deux options : soit on rejette en bloc tout le concept foireux de cet album, soit on le prend comme il est, et, à défaut de ressentir un grand enthousiasme, ce sera sans déplaisir qu’on plongera dans ce faux best-of prévisible et pas trop casse-tête.
« Point de Suture » n’est pas un très bon album, certes, mais à défaut, c’est une assez intéressante compilation d’inédits ou de fonds de tiroir. On appréciera même avec une agréable surprise le duo avec MOBY “Looking For My Name“, une sorte de pop-song électronique douce-amère bien plus réussie que la précédente tentative en duo sortie en single il y a quelques années, même si on peut se demander où est l’intérêt de vouloir obstinément mêler deux voix qui vont aussi mal ensemble que celles de MYLENE FARMER et de MOBY.
Bref, « Point de Suture » est suffisamment bien ficelé pour faire les beaux jours de nos platines, mais il ne laissera sans doute pas de souvenirs impérissables. Ceci dit, il n’est pas interdit de déguster avec un délectable second degré le beat primaire de “Dégénération“, que CONFETTI’S n’aurait pas renié, ou le solo guitare Hard FM qui conclut assez étrangement “Si J’Avais Au Moins“, sans doute la seule chanson à sauver sur un futur best-of – un vrai, cette fois-ci.
On prendra donc « Point de Suture » pour ce qu’il est : une remise à niveau plus planifiée que réellement inspirée, mais que sauve du ratage complet l’indiscutable savoir-faire de MYLENE FARMER et LAURENT BOUTONNAT. On espère néanmoins qu’ils feront mieux la prochaine fois.

En savoir plus : Le site (presque) officiel de MYLENE FARMER
Ecouter : La page MySpace de MYLENE FARMER
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le court métrage incluant les clips de "Dégénération" et "Si J'Avais Au Moins", où l'on apprend que MYLENE FARMER, comme toutes les extraterrestres, aime beaucoup les partouzes et les animaux.


The Farmer Project (Dégénération, Si J'avais Au Moins)

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FERN KNIGHT - Fern Knight (VHF Records)

Fern Knight Troisième album pour le projet acid-folk FERN KNIGHT, mené par la multi-instrumentiste Margie Wienk, et qui signe avec ce disque éponyme non seulement son meilleur album mais un chef d’oeuvre absolu du genre folk. Disons-le d’emblée : « Fern Knight » est pour moi le meilleur album de l’année 2008. Neuf titres, neuf merveilles, neuf chefs d’œuvre qui n’en forment qu’un seul, comme les différents mouvements d’une symphonie.
Si les précédents albums de FERN KNIGHT étaient plutôt réussis, ils manquaient gravement de cohérence, se révélant plutôt des anthologies de chansons écrites à différentes époques, que des titres visant à faire un album avec une ambiance bien déterminée.
Défaut mineur mais défaut constant, même si « Music For Witches and Alchemists » (2006), le précédent album, démontrait une surprenante maturité pour une si jeune artiste. Mais pour ce nouvel album, parfaitement homogène, Margie Wienk s’est surpassée et nous offre un disque absolument parfait, sans temps morts, sans faute de goût et surtout merveilleusement inspiré, de la première seconde jusqu’à la fin.
« Fern Knight », l’album, marque véritablement l’entrée de Margie Wienk dans la cour des grands. Prenant le parti de rester dans une musique d’inspiration celte à l’instrumentation épurée, comme elle l’avait fait pour ses deux premiers opus, Margie Wienk ajoute une couleur acid-folk, néo-psychédélique, et même post-rock, beaucoup plus affirmée. La guitare wah-wah fait d’heureuses incursions, la voix de Margie Wienk elle-même résonne dans des distorsions d’écho façon LED ZEPPELIN, et tout cela est fait à l’ancienne, sans une once de modernité. « Fern Knight » aurait pu être enregistré en 1971, sans que l’auditeur saisisse la différence.
Le violoncelle et la harpe répondent harmonieusement aux solos psychédéliques de Greg Weeks (ESPERS), une nouvelle fois derrière les manettes pour cet album. Présents aussi sur cet enregistrement : Jesse Sparhawk (ESPERS), Gillian Chadwick (EX REVERIE, RUSALNAIA, WOODWOSE) et Orion Rigel Dommisse.
On pourra peut-être reprocher à cet album d’être quelque peu écrasé par l’influence des trois membres d’ESPERS. Il est vrai que certains titres, notamment « Hawk Mountain », sonnent tellement comme du ESPERS qu’on croirait presque entendre un titre de leur premier album. Reste que c’est largement aussi bon que du ESPERS, et que la voix de Margie Wienk, plus grave et très différente de celle de Meg Baird, chanteuse d’ESPERS, apporte une sorte de mélancolie ancestrale et plus volontiers médiévale à cette musique d’une beauté grandiose, qui plonge ses racines dans le patrimoine même de l’humanité.
Les titres sont longs, se répandant soit en mélopées déchirantes, soit en variations très légèrement progressives, et font la part belle aux instruments acoustiques, la harpe et le violoncelle en tête. Les paroles, magnifiquement écrites, évoquent des temps anciens, l’omniprésence d’une nature belle et sauvage qui rendait les hommes contemplatifs.
La trilogie finale, « Magpie Suite », co-chantée avec Gillian Chadwick et Orion Rigel Dommisse, conclut l’album de façon magnifique, avec lyrisme et mélancolie. Difficile de ne pas se sentir ému jusqu’aux larmes par une musique qui sait aussi bien allier la délicatesse et la profondeur des mélodies avec une qualité d’interprétation et une maîtrise musicale à la fois virtuose et subtile. Peu d’artistes en sont aujourd’hui capables. ESPERS sont de ceux-là. FERN KNIGHT aussi, même si, finalement, ce sont un peu les mêmes.
Toujours est-il que si vous aimez les belles mélodies, la musique ancienne, la musique psychédélique ou hippie, ce disque ne peut que devenir votre disque de chevet. Je le compterai parmi les dix meilleurs disques de la décennie qui vient de s’écouler. Soyez assuré qu’un tel enthousiasme n’a rien d’exagéré.   
Ne cherchez pas « Fern Knight » à la FNAC ou chez votre disquaire habituel. Le label VHF Records n’est pas distribué en France, mais vous pouvez acheter très facilement l’album sur des sites de vente en ligne et à un prix très attractif, les petits labels étant beaucoup moins gourmand que les gros.


En savoir plus : Le site officiel de FERN KNIGHT
Ecouter : La page MySpace de FERN KNIGHT
Dorian Wybot vous invite à regarder :
La chanson "Silver Fox" en live, malheureusement avec une image sombre et un son très médiocre.


Fern Knight Live 06/01/07 from Mark Schoneveld on Vimeo.

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GLASS CANDY - Beatbox (Italians Do It Better)

Glass Candy On désespérait de voir cet album arriver un jour dans les bacs. Objet d’un culte discret mais réel de l’autre côté des Etats-Unis, GLASS CANDY a fait son apparition au tout début des années 2000 au travers d’un album assez rock, entre glam et post-punk, nommé « Love, Love, Love » et publié sur le label américain Troubleman Unlimited. Sorte de diva 70’s, quelque part entre Marianne Faithfull,  Deborah Harry, chanteuse de BLONDIE, et Martha Davis, chanteuse de THE MOTELS, Ida No, accompagnée de son compagnon et compositeur Johnny Jewel, a effectué un virage brutal vers une sorte de disco électronique très downtempo, que l’on a pu découvrir sur le maxi-CD « Iko, Iko » (2005).
C’est donc avec une certaine impatience que l’on attendait l’album de cette renaissance électronique. Mais pour une raison étrange, GLASS CANDY s’est évertué pendant toutes ces années à ne publier que de rares 45 tours (sans édition numérique) ou des CD-R autoproduits et vendus à la sauvette lors de ses performances scéniques. Une absence totale d’ambition qui laisse perplexe, mais qui frustrait pas mal d’auditeurs.
Trois ans de patience ont été nécessaires pour découvrir ce « Beat Box »,  sorti sur Italians Do It Better, un sous-label de Troubleman qui publie ses albums en tirage limité et dont la marque de fabrique est de vendre ses CD sans boîte, dans des petites pochettes plastiques plutôt cheaps. Autant se préparer à être frustré par un artwork à peine plus travaillé que les CD-R vendus jusque là par le groupe.
Néanmoins, l’album se laisse écouter avec beaucoup de plaisir. Restant dans la lignée de « Iko Iko », GLASS CANDY signe un album mélodique et plaisant, tirant le meilleur de toute la création musicale des années 1977-1982 : rythmiques électroniques hypnotiques, voix cassée et sensuelle, samples disco, piano romantique, mélodies apaisées et nostalgiques. La recette est parfaite, et touchera de sa nostalgie tous ceux qui, comme moi, ont vécu ces années-là dans leur prime enfance et gardent au fond du coeur la magie délavée de ses paillettes.
Pour faire court, on dira que « Beat Box » sonne comme du CHRIS & COSEY, qui aurait été produit par GIORGIO MORODER. Dominé par le grandiose “Beatific“, l’album enchaîne de somptueuses perles, tantôt d’une électro clinique (“Life After Sundown”, “Digital Versicolor”), tantôt d’un disco agrémenté de cuivres (“Candy Castle”, “Rolling Down The Hills”) ou même d’un électro-funk très début 80’s (“Etheric Device“). Cerise sur le gâteau, l’assez inattendue reprise de “Computer Love” de KRAFTWERK, une version assez fidèle à l’originale, mais un tantinet plus groovy, et qui achève de donner à l’album ce côté nostalgique et mélancolique.
Avec un certain talent, GLASS CANDY frôle l’easy listening sans jamais y sombrer véritablement. Les mélodies sont soignées, le côté désuet ne se veut jamais risible et on se laisse délicieusement bercer par cet album réjouissant, entraînant, qui coule dans l’oreille comme du miel. Tout au plus, on aurait pu souhaiter ce « Beat Box » un peu plus long et peut-être un peu plus torturé. Mais ce serait pinailler sur un album qu’on se réécoutera sans fin, et avec toujours le même plaisir.  
A noter que GLASS CANDY a publié à la fin de l’année une compilation de titres inédits sobrement intitulée « Deep Gems ». Ce sera très probablement une nouvelle occasion de vous reparler de ce bonbon de verre l’année prochaine, dans mon Millésime 2009.


Ecouter : La page MySpace de GLASS CANDY
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Un clip de fan, un peu cheap mais touchant, pour le morceau "Beatific".

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GUNS N'ROSES - Chinese Democracy (Geffen)

GNR 2008 fut une année particulièrement hard-rock, qui vit le retour sur la scène de trois des plus grands groupes des années 80 : AC/DC (dont la datation remonte plus loin, mais avec un autre chanteur), METALLICA et GUNS N’ROSES. Même si je ne pratique guère plus ce genre musical, je ne suis pas du genre à renier mes premières amours qui, dans cette deuxième moitié des années 80, me vit tourner mes jeunes oreilles vers des vilains pas beaux qui faisaient du bruit avec leurs guitares.
Néanmoins, GUNS N’ROSES n’a jamais été ma tasse de thé. Certes « Appetite For Destruction » (1987) est un petit chef d’oeuvre de glam-rock, mais le côté un peu compilation m’a toujours quelque peu derangé. J’ai toujours trouvé à cet album un seul et unique mérite : celui d’avoir rassemblé en dix chansons tous les clichés et les poncifs du hard-rock des années 80, et de les avoir exprimés avec une rage nouvelle et une énergie totalement maîtrisée. Cependant, sur le plan de la créativité ou même de la personnalité musicale, les GUNS N’ROSES récupéraient dix ans d’héritage musical avec la volonté sans doute quelque peu fumiste de se les réapproprier.
Mais là où « Appetite For Destruction » s’avérait une réussite dans son style, les deux volumes de « Use Your Illusion » (1991) furent un semi-échec commercial et un total ratage musical. Tiraillé entre une volonté d’expérimenter de nouvelles musiques, mais sans avoir l’inventivité nécessaire pour le faire, et des atavismes glam-rock qui, en ce début des années 90, sonnaient particulièrement datés, les GUNS N’ROSES accouchèrent d’un double album indigeste, roboratif et d’un mauvais goût absolu. Mollasson dans son classicisme, grossièrement pataud dans sa recherche d’innovation, « Use Your Illusion » reflétait l’ego maladif de son leader, Axl Rose, qui allait très rapidement se faire lâcher par les autres membres du groupe, après un album de reprises, « The Spaghetti Incident » (1993), parfaitement dispensable.
Depuis quinze ans, donc, Axl Rose recrutait de nombreux musiciens, enregistrait des morceaux dont on ne savait plus très bien s’ils existaient ou non, et multipliait les rumeurs prochaines de ce « Chinese Democracy », déjà annoncé dans les bacs il y a plus de dix ans et interminablement repoussé. Les fans étaient aux abois, les journalistes s’en arrachaient les cheveux, le label Geffen retenait des pulsions meurtrières, et c’est finalement en 2008 que « Chinese Democracy » a enfin vu le jour au moment où plus personne n’y croyait. Et le cas de cet album est suffisamment exceptionnel pour que j’en parle aujourd’hui.
Car imaginez qu’un musicien ait une brusque envie de faire un album dans lequel il mettrait tout ce qui lui passe par la tête, c’est-à-dire autant des inspirations fulgurantes que des idées complètement absconses. Imaginez enfin qu’au mépris de tous les producteurs et de tous les conseillers artistiques, ce musicien dispose de moyens énormes pour faire son album tel qu’il le veut, sans aucun recul ni aucune considération extérieure. Vous obtenez un caprice mégalomane complètement chaotique, et à partir de là, vous êtes partagés entre l’affliction la plus absolue et la fascination quasi-morbide.
Disons-le d’emblée, « Chinese Democracy » est exactement ce caprice mégalomane, et je le qualifierai d’une expression américaine qui n’a pas d’équivalent chez nous : « so-bad-it’s-good » : tellement mauvais qu’il en devient bon. Exactement, comme les films d’Ed Wood, les tours de magie de Garcimore ou les chansons disco de Dalida.   
Pourtant, l’album démarre plutôt bien, grâce aux deux titres “Chinese Democracy” et “Shackler’s Revenge”, qui affichent une influence MARILYN MANSON assez assumée. Et puis, soudain, dès le troisième morceau, l’album bascule dans la quatrième dimension. Terminé les guitares rock bien en avant, « Chinese Democracy » sombre dans une pop kitschissime à la TOTO, teintée de funk, de soul et d’arrangements R’n’B modernes, le tout n’étant pas sans rappeler ROBBIE WILLIAMS. Seuls le chant d’Axl Rose, quelques riffs très en retrait et une guitare solo omniprésente font le parallèle avec le hard-glam-FM des années 80, et encore, cela renforce davantage la kitscherie de l’ensemble. Le désastre atteint un tel niveau que plus Axl Rose tente d’imposer des arrangements modernes, plus le caractère terriblement ringard de ses compositions réapparaît avec la ténacité d’un bouton de fièvre.
Mais n’allons pas si vite en besogne. Il ne faut tout de même pas jeter le bébé avec l’eau du bain, car outre que « Chinese Democracy » bénéficie d’une excellente production qui évite à la surenchère d’arrangements de se transformer en pudding sonore, il demeure quelque chose de particulièrement attachant à cette pop-métal, finalement plus frétillante et créative que celle de groupes plus récents et qui se réclament de cette étiquette. « Chinese Democracy », c’est un monstre gentil, tel qu’aurait pu en inventer Walt Disney, une chose absurde dont l’absurdité même est le meilleur crédit artistique. Et c’est sans doute pour cela que j’écoute cet album avec un certain plaisir, et avec beaucoup d’ironie charmée.
Certes, il y a deux ou trois morceaux dont l’écoute s’effectuera de manière plus douloureuse pour les oreilles, tant le mauvais goût s’y attarde en trop grande quantité, mais là aussi, un peu de second degré permet de rire allègrement de ce qui fonctionne le moins. Le point d’orgue étant assurément la ballade à la fois sirupeuse et cacophonique “This I Love“, que ni Elton John ni Michael Bolton n’auraient renié. Il m’est difficile de l’écouter sans pouffer de rire, mais parce que justement, elle a le talent de faire naître le rire à chaque fois, je la considère finalement comme un des titres essentiels de cet album boursouflé et risiblement prétentieux, qui ferait passer Scott Walker, The Divine Comedy ou Rick Wakeman pour des joueurs de bouzoukis. 
Bref, un album que devrait apprécier bien des gens à différents degrés, excepté, sans doute, les fans de GUNS N’ROSES, qui risquent de trouver la pilule difficile à avaler.

En savoir plus : Le site officiel de GUNS N'ROSES
Ecouter :La page MySpace de GUNS N'ROSES
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Hé oui, aucun clip n'a été fait pour cet album, on se demande bien pourquoi. Voici néanmoins un extrait live d'assez bonne qualité où le groupe interprête (éructe ?) "Better", un des meilleurs titres de l'album.


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SHARRON KRAUS - The Fox Wedding (Durtro)

Sharron-Kraus_fox-wedding SHARRON KRAUS est une artiste britannique qui force l’admiration, tant par son talent que par l’impressionnante discographie qui est la sienne alors qu’elle n’a commencé sa carrière seulement en 2002.
Multi-instrumentiste de talent, chanteuse à la voix sidérante, compositrice hors pair, elle fait partie de ces artistes folk qui s’ouvrent à de nombreuses influences nouvelles et fait évoluer ce genre musical loin de la niaiserie populiste dans lequel on le confine trop souvent. Grande amie et collaboratrice occasionnelle de David Tibet (CURRENT 93) et Michael Gira (SWANS), elle s’est également rapprochée de la scène acid-folk américaine, que ce soit avec les défunts THE IDITAROD avec qui elle a co-signé un double album, ou avec Meg Baird et Helena Espvall d’ESPERS avec qui elle a enregistré un album de reprises folk « Leaves From Off The Tree » qui est déjà considéré comme une référence du genre, ou encore avec Gillian Chadwick (ESPERS aussi) avec qui elle a crée le groupe RUSALNAIA (voir plus bas) ou même avec Tara Burke de FURSAXA avec qui elle a déjà signé deux albums sous le nom de TAU EMERALD. Et comme si ça ne suffisait pas, SHARRON KRAUS s’est également acoquinée avec l’artiste électronique CHRISTIAN KIEFER avec qui elle a co-signé un album, « The Black Dove ».
Et comme si avec tout ça, elle n’était pas encore assez occupée, SHARRON KRAUS a encore trouvé le temps d’écrire et d’enregistrer quatre excellents albums solos.
« The Fox’s Wedding » est le dernier en date, et assurément le plus abouti. Bénéficiant enfin d’une excellente production, SHARRON KRAUS nous offre douze chansons terriblement mélancoliques, évoluant dans une folk austère, mais richement agrémentées de flûtes médiévales et celtes, d’une viole de gambe, de violons et de violoncelles déchirants et de percussions diverses et anciennes. Comme souvent, les chansons brossent des portraits désabusés de personnages vivant dans un passé lointain, et les mélodies elles-mêmes évoquent ces résignations d’un autre âge, ces destinées tristes et sans illusions venues d’une époque où l’on ne pouvait pas même se raccrocher à des rêves. Même lorsque SHARRON KRAUS esquisse une mélodie au banjo, instrument généralement assez gai, c’est pour en sortir des arpèges désolés (“Would I“), tandis qu’elle dénonce l’hypocrisie des riches prédicateurs au cours d’une danse tragique (“The Prophet“), reprend de manière là aussi déchirante une ballade du XVIème siècle de Tomas Campion (“Thrice Toss These Oaken Ashes“) où s’abandonne à une très impudique autocritique (“Ruthless And Alone“). On l’aura compris : ce n’est pas vraiment la fête au Mariage du Renard. L’ambiance est plus à l’enterrement, mais la beauté des mélodies, l’extrême subtilité des arrangements, la richesse instrumentale et la qualité de la production subliment de manière vibrante cet album magnifique et profond, définitivement grandiose dans sa tragédie.
« The Fox’s Wedding » est un album à écouter d’urgence pour tous ceux qui pensent encore que la musique folk est juste bonne à remplir les fest-noz et à faire se pâmer les vieux babas. Et SHARRON KRAUS démontre par sa seule existence que la folk anglo-saxonne retrouve une ferveur et une créativité qu’elle n’avait pas connu depuis les débuts de LEONARD COHEN ou JOAN BAEZ.

En savoir plus : Le site officiel de SHARRON KRAUS
Ecouter : La page MySpace de SHARRON KRAUS
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Un live au son pourri et à l'image ultra-sombre, mais que voulez-vous, il n'y a rien d'autre sur le Net.

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LAIBACH - Kunst Der Fuge (Dallas Records)

Laibach-Kunst-Der-Fuge-442954 Depuis presque 30 ans qu’il existe, le collectif slovène LAIBACH a su se montrer assez souvent inspire, et toujours imprévisible. Certes, le dernier album en date, « Volk » (2006), précédemment chroniqué sur ce blog, était un ratage assez manifeste, et il y avait gros à parier que le groupe ne retomberait pas dans la même erreur.
Indéniablement, LAIBACH a su cette fois-ci encore être là où on ne l’attendait pas. « Kunst Der Fuge » (« L’Art de la Fugue ») est un album strictement instrumental, le premier du groupe depuis « Macbeth » (1990). Il s’agit de reconstruction électronique de plusieurs pièces écrites par le grand compositeur allemand JOHANN-SEBASTIAN BACH. Tout en restant assez fidèle à la partition, LAIBACH inclue des rythmiques électroniques hypnotiques, mais évite le côté dancefloor de la techno. « Kunst Der Fuge » évolue plus dans une musique électronique expérimentale minimale et dépouillée que les précédentes tentatives dans le genre faites par des membres de LAIBACH (la reprise du “Mars“ de GUSTAV HOLST dans « NATO » ou la version assez catastrophique du “Also Spracht Zarathustra“ de RICHARD STRAUSS dans un album du side-project 300 000 V.K.).
Cet hommage au grand compositeur allemand fut initié par une performance artistique et musicale au sein d’une exposition lui ayant été consacrée. « Kunst Der Fuge » est donc la bande originale d’une installation artistique, et il ne faut donc pas s’étonner que l’album n’ait pas une forme conceptuelle aboutie.
Dominé par un titre atteignant les 20 minutes et demeurant une des plus belles pièces imaginées par LAIBACH, « Kunst Der Fuge » est un disque qui ne se découvre pas en deux écoutes. Si les différentes versions peuvent sembler linéaires, elles gagnent à être écoutées avec attention, car elles fourmillent de petites variations, que l’on déguste pleinement au casque audio.
Bref, après s’être commis dans un album commercial et racoleur, LAIBACH remet les pendules à l’heure avec cet album arty et anti-commercial au possible, sorti sur un obscur petit label slovène. « Kunst Der Fuge » se déguste comme un bon KLAUS SCHULZE ou un vieux TANGERINE DREAM, et distille en digital une magie électronique remontant à l’analogique et se basant sur une musique organique qui n’a rien perdu de sa beauté au fil des siècles.
Je n’émettrai qu’un seul bémol à cet album : c’est que cette idée mirifique d’adapter BACH en électronique est loin d’être nouvelle. En 1969, puis en 1972, le compositeur WALTER CARLOS, plus connu pour son travail dans la bande originale du film « The Clockwork Orange » (« L’Orange Mécanique »), avait signé deux albums nommés « Switched On Bach », en adaptant fidèlement le répertoire de BACH au synthétiseur Moog. Certes, à l’époque, WALTER CARLOS jouait BACH à l’identique, ne modulant que les textures de ses sons, comme le ferait également plus tard pour d’autres bidouilleurs comme le japonais TOMITA. LAIBACH fonctionne beaucoup plus indépendamment, et tourne autour des compositions sans réellement les jouer à l’identique. Mais le principe demeure le même, et l’on peut se demander si le projet « Kunst Der Fuge »  n’est pas quelque peu motivé par la récente réédition CD des albums « Switched On Bach » (ressortis, je le précise pour ceux que ça intéresserait, sous le nom de WENDY CARLOS, l’artiste ayant changé de sexe dans les années 90 – véridique !).
Bref, si LAIBACH s’est déjà montré beaucoup plus créatif, le groupe réussit quand même un grand retour vers une musique plus volontiers expérimentale, et qui devrait intéresser autant les fans de musique électronique que les admirateurs de la musique de BACH, pour peu que ces derniers aient néanmoins l’esprit ouvert.

En savoir plus : Le site officiel de LAIBACH
Ecouter : La page MySpace de LAIBACH
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Une vidéo amateur montrant un extrait assez significatif de la performance scénique "Kunst Der Fuge".

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MARCOEUR - Travaux Pratiques (Label Frères)

Marcoeur Il y avait déjà quelques temps que j’attendais qu’ALBERT MARCOEUR me donne l’occasion d’écrire tout le bien que je pense de sa musique. Son dernier album « L’ », étant sorti deux ans avant la création de ce blog, je n’avais pas eu l’occasion d’en parler.
Le nom d’ALBERT MARCOEUR ne dira sans doute rien aux moins de cinquante ans. Ce musicien émérite, issu du jazz-rock et du rock progressif, longtemps comparé à FRANK ZAPPA, est un homme d’une exceptionnelle discrétion. 35 ans de carrière, 10 albums soigneusement mûris qui sont autant de chefs d’œuvre, et une évolution musicale permanente. Après une trilogie d’albums très fortement orientés jazz-rock et publiés chez Philips, « Albert Marcoeur » (1974), « Album à Colorier » (1976) et « Armes et Cycles » (1979), qui ont obtenu un très fort succès d’estime, ALBERT MARCOEUR va poursuivre sa carrière de manière plus sporadique dans les années 80-90, signant néanmoins un album tous les 4 ou 5 ans, diffusés sur de petits labels français.
A la fin des années 90, ALBERT MARCOEUR crée avec ses deux frères musiciens CLAUDE et GERARD MARCOEUR, son propre label, Label Frères, et sacrifie désormais son prénom pour mieux mettre en avant le caractère familial d’une petite entreprise qui ne connaît pas la crise.

Depuis 2001, ALBERT MARCOEUR a réédité en auto-production la quasi-totalité de ses albums en digipaks remasterisés, et a publié trois nouveaux disques qui marquent une nouvelle étape dans sa création musicale, en jouant sur une plus grande diversité instrumentale et en laissant plus de place aux textes. Car si la musique d’ALBERT MARCOEUR a su toujours jouer d’un métissage heureux entre jazz, rock et musique contemporaine, les textes d’ALBERT MARCOEUR ont eux aussi une grande importance dans sa création : de sa voix fragile, faussement humble, ALBERT MARCOEUR parle de petits moments de l’existence, de ceux où soudain le point se fait en nous, où l’on réalise la vanité de certaines choses, l’inéluctabilité malaisée de certaines autres choses. ALBERT MARCOEUR parle de cette vie dont nous sommes souvent des spectateurs ballottés, sans pouvoir de la mener là où nous voudrions. Souvent, c’est avec une teinte de surréalisme et de poésie délicate que se dessinent devant nous des saynètes incongrues qui nous ramènent à nos propres incongruités. On pense à JULOS BEAUCARNE, à FRANCOIS BERANGER, mais le format est ici moins adapté à la chanson. ALBERT MARCOEUR écrit les choses comme elles viennent, sans les assouplir, sans les formater, et plus le temps avance, plus ses textes sont noirs, désespérés, à l’image du monde où nous vivons, bien loin de la grande fête des « freaks » des années 70.
« Travaux Pratiques » s’inscrit donc dans la droite lignée des précédents opus, « Plusieurs Cas de Figure » (2001) et « L’ » (2004), et comme pour chacun de ces opus, ALBERT MARCOEUR a cherché à mettre en avant un instrument précis dans ses nouvelles compositions. Cette fois-ci, c’est le violon, représenté par le QUATUOR BELA, qui illustre de ses notes plaintives la voix désabusée d’ALBERT MARCOEUR.
Car le maître mot de cet album, c’est en effet la désillusion. Avec « Travaux Pratiques », ALBERT MARCOEUR nous livre son oeuvre la plus grave, la plus sérieuse, peut-être même la plus tragique. Les jeux dissonants des cordes n’y sont sans doute pas pour rien, mais les textes eux-mêmes reflètent ce climat désabusé. ALBERT MARCOEUR doute de tout : des femmes (“Les Femmes, Ah les Femmes“), des sondages d’opinion (“Stock de Statistiques“), des tentatives de diminuer les consommations de tabac (“Si les Fumeurs Fument…“), ou même du bien et du mal (“Tant Bien Que Mal“). Lorsque ALBERT MARCOEUR tente de paraître plus guilleret que ce soit dans sa “Bourrée en La“, quelque peu schizophrène, ou dans “Le Diable“, au refrain hilarant, où il évoque une tardive poussée de sève inspirée par une femme plus jeune que lui, le chanteur semble se faire violence pour rire de ce qui ne le fait plus tellement rire, finalement.
Pourtant, malgré ce désespoir ambiant, ALBERT MARCOEUR demeure un auteur inspiré et un interprète touchant, dont la détresse profonde est finalement celle que nous ressentons tous mais sur laquelle nous ne savons pas forcément aussi bien poser les mots. Musicalement, « Travaux Pratiques » est certes plus noir et mélancolique que ses précédents albums, mais on retrouve une qualité d’écriture et une richesse d’arrangements dont peu de chanteurs sont encore capables de nos jours.
L’album se conclue sur le brillant “Un Poète Péruvien à Paris“, un titre tout en subtilité sur la déception d’un poète étranger venu dans la capitale française sans retrouver le Paris de Baudelaire et de Rimbaud. Plus parlé que réellement chanté, le morceau se rapproche presque du slam, sans pour autant tomber dans un populisme de bas-étage ou dans une pseudo-hip-hop attitude. La poésie est au-delà des modes fugitives, et ALBERT MARCOEUR signe là un album brillant, intemporel, une symphonie de cordes et de mots qui dégagent une grande tristesse et une grande sagesse, celle de l’homme lucide qui sait ne jamais devoir se voiler la face.


En savoir plus : Le site officiel de MARCOEUR
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Quelques extraits live de la tournée "Travaux Pratiques"



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METALLICA - Death Magnetic (Mercury)

Metallica_death_magnetic Est-il encore besoin de présenter un groupe comme METALLICA ? Même les allergiques aux guitares électriques ne peuvent pas ne pas avoir entendu parler de ce groupe fondateur du thrash metal, l’un des genres les plus extrêmes du hard-rock des années 80. METALLICA, c’est quatre albums légendaires qui ont installé dans l’histoire du rock un toucher de guitare particulier, très froid, très mordant, agressif sans être brutal. Si leur premier disque, « Kill’Em All » (1983), considéré pourtant longtemps comme l’un des albums métal les plus mythiques, a sérieusement vieilli, les trois albums suivants, « Ride The Lightning » (1984), « Master Of Puppets » (1986) et surtout « … And Justice For All » (1988), leur chef d’oeuvre à ce jour, conservent encore toutes leurs qualités par delà le temps qui passe.
Puis, au début des années 90, c’est le virage brutal vers un rock plus accessible et plus ordinaire. « The Black Album » (1991) offre au groupe ses plus grands succès commerciaux, “Until It Sleeps”, “The Unforgiven”, et surtout la ballade “Nothing Else Matters”, tube planétaire qui acheva de dégoûter les fans de METALLICA de leur idole.
Les années 90 virent le groupe s’enfoncer encore plus bas dans la médiocrité, dans une sorte de rock mollasson post-grunge et surproduit grâce aux très controversés « Load » (1996) et « Reload »  (1998), qui sonnaient véritablement comme un sordide requiem pour un groupe mythique qui n’arrivait plus à se hisser au niveau du mythe.   
Enfin, METALLICA entrevoyait confusément le bout du tunnel avec « St Anger » (2003), un album très influencé par le néo-métal mais dans lequel on retrouvait tout de même un peu de la magie des temps anciens.
Enfin, au moment où on ne l’attendait plus, voilà qu’enfin METALLICA cesse toute velléité de se mettre à la page et décide de refaire ce qu’il sait vraiment faire : du thrash à l’ancienne.
C’est donc la principale raison d’être de ce « Death Magnetic » longuement attendu par les fans et qui semble les avoir tous contentés. Mais est-ce que tout le monde ne serait pas un petit peu emballé, tout à la joie des retrouvailles ?
On peut effectivement se poser la question, surtout dans cette démarche toujours difficile à rendre pour un groupe qui consiste à refaire le mieux possible ce que l’on faisait brillamment vingt ans auparavant sans avoir besoin de se forcer.
Sur le plan technique, « Death Magnetic » est une incontestable réussite. METALLICA a joué la carte de la sobriété, et s’est offert une excellente production moderne sans se départir pour autant d’un son “live”. Sur le plan sonore, « Death Magnetic » ambitionne de se placer dans la continuité d’ « …And Justice For All », tout en étant moins froid, moins sombre et plus travaillé. Globalement, il y réussit assez bien, d’autant plus qu’avec le temps, James Hetfield a fait de nets progrès dans le domaine du chant.
Le souci de « Death Magnetic », c’est d’abord que les compositions, sans être mauvaises, ne retrouvent pas la force et l’intensité de leurs classiques des années 80. On peinera à isoler sur cet album de quoi alimenter un hypothétique best of, si ce n’est avec “The Day That Never Comes“, un titre évoquant à la fois “Fade To Black“ et “One“, sans jamais retrouver hélas la puissance de ses deux modèles.
Ensuite, l’autre souci, nettement plus dommageable, c’est que si « Death Magnetic » sonne thrash, il ne sonne plus autant que ça METALLICA. En effet, le groupe ne fut jamais le plus technique et le plus expert en breaks et ruptures rythmiques qu’eût à compter le thrash des années 80. Mais dans « Death Magnetic », METALLICA enchaîne jusqu’à saturation les changements de rythmes, les solos, les breaks et autres variations, ce qui prouve indéniablement que sur le plan musical le groupe a énormément progressé, mais hélas, cela donne à tous les titres un côté bouillie plombante difficile à digérer, même si au fur et à mesure des écoutes, on comprend plus volontiers la logique de l’écriture des morceaux.
Du coup, « Death Magnetic » rappelle finalement beaucoup de vieux groupes de thrash métal, d’EXODUS à TANKARD, en passant par SLAYER ou ANTHRAX, mais METALLICA noie un peu sa propre personnalité dans cette pratique globale d’un genre musical sur laquelle on a un peu l’impression qu’il fait une OPA.
« Death Magnetic » est donc un album d’une grande richesse, fruit incontestablement maîtrisé de longues années de composition et de maturation. On y trouvera quasiment tous les éléments musicaux du thrash métal dans les règles de l’art. Toute la question désormais étant de savoir si cette démarche “anthologique” était vraiment ce qu’on attendait de METALLICA, c’est-à-dire d’une des plus fortes personnalités du genre, mais certainement pas la plus typique.
Mais bon, ne boudons pas notre plaisir ! : « Death Magnetic » est un album plaisant à écouter, dont le caractère riche est le gage de durée de vie sur votre platine. Un bon investissement, donc, et certainement un des meilleurs albums de rock sortis cette année.

En savoir plus : Le site officiel de METALLICA
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Le vidéo clip très Tempête du Désert de "The Day That Never Comes", où il n'y a vraiment que la musique qui bouge.


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MISS KITTIN - Batbox (Nobody's Buzziness)

Miss Kittin Autant le dire d’entrée de jeu : je ne suis pas fan à la base de MISS KITTIN. Cette DJette française, répondant au nom hautement charismatique de Caroline Hervé, est issue du milieu techno, mais s’est fait connaître il y a huit ans avec un album co-signé avec THE HACKER, qui prétendait remettre au goût du jour une certaine électro-pop de la fin des années 70. L’album se voulait lo-fi, il était surtout bâclé. Les titres étaient quelque peu simplistes, et assez peu convaincants, mais deux singles, “1982” et “Frank Sinatra”, commencèrent à circuler dans les clubs et sur les ondes, tandis que quelques journalistes en manqué de sensation créaient une sorte de mouvement autour de ce duo, et c’est ainsi que naquit le terme « electro-clash » sous la plume d’un quelconque scribouillard peinant à décrire ce qui n’a pas d’étiquette.
On en qualifia tous les groupes sonnant vaguement revival 80’s qui sortirent un album dans les trois années suivantes. Ce fut finalement FISCHERSPOONER qui toucha le gros lot avec son « N°1 » surmédiatisé, et on en vint rapidement à reléguer MISS KITTIN comme DJette de soirée branchée. Elle eût néanmoins un sursaut de rébellion et publia un second album en 2003, « I Com », un disque atroce où se faisait sentir la cruelle absence de THE HACKER, qui revint en solo l’année suivante avec son excellent album « Rêves Mécaniques ». On comprit alors qui était le plus doué des deux.
Les choses auraient pu en rester là, mais MISS KITTIN est coriace. Cinq ans, c’est ce qu’il aura fallu attendre pour qu’un troisième album sorte enfin. Et ça valait grandement la peine d’attendre, car « Batbox » est tout simplement un chef d’œuvre !
D’abord, MISS KITTIN a corrigé le principal défaut de son premier album, la production. Elle est ici parfaite. Revenant à une électro-pop très fin 70’s/début 80’s, MISS KITTIN alterne une production d’époque - mélodies très new-wave, sons analogiques gentiment kitschs - avec des éléments rythmiques technoïdes plus modernes, mais jamais réellement racoleurs. Bien sûr, il est entendu que MISS KITTIN ne donne pas spécialement dans l’originalité. Malgré sa remise au goût du jour, la jeune femme fait revivre les années 80 de manière tellement tangible que l’on peut presque dire de quel artiste elle s’est inspirée pour chaque morceau.
Commençant par deux tubes électro-disco, ”Kittin Is High” et ”Batbox”, MISS KITTIN évolue rapidement vers une new wave froide et moins électronique. La basse ronronnante façon cold-wave vient agréablement soutenir les fantastiques “Grace” et “Barefoot Tonight”, tandis que de glaciales rythmiques kraftwerkiennes marquent des titres comme “Pollution Of The Mind” ou “Machine Joy”, et que le fantôme de GINA X PERFORMANCE hante “Sunset Strip” et “Solidasarockstar”.
Enfin, MISS KITTIN s’offre deux surprenantes ballades gothiques et morbides, “Wash N’Dry” et “Mightmaker”, qui justifient plus ou moins le titre de l’album, moins gothique néanmoins qu’il ne se veut.
Mélodique, dansant, à la fois nostalgique et furieusement dans l’air du temps, « Batbox » est un album léger mais jamais superficiel, qui peut toucher autant les inconsolables des 80’s que les fans de techno ou de post-punk. Ce caractère « anthologique », loin d’être un poids, donne tout son sens à une musique qui se veut avant tout un hommage à des artistes d’hier. Il est regrettable que « Batbox » n’ait que modérément marché auprès du public, car c’est incontestablement le meilleur album de MISS KITTIN. Un disque rafraîchissant et envoûtant que l’on redécouvrira sans doute d’ici une décennie, en se rappelant que les années 2000, c’était tout de même pas si mal que ça.   

En savoir plus : Le site officiel de MISS KITTIN
Ecouter : La page MySpace de MISS KITTIN
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le vidéo clip le moins cher de l'histoire du rock. "Kittin Is High" mais les fonds sont bas ! 


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NINE INCH NAILS - The Slip (NIN / Red Distribution)

NIN Difficile de croire aujourd’hui que NINE INCH NAILS fut un groupe dont on attendait impatiemment le nouvel album pendant parfois près de cinq ans. Depuis 2005, Trent Reznor est pris d’une boulimie créative où quantité ne rime hélas pas avec qualité. D’abord avec le très médiocre « With Teeth » (2005), puis avec le très inégal « Year Zero » (2007), NINE INCH NAILS s’est un peu égaré dans une sorte de pâle copie de lui-même, s’investissant dans un rock efficace mais dénué de profondeur et assez peu novateur. Le public ne s’y est pas trompé, réservant un accueil assez frileux à ces deux albums. De ce fait, l’impossible s’est produit : NINE INCH NAILS, groupe mythique des années 90, à qui l’on doit le fabuleux « The Downward Spiral » (1994), qui est à ranger parmi les plus grands albums de toute l’histoire du rock, s’est retrouvé promptement éjecté du label Nothing, qu’il avait pourtant grandement contribué à faire connaître. Ce fut le début d’une carrière en autoproduction qui a d’abord été marquée fin 2007 par la sortie de « Ghosts I-IV », un double album instrumental fait de petits morceaux atmosphériques, sympathiques mais pas transcendants, et qui sonnait comme une messe des morts pour un groupe véritablement en fin de course.
Malgré tout, moins de six mois après, NINE INCH NAILS sortait son huitième album, « The Slip », en édition limitée à « seulement » 250 000 exemplaires. Une démarche singulière pour un disque que l’on n’attendait pas et qui marque un retour particulièrement efficace à une musique rock, brute, directe, pratiquement débarrassée de toute velléité industrielle. En effet, plutôt que de signer des concepts-albums paresseux, Trent Reznor a assez sagement choisi de revenir à un rock primaire, puisant à la fois dans un registre punk-rock et dans un esprit proche du néo-métal. Du coup, par certains côtés, « The Slip » n’est pas sans évoquer « Broken » (1992), l’album le plus radical de NINE INCH NAILS jusqu’à aujourd’hui.
Est-ce à dire que NINE INCH NAILS a retrouvé le feu sacré ? Ce serait très excessif, car si « The Slip » est un album largement plus enthousiasmant que ses prédécesseurs, il manque à ce disque de grands titres, des futurs classiques du groupe. Certes, “1 000 000“, “Discipline“ et “Head Down“ sont de très bons morceaux, mais on n’y retrouve pas l’inspiration sauvage de l’âge d’or de NINE INCH NAILS. Les mélodies rappellent fatalement tel ou tel morceau vieux de dix ans et, évidemment, en beaucoup moins bien. Trent Reznor en reste à ce qu’il sait faire sans prendre beaucoup de risques, mais au moins, il a su retrouver l’efficacité rock qui faisait défaut à ses trois derniers albums. Qui plus est, le mixage très organique entre le son des guitares et les synthétiseurs saturés donnent à la musique une teinte un peu poisseuse qui est très intéressante.
Autre détail un peu gênant, l’album est quelque peu « cassé » par l’enchaînement, à partir du septième morceau, de “Lights In The Sky“, une petite ballade intimiste et quasiment chuchotée au piano, avec deux instrumentaux très atmosphériques (“Corona Radiata“, longue plage ambient de plus de 7 minutes, et “The Four Of Us Are Dying“, petite bluette électronique très downtempo comme on en trouvait sur « The Fragile »). Soudain, la rage rock se dilue dans 14 minutes de musique mollassonne et moyennement inspirée, avant de finir sur un dernier titre rock, “Demon Seed“.
La partie vidéo de l'album consiste en cinq titres live filmés dans un hangar devant une poignée de fans statiques. L'image ets de qualité moyenne, mais le son est bon, tellement bon qu'en fait on comprend au bout d'un moment que ce n'est pas vraiment du live. Déprimant !
Bref, « The Slip » est un album quelque peu déconcertant, et au choix artistique plus que discutable, mais il a le mérite de nous prouver que non seulement NINE INCH NAILS n’est pas encore mort, mais qu’il peut encore nous surprendre et nous toucher. Et si « The Slip » n’est pas la claque que l’on pouvait attendre, ça n’est pas non plus le ratage supplémentaire d’un artiste un peu trop resté dans les années 90. L’album sonne moderne, est tout à fait dans l’air du temps, et à défaut de séduire totalement, il ouvre des auspices assez optimistes à tous les inconsolables de « The Downward Spiral » et « The Fragile ». En effet, NINE INCH NAILS survivra très dignement à son actuelle traversée du désert, c’est désormais une certitude.     

En savoir plus : Le site officiel de NINE INCH NAILS
Ecouter : La page MySpace de NINE INCH NAILS
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le vidéo-clip le plus miteux de toute l'histoire du rock : "Discipline", ou comment se ridiculiser définitivement auprès de ses fans.

Nine Inch Nails - Discipline


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PORTISHEAD - Third (Island Music)

Portishead Assurément l’album de l’année, le plus audacieux et le plus inattendu. Presque un an après sa sortie, je reste encore stupéfait par le coup de maître des trois sorciers de PORTISHEAD.
Brisant onze longues années d’absence, alors qu’absolument personne n’imaginait même qu’ils puissent revenir, les co-fondateurs du genre trip-hop, popularisé aussi par MASSIVE ATTACK et TRICKY, reviennent avec un album d’une radicalité insoupçonnée, puisant dans le gothique et l’industriel des années 80 et délaissant les boîtes à rythmes 90’s et la touche jazzy qui ont fait leur succès. Avec dix ans de retard sur son grand rival MASSIVE ATTACK, PORTISHEAD signe son propre « Mezzanine », un retour sans concessions à une musique organique, puisant dans le rock et dans la musique concrète une énergie nouvelle et même une violence sonore dont on ne les aurait jamais crû capables. Cela aurait pu être un suicide commercial, c’est une réussite flamboyante, non seulement sur le plan artistique, mais aussi auprès des fans de PORTISHEAD qui ont adhéré unanimement à ce changement de style aussi arbitraire que peu harmonieux pour des oreilles pas franchement exercées.
Le clip de “Machine Gun“, le titre le plus radical de l’album - et là aussi paradoxalement, le premier dont le groupe ait révélé la primeur - est révélateur du caractère général de l’album, même si les autres morceaux sont tout de même plus mélodiques : Trois musiciens, en studio, sous une lumière bleue nuitée, jouent live un morceau ne reposant que sur une percussion électrique et un synthétiseur glacial aux sonorités new-wave. Exit l’ordinateur, exit les samples, exit même la mise en avant sytématique de la voix de Beth Gibbons. Son chant se retrouve noyé au milieu d’un brouhaha électronique lo-fi, qui évoque les expérimentations d’EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN ou de CONTROLLED BLEEDING, tandis que les guitares torturées nous ramènent au « Pornography » de THE CURE ou même aux premiers albums de CHRISTIAN DEATH.
Pourtant, le style PORTISHEAD perdure étrangement sous cette nouvelle forme, peut-être parce que le groupe a toujours cultivé une certaine ambiance dépressive et neurasthénique, et que sur le plan des arrangements, il a toujours recherché une certaine expérimentation. Il n’y a vraiment que le caractère jazzy qui ait été totalement éradiqué, et malgré tout, le chant de Beth Gibbons en évoque encore le spectre.
Sur le plan musical, les compositions sont beaucoup plus variées que sur les précédents opus du groupe. Les ambiances sont tantôt rock expérimental, tantôt industrielles, avec quelques passages plus calmes mais pas spécialement plus lumineux. « Third » fait penser à un orage, une tempête de sons qui semblent gronder dans le ciel, rappelant que la tourmente est un mot qui désigne autant le mal-être que le mauvais temps. A la fois romantiques et désespérées, les onze chansons de cet album marquent durablement l’imagination, et témoignent avec grandeur qu’il existe encore des artistes prêts à prendre des risques authentiques pour aller jusqu’au bout de leur créativité.
« Third » n’est pas uniquement un chef d’oeuvre qui fera date dans la musique, c’est aussi une leçon cuisante pour tous les bidouilleurs de Pro-Tool, et tous les groupes qui noient leur fadeur dans des galettes surproduites et insipides. Alors que le monde entier s’est ému à l’écoute de MGMT, dont on a déjà oublié ce qu’ils chantent, de leur côté, avec quelques vieux synthés et beaucoup d’imagination, trois vieux routiers du trip-hop pondent un album fantastique, qui est d’ores et déjà un classique. Cela devrait en faire réfléchir certains.
Toujours est-il que « Third » a bien usé mon lecteur CD, et continuera de l’user encore longtemps. Je ne saurais trop donc vous recommander cet album absolument indispensable pour tous ceux qui aiment que la musique aille au-delà des conventions.

En savoir plus : Le site officiel de PORTISHEAD
Ecouter : La page MySpace de PORTISHEAD
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip minimaliste de "Machine Gun".


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QUANTEC - Unusual Signals (Echocord)

Quantec Une excellente surprise que l’arrivée de QUANTEC dans le monde de la musique électronique. Cet artiste électronique allemand a une passion pour le dub, un genre instrumental dérivé du reggae et qui est un des fondements de la musique psychédélique, puisque c’est une des premières musiques au monde à tenter de recréer sur un plan sonore les altérations de perception que l’on subit lorsque l’on est drogué.
QUANTEC avait sorti jusqu’à présent quelques maxis en vinyles. Avec « Unusual Signals », il signe probablement l’un des meilleurs albums de dub électroniques, et certainement l’un des disques les plus nécessaires pour tout fumeur de joints qui se respecte.
Que l’on attende pas de QUANTEC une musique particulièrement construite ou conceptuelle. Ce qui fait toute la qualité d’un album comme « Unusual Signals », c’est avant tout le choix de rythmiques à la fois hypnotiques et entêtantes, émaillées de subtiles variations, mais jouant majoritairement sur le côté répétitif.
Il y a un peu plus de dix ans, l’autrichien Stefan Betke, plus connu sous le nom de POLE, avait lui-même lancé un peu le genre, en reprenant le type d’écho utilisé dans le dub, et en joignant des rythmiques minimales et très lo-fi, avec en plus une utilisation quelque peu agaçante des craquements de vinyle. Après trois albums assez efficaces, POLE s’était essayé à d’autres styles, sans beaucoup de bonheur.
Ceci pour dire à quel point l’album de QUANTEC est une nouvelle pierre dans un genre qu’on pensait en perte de vitesse. Jouant sur une production qui combine boucles dub et rythmiques lancinantes, QUANTEC évite le lo-fi et joue sur tout le panel de la stéréophonie pour plonger l’auditeur dans une musique minimale mais totalement envoûtante, qu’il sait maintenir durant une bonne dizaine de minutes, le temps pour l’auditeur de se laisser complètement dominer par la transe.
Certes, QUANTEC demeure dans le minimal, et l’on regrette un peu qu’il ne développe pas plus ses mélodies et se contente de jouer massivement avec les échos. Mais « Unusual Signals » est un album qui se prête d’autant mieux à l’hallucination auditive lorsque l’on se trouve dans un état second. C’est un peu à la perception de tout un chacun d’ajouter à cette musique ses propres fantasmagories sonores. Et avec les 76 minutes de cet album, chacun pourra monter et descendre au gré des échos et de la réverbération de cette musique totalement obsessionnelle.
Bref, « Unusual Signals » est un disque à écouter d’une manière très particulière. C’est un trip auquel on peut adhérer ou pas, mais que l’on peut comparer au fabuleux « Consumed » de PLASTIKMAN, un classique absolu des musiques à dormir debout et à voyager très loin en soi-même. Pour aventuriers du son et amateurs de paradis pas si artificiels que ça, justement. 

En savoir plus : Le site officiel de QUANTEC
Ecouter : La page MySpace de QUANTEC
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La vidéo hypnotique et zoomesque de "Lunar Orbiter".


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RADIOHEAD - In Rainbows (XL Recordings)

Radiohead-In-Rainbows-421972 Il était difficile de passer à côté de l’évènement que fut, en tout début d’année, la sortie du nouvel album de RADIOHEAD. Dix ans après la sortie du triomphal « OK Computer », les icônes pop les plus influentes de la scène anglaise claquaient la porte de leur label (Parlophone, une succursale d’EMI), disant pis que pendre des majors et décidant de sortir leur album en autoproduction, par le seul intermédiaire d’Internet. Dès la fin 2007, non seulement on pouvait acheter le nouvel album en MP3, mais en plus, on donnait ce qu’on voulait. Pas de prix fixe, c’était comme on le sentait. Une démarche profondément désintéressée qui force l’admiration, mais dont beaucoup ont dû abuser, car au bout de quelques semaines, le téléchargement était interrompu, et RADIOHEAD signait chez XL Recordings (chez qui le chanteur Thom Yorke avait déjà signé son « The Eraser ») pour une sortie en CD du nouvel album.
Le succès a-t-il été au rendez-vous ? Difficile à dire. Les fans purs et durs ont sûrement suivi, mais l’essentiel du public pop a dû avoir la tête ailleurs. Je ne connais personne qui l’ait acheté ou même téléchargé, et il s’est retrouvé assez rapidement en offre spéciale chez les disquaires. L’époque est en plus au revival pop80’s/post-punk, et il est hélas évident que RADIOHEAD n’est pas le moins du monde dans ce délire-là. Donc, sans être affirmatif, j’ai dans l’idée que RADIOHEAD a commence à payer cher ses velléités d’indépendance.
C’est fort dommage, car « In Rainbows » est le digne successeur d’ « Hail To The Thief », le précédent opus du groupe. Presque cinq ans d’attente sont récompensés par un album à la fois mélodiquement complexe et d’une grande fluidité d’écoute. Le producteur Nigel Godrich a déployé des trésors de finesse pour donner à chaque morceau un son cristallin et onirique, à la fois dépouillé et d’une grande richesse sonore. Débutant sur deux morceaux pourtant un peu quelconques, “15 Step“ et “Bodysnatchers“, l’album démarre vraiment avec la magnifique ballade “Nude“ pour ne plus lâcher l’auditeur jusqu’à la fin.
« In Rainbows » n’est pas un album qui se découvre au bout d’une seule écoute. C’est un disque à la fois très académique et foisonnant d’arrangements très innovants, riches et précieux. La grande force de l’album est précisément cette débauche d’arrangements qui pourtant ne surcharge jamais les morceaux,  leur légèreté pop demeurant intacte.
Vous l’aurez compris, « In Rainbows » est assurément une des plus belles réussites de RADIOHEAD, même si on peine à isoler un single ou un morceau plus intense que les autres. Pas de “Creep“, ni de “Exit Music“, ni même de “Street Spirit“ sur cet album dont la cohérence absolue contraste agréablement avec le côté plus « collage » de « Hail To The Thief ». Mais cette absence d’un titre phare que l’on serait susceptible de se repasser en boucle du matin au soir ne gâche en rien le plaisir d’écouter cet album dont l’atmosphère unie nous fait voyager presque aussi loin que celle d’ « OK Computer ». Et puis “Nude“ et “Jigsaw Falling Into Place“ sont tout de même d’excellents titres, susceptibles d’honorer un futur best of du groupe.
On ne reprochera qu’un défaut à cet album, mais c’est celui que l’on peut faire à absolument tous les disques de RADIOHEAD : quand cesseront-ils donc de faire des pochettes aussi laides ?
:-)

En savoir plus : Le site officiel de RADIOHEAD
Ecouter : La page MySpace de RADIOHEAD
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip étrangement kraftwerkien de "House Of Cards"


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REMOTE - Dark Enough (Kill The DJ)

Remote Lorsque des artistes électroniques français s’investissent sérieusement dans la musique électronique, on ne sait que trop ce que ça donne : soit de la house disco, soit de la dance-tuning. On ne sort pas de ce créneau on ne peut plus rentable. La France a acquis ainsi, en une quinzaine d’années d’intense activité, la réputation fort méritée du premier pays producteur de merdes à danser. Le genre de renommée qui vous fait souffrir de bien des frustrations, lorsque vous même êtes français et avez envie de faire de la bonne musique électronique.
Ce fut sans doute le cas d’Eric Guillanton et Sébastien Fouble, les deux bidouilleurs qui se cachent sous le nom de REMOTE. Définitivement traumatisés par KRAFTWERK et GIORGIO MORODER, décidés à entrer dans la cour des grands suite à la mode de l’électro-clash, les deux parisiens ont roulé leur bosse quelques années, ont sorti une dizaine de maxis sous divers pseudonymes avant de concrétiser leurs efforts par ce premier album aussi sobre et élégant que sa pochette.
« Dark Enough » est en fait moins sombre que terriblement glacial. Ici, pas de groove funky, on nage dans le robotique et le mécanique, entre techno minimale, electro-clash et résurgence new wave. Le résultat est aussi urbain et oppressant qu’une promenade à La Défense par temps nuageux, sans perdre pour autant une dimension dansante, maintenue en permanence par leur beats métronomiques. L’album enchaîne dix morceaux à la fois très semblables et très disparates, proposant des mélodies simples mais parfaitement huilées, et ce au travers d’une production parfaite, qui évite la surenchère ou la caricature. Bien que la musique soit très centrée sur le rythme, c’est avant tout l’ambiance qui est soignée, une ambiance délicieusement inhumaine, qui atteint son point d’orgue sur “Dark Enough“, “Veron“, “Berliner“ et “Sinister Boogie“ qui, à eux quatre, justifient amplement l’achat de l’album.
Entre exercice de style radical et brûlôt technoïde sans concession, « Dark Enough » est un premier coup de maître impressionnant et s’inscrit comme un album qui fera date dans l’histoire de la musique électronique. REMOTE, qui s’investit également dans un autre projet post-punk ( ?) nommé HENRY GOES DIRTY, est un duo à surveiller de très près. Rassurez-vous, je m’en charge !
:-)

En savoir plus : Le site de REMOTE et de leur label Kill The DJ
Ecouter : La page MySpace de REMOTE
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip en rouge et noir mais efficace de "Sinister Boogie".


SINISTER BOOGIE - Remote/Bowling Club from DIMUSCHI on Vimeo.


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REWORK - Pleasure Is Pretty (Pavlek Records / Hausmusik)

Rework Une bizarrerie de la nature que ce jeune groupe allemand apparu en 2000, et qui, pendant huit ans, a collectionné les apparitions hasardeuses sur de multiples compilations sans jamais chercher à sortir un album, puis, plus récemment, a publié quelques 45 tours (et seulement sous ce format), passant progressivement d’un style electro-clash à une mixture assez indéfinissable entre post-punk, new-wave et cold-wave.
REWORK est un trio composé de Daniel Varga, Michel Kuebler et de la chanteuse Sascha Hedgehog, une vocaliste au timbre situé quelque part entre MISS KITTIN et NICO. « Pleasure Is Pretty » est leur premier album et couronne huit ans d’existence dont on aurait pu penser qu’ils auraient été consacrés à un peaufinage d’un son bien défini. En fait, c’est à peu près tout le contraire. « Pleasure Is Pretty » est un patchwork qui flirte un peu dans tous les styles, que ce soit l’électro-clash robotique (“Check Your Vox“, “Come On“, “Busdriver”), la new-wave façon NEW ORDER (“Wrong In All Our Ways“, “Questions“), la pop néo-sixties (“Losing Myself“, “What She Wants”), le post-punk lo-fi entre JOY DIVISION et SUICIDE (“Can’t Wait“, “I Want To Be Like You“) et le renouveau EBM (“Love Love Love Yeah“, “Pleasure Is Pretty“).
Même si au niveau des arrangements, REWORK s’efforce de maintenir une cohésion du son d’un morceau à l’autre, l’auditeur ne peut que constater cet éparpillement et rester perplexe. D’abord parce qu’une telle incohérence est plutôt le genre de défaut que l’on trouve chez un jeune groupe qui enregistre tout ce qui lui passe par la tête, ensuite parce que tout cela atteint un niveau tel que l’on est bien obligé d’y voir une démarche volontaire, c’est-à-dire un choix artistique.
Pour apprécier « Pleasure Is Pretty », il faut donc intégrer cette donnée, admettre que c’est ainsi que les compositeurs voient leur création. Et sur ce plan-là, on ne peut pas leur en tenir rigueur.
En effet, « Pleasure Is Pretty » s’éparpille, mais retombe sur ses pattes. Chaque morceau est parfaitement réussi dans son style, qu’il donne dans le mécanique lo-fi ou dans une démarche plus pop. Globalement, REWORK récupère beaucoup de sons et d’ambiances des musiques underground des années 80. On peut discuter le bien fondé de vouloir tous les rassembler en un seul album, mais en l’occurrence « Pleasure Is Pretty » est un bon disque, qui s’écoute avec un joli plaisir, et qui séduira autant les nostalgiques des années 80 que les aficionados de la pop actuelle. Et parions que REWORK fera parler un peu plus de lui durant les années à venir. Enfin, si le groupe sort un jour un autre album, naturellement…

En savoir plus : Le site officiel de REWORK
Ecouter : La page MySpace de REWORK
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip chic et décadent de "The Copenhagen Experience", qui ne se trouve malheureusement pas sur l'album.


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ROBOTS IN DISGUISE - We're In The Music Biz (President Records)

Robots J’ai une tendresse particulière pour les deux chipies britanniques de ROBOTS IN DISGUISE, dont la réputation encore discrète demeure incompréhensible. Dee Plume et Sue Denim ont tout de même été parmi les premières à donner dans le revival 80’s, et ce dès leur premier mini-album « Mix Up Words And Sounds » (2000), intégralement repris sur leur premier album « Robots In Disguise » (2001), un véritable chef d’œuvre entre new-wave, post-punk et électro-funk qui retrouvait avec une justesse rare un son très 80’s. L’album ne connut qu’un succès d’estime, mais il intéressa l’ex-membre d’un groupe trip-hop déjà presque oublié (SNEAKER PIMPS), un certain Chris Corner, qui préparait son nouveau projet IAMX.
Chris Corner prit le duo sous son aile, et sous sa houlette, les ROBOTS IN DISGUISE entamèrent un virage plus punk avec leur deuxième album « Get RID ! » (2004), un disque court mais débordant d’une énergie exceptionnelle et d’une inspiration brillante. Hélas, ce fut un nouvel échec commercial, malgré le succès relatif du single très funky “The DJ’s Got a Gun“ et ceux plus confidentiels, mais néanmoins bien réels, de “Turn It Up“, un single plus sombre qui fit les beaux jours des soirées gothiques, et “La Nuit“, un titre joyeusement kitsch chanté dans un français assez approximatif.
Remerciées par leur label Recall, les deux sirènes britanniques ont erré quelques années comme DJettes avant de se voir proposer de reprendre les chemins des studios par President Records, qui a réédité dans la foulée « Get RID ! ».
C’est donc avec impatience que j’attendais ce nouvel opus et malheureusement, malgré sa pochette assez osée, « We’re In The Music Biz » est un album très inférieur aux deux précédents disques des deux jeunes filles. Principalement parce que le son de ROBOTS IN DISGUISE a perdu de beaucoup son originalité, se collant un peu trop au genre post-punk à la mode. Fini les sons kitschs funky et le côté électro-pop qui donnaient un côté trop joyeux aux chansons du groupe.
Comme son prédécesseur, « We’re In The Music Biz » est un album court, dépassant de peu la demi-heure, mais la frustration n’en est que plus grande, tant on attend en vain un morceau qui décolle. Car l’autre souci de cet album, c’est que les compositions sont parfaitement quelconques. Malgré le mal que se donne le duo pour accoucher d’un post-punk énergique, jamais les ROBOTS IN DISGUISE n’ont été aussi peu inspirées mélodiquement. Même le single pourtant prometteur “The Sex Has Made Me Stupid“ suscite une attention polie, rien de plus. Il n’y a guère que sur “I’m Hit“ ou “Don’t Copy Me“ que l’on retrouve un peu, mais seulement un peu, de la qualité des précédents disques. Quand on sait en plus que President Records ne se spécialise pas particulièrement dans la distribution et que dénicher cet album chez un disquaire ou même sur Internet n’est pas gagné d’avance, on comprend que là non plus, elles n’ont vraiment pas dû changer de tranche d’impôts cette année .
Que dire d’autre, sinon que de souhaiter aux ROBOTS IN DISGUISE de mieux travailler le prochain album, en espérant qu’elles ne passent pas toute leur carrière à manquer le coche. Quant à vous, chers lecteurs, je vous recommande de vous pencher plus avant sur « Robots In Disguise » et « Get RID ! », qui sont du très, très, très bon ROBOTS IN DISGUISE comme j’espère que nous aurons encore le plaisir d’en écouter.   

En savoir plus : Le site officiel de ROBOTS IN DISGUISE
Ecouter : La page MySpace de ROBOTS IN DISGUISE
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip sensuellement robotique de "The Sex Has Made Me Stupid".

Robots In Disguise - The Sex Has Made Me Stupid


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RUSALNAIA - Rusalnaia (Camera Obscura)

Rusalnaia Attention ! Chef d’œuvre absolu ! L’album éponyme de RUSALNAIA est probablement celui qui a le plus tourné dans mon lecteur CD cette année ! Ce duo presque inconnu a tout simplement signé le deuxième meilleur album de l’année 2008 selon moi (Le premier, c’est le FERN KNIGHT, suivez donc un peu ce que j’écris !).
RUSALNAIA, c’est la rencontre de la chanteuse médieval-folk britannique Sharron Kraus et de la multi-instrumentiste américaine Gillian Chadwick, fondatrice d’EX REVERIE et de WOODWOSE,  mais aussi seconde voix de FERN KNIGHT, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler plus haut.
Ensemble, elles composent une sorte de folk païenne et rituelle, qui tire de la folk anglaise de Sharron Kraus une sorte de mélancolie intemporelle et de la folk psychédélique de Gillian Chadwick un caractère hypnotique et un lyrisme quelque peu sulfureux. A cela s’ajoute la production de Greg Weeks, le leader d’ESPERS, qui, comme à son habitude, effectue un travail sonore magistral et apporte sa guitare psychédélique sur quelques morceaux.
Sur le plan instrumental, les guitares acoustiques côtoient des instruments médiévaux et des percussions très anciennes, auxquels s’ajoutent quelques notes plus électriques, le violoncelle de Margie Wienk (FERN KNIGHT) ou l’ombre d’un vieux ARP Odyssey aux sonorités surannées.
Mais plus que cet univers médiévalo-païen auquel on peut très bien rester insensible, ce qui fait la force de l’album de RUSALNAIA, c’est la beauté des mélodies, la variété des ambiances, l’harmonie parfaite entre les voix graves et aigues des deux sirènes et tout ce que leur musique profane, à la fois traditionnelle et constamment inventive, expérimentale et virtuose, intemporelle et psychédélique peut interpeller au sein de notre inconscient collectif. Du morceau “Rusalnaia“ qui se termine en une envoûtante mélopée de messe noire, à la ballade à la triste féerie de “Kindling“, en passant par la ronde joyeuse de “Dandelion Wine“ ou par le dantesque final psychédélique de “Wild Summer“, l’album de RUSALNAIA est un bouleversant voyage dans le temps, teinté de la déchirante mélancolie d’un autre âge, auquel nous convient deux musiciennes exceptionnelles, deux chanteuses aux voix sublimes pour qui chaque note est une révélation, deux interprètes de cultures anciennes par la bouche desquelles s’expriment les siècles passées. Un disque magique, mystique, bouleversant, magnifique et imposant, comme les ruines d’un temple vieux de plusieurs millénaires.  

Ecouter : La page MySpace de RUSALNAIA
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Pas de clip, juste une version live de "Kindling" enregistré à Toulouse mais dont le son et l'image sont plus que déplorables, d'autant plus que ces demoiselles sont un tantinet pompettes.


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SANTOGOLD - Santogold (Downtown Music)

Santogold-cover Une découverte épatante que cette jeune chanteuse noire, fille de bonne famille, diplômée en ethnologie, et qui a tout laissé tomber pour se consacrer à la musique, et pas la plus évidente qui soit. Bien qu’ayant d’abord composé pour des chanteuses R’n’B, SANTOGOLD, de son vrai nom Santi White, s’est lancée cette année en solo dans une musique résolument post-punk, fortement inspirée de chanteuses de la fin des années 70, de NINA HAGEN à SIOUXSIE AND THE BANSHEES, en passant par BLONDIE, GINA X PERFORMANCE ou le TOM TOM CLUB. Seuls atavismes de ses racines afro-américaines, un remix vaguement R’n’B et un excellent morceau reggae à l’ancienne, à peine rehaussé de quelques bidouillages électroniques, qui n’arrivent m^me pas comme un cheveu sur la soupe dans cet album admirablement cohérent en dépit de la variété de ses influences.
Pour un premier album, c’est un beau coup de poker. Avec une production soignée, mais minimale et assez lo-fi, SANTOGOLD se montre d’abord une chanteuse au registre de voix très large, pouvant aussi bien chanter soul que rock ou reggae. Cette flexibilité, ajoutée à l’originalité de son timbre, compense largement un manque de puissance vocale assez manifeste.
Il n’empêche, ce premier album éponyme est d’une étonnante fraîcheur, démarrant sur le très poppy “L.E.S. Artistes“ puis se poursuivant avec l’excellent “You’ll Find A Way“, et son petit côté STRANGLERS. Vient ensuite le seul reggae de l’album, l’assez tripant “Shove It“, puis l’album évolue vers un étrange mélange de new wave et de dub, marqué par d’excellents titres comme “Say Aha“ ou le très gothique “My Superman“, à propos duquel SANTOGOLD a avoué s’être inspirée du titre “Red Light“ de SIOUXSIE & THE BANSHEES.  
A la fois léger, vaporeux et soigneusement ciselé, le son de SANTOGOLD est d’une profonde originalité et reflète un métissage étonnamment réussi entre musiques noires et musiques blanches qui fleure bon la fin des années 70, malgré les quelques arrangements electro-clash qui y confèrent une certaine modernité à laquelle on peut être plus ou moins sensible, mais qui de toutes manières ne gâchent en rien le côté « vintage » des morceaux. La chanson qui clôt l’album, “Anne“ est un titre sombre et envoûtant qui mérite grandement le détour.
En fait, l’immense qualité de cet album tient au fait qu’il révèle une personnalité musicale hors du commun et déjà parfaitement maîtrisée, mais aussi que ce disque doit beaucoup également à la sincérité absolue de la démarche artistique de SANTOGOLD, qui ne s’abandonne à aucun compromis musical et demeure à la croisée de musiques aussi différentes que traditionnellement incompatibles. Même le remix final de “You’ll Find A Way“, qui s’inscrit pourtant dans une démarche plutôt R’n’B, évolue dans son refrain vers une sorte d’industriel à la NINE INCH NAILS totalement imprévisible.
Bref, « Santogold », l’album, est avant tout un disque inspiré mais profondément déconcertant. Mais c’est justement ce côté déconcertant qui en fait un grand disque, parce qu’il nous rappelle qu’en matière de musique, même lorsqu’on se prétend éclectique ou expert, on a des idées bien arrêtées sur telle ou telle musique. Une artiste comme SANTOGOLD déboule un peu comme un chien dans un jeu de quilles et fait virevolter toutes nos certitudes. On peut se braquer, bien sûr, juger qu’on ne mélange pas les torchons et les serviettes et récriminer sans fin sur les métissages douteux qui cachent mal le peu d’inventivité des artistes, mais je suis plutôt pour ma part quelqu’un d’ouvert. Rentrer dans cet album m’a été ardu, mais j’y ai pris un plaisir réel, et en dépit des quelques maladresses bien pardonnables à une artiste qui débute, je suis devenu totalement fan de SANTOGOLD. D’abord parce que, comme je l’ai dit, cet album est plutôt réussi, et ensuite parce qu’il est novateur, bien plus qu’on ne peut s’en rendre compte à la première écoute. C’est un disque à part, signé par une artiste pas comme les autres : ni underground, ni commerciale, composant une musique ni vraiment blanche, ni vraiment noire, ni totalement actuelle, ni véritablement rétro. L’air de rien, c’est peut-être le début de quelque chose…      
Toujours est-il que j’attend avec impatience le prochain opus de SANTOGOLD, qui sera signé d’ailleurs sous le nom de SANTIGOLD, un obscur individu utilisant « Santo Gold » comme pseudo depuis un quart de siècle ayant obligé la chanteuse par voie juridique à changer de pseudo. Comme quoi, rien n’est gagné d’avance pour Santi White, et on ne peut que lui souhaiter de continuer aussi brillamment de nous déconcerter et de s’accrocher à son rêve d’une autre musique pop.

En savoir plus : Le site officiel de SANTOGOLD
Ecouter : La page MySpace de SANTOGOLD
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip chevalin et coloré de "L.E.S. Artistes"


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SILVER SUMMIT - Silver Summit (Language Of Stone)

Silversummit Bien que le très enthousiasmant label Language Of Stone de Greg Weeks, le leader d’ESPERS, se dirige de plus en plus vers une sorte de stoner rock pas toujours très digeste, délaissant les voluptés acid-folk pour un hard rock façon années 70 bien en peine de détrôner ses aînés, il y aura eu au moins quelques bonnes sorties sur ce label cette année, dont le premier album de SILVER SUMMIT, un duo formé de David Shawn-Bosler et Sondra Sun-Odeon, deux guitaristes hippies, bercé par les refrains du JEFFERSON AIRPLANE et de HOT TUNA, ainsi que par les riffs psychédéliques de AMON DÜÜL II.
Néanmoins, ce couple atypique s’est fait aider de près d’une dizaine de musiciens aguerris, dont Jesse Sparhawk et Greg Weeks (qui est aussi le producteur de l’album) d’ESPERS, Margie Wienk de FERN KNIGHT, Laura Ortman de THE DUST DIVE et l’inévitable Gillian Chadwick, d’EX-REVERIE, de RUSALNAIA, de WOODWOSE, de FERN KNIGHT, qui vient ici principalement prêter sa voix aux choeurs.
Musicalement, l’album est une réussite plutôt enthousiasmante, même s’il démarre dans un esprit très rock psychédélique et qu’il se détourne fort rapidement vers une folk assez austère, pour ne pas dire dépressive qui contraste étrangement avec les trois premiers morceaux.
The Door and Awaken sont effectivement deux titres purement psychédéliques qui nous replongent au tout début des années 70. Sondra Sun-Odeon a une voix et un chant assez voisins de ceux de Grace Slick, la très charismatique chanteuse de JEFFERSON AIRPLANE, et tout comme elle, Sondra sait donner un caractère presque effrayant à sa voix, notamment sur la ballade schizophrénique Fool’s Love. La différence étant principalement que SILVER SUMMIT demeure très attaché à ses racines folk, et souffre un peu de cette impossibilité à choisir entre rock et folk, ou du moins n’arrive pas encore à trouver un équilibre parfait entre les deux.
Tout cela n’empêche pas que ce premier album éponyme nous transporte avec un surprenant réalisme dans les années 70, à ce moment où le « Summer Of Love » commençait à tourner au bad trip. SILVER SUMMIT s’offre même une reprise du Wishing Well de BERT JANSCH, le leader de PENTANGLE, avant de conclure l’album sur le magnifique The Bridge, ballade désabusée au piano qui s’abîme dans un déluge de guitares psychédéliques.
On reprochera à SILVER SUMMIT une noirceur désespérée qui se marie assez mal avec les éléments hippie de sa musique, mais indéniablement, la recette fonctionne. L’album est poignant, fascinant, dérangeant, mais il demeure beau et profond, la sincérité de sa musique palliant efficacement aux quelques maladresses d’écriture.
Si SILVER SUMMIT n’est pas forcément le meilleur groupe pour s’initier à la nouvelle scène acid-folk, il s’impose comme une personnalité avec laquelle le genre devra compter. Un nouveau JEFFERSON AIRPLANE, peut-être, mais il est encore un peu tôt pour l’affirmer. En attendant, si vous avez fait Mai 68 ou si vos parents vous ont fait rêver en vous parlant de la communauté où ils se sont rencontrés, nul doute que cet album vous arrachera à tous quelques fleurs de nostalgies qu’il vous appartiendra de tendre aux policiers d’aujourd’hui, just like in the good old days…   

En savoir plus : Le site officiel de SILVER SUMMIT
Ecouter : La page MySpace de SILVER SUMMIT
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Rien du tout, car il n'y a pas de vidéo en ligne de SILVER SUMMIT.


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MARIEE SIOUX - Faces In The Rock  (Grass Roots Records)

Sioux Dernière perle folk de ce Millésime. Non seulement ce n’est pas la moindre, mais c’est peut-être même la seule dont vous ayiez pu entendre parler. Félicitons chaleureusement le directeur marketing de Grass Roots Records ou de son distributeur français : il est hallucinant de voir que cette petite jeune fille âgée d’à peine 23 ans, ayant enregistré son album dans sa lointaine maison de Nevada City, en Californie, a pu se payer une session sur France Inter, et une poignée de concerts à Paris.
Fille d’une mère latino-indienne (et elle en est fière) et d’un père hongro-polonais (et elle en parle déjà moins), Mary Sobonya se rebaptise MARIEE SIOUX, et décide de suivre la vocation familiale (son père est joueur de mandoline) en devenant musicienne. Un CD-R autoproduit circule entre de bonnes mains, et moins de deux ans après ses premières démos, MARIEE SIOUX s’offre un « Faces In The Rock » signé chez le prestigieux label folk Grass Roots, et commence à voyager à travers le monde pour faire entendre ses chansons folk.
Bien qu’elle se réclame de ses racines indiennes, elles s’entendent hélas assez peu dans sa musique, qui relève plutôt d’une folk acoustique proche de JOAN BAEZ, avec néanmoins une forte inspiration européenne. Seules quelques flûtes indiennes, utilisées d’ailleurs avec parcimonie, dessinent sous nos paupières un paysage désertique peuplé de quelques guerriers sioux, notamment sur les deux meilleurs titres de l’album, Wizard Flurry Home et le magnifique Wild Eyes.
Car aussi jeune soit-elle, MARIEE SIOUX est une songwriter de grand talent qui sait écrire des mélodies d’une qualité impressionnantes, des chansons qui marquent la mémoire et que l’on semble connaître depuis vingt ans dès la première écoute. Seul bémol, la petite prodige a parfois tendance à se répéter un peu trop et surtout à s’étaler sur près de dix minutes, sans toutefois que l’écriture des morceaux le justifie réellement. D’où une tendance pour l’auditeur à décrocher quelque peu à la moitié de l’album, d’autant plus que la répétition interminable des arpèges ne semble pas lasser la demoiselle.
Bref, autant de petits défauts techniques que l’on serait bien en peine de reprocher sérieusement à une aussi jeune artiste. L’avenir dira si MARIEE SIOUX inscrira son nom au fronton de la folk, mais il y a tout lieu de penser que si cette jeune artiste persiste dans son art, nous n’avons assurément pas fini d’en entendre parler. En attendant, je vous invite à découvrir cet album sensuel et intimiste, doux et paisible, que l’on peut mettre sans risque aucun entre toutes les oreilles.

Ecouter : La page MySpace de MARIEE SIOUX
Dorian Wybot vous invite à regarder :
La route et la nature sauvage des Etats-Unis, dans le très beau clip de "Wizard Flurry Home".



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VON MAGNET - Ni Prédateur, Ni Proie (Ant-Zen)

Von Un nouvel album de VON MAGNET est toujours un évènement majeur, tant il est vrai que ce groupe absolument inclassable promène depuis plus de 20 ans une carrière sans faux pas au travers d’une musique qui flirte allègrement entre l’industriel, l’électronica, le flamenco, le tango et les musiques ethniques traditionnelles, tout cela mis au service d’une vision du monde profondément humaniste et multiculturelle, mais aussi ténébreuse et pessimiste.
« Ni Prédateur, Ni Proie » est le huitième album studio pour le collectif de Phil Von et Flore Magnet, qui apparait étrangement sur Ant Zen, un label plutôt connu pour accueillir des artistes donnant dans une techno industrielle très urbaine. Trois ans après le somptueux « De l’Aimant » (2005), meilleur album du groupe à ce jour, VON MAGNET effectue un virage brutal vers un son plus âpre, plus urbain et plus noir que jamais. Est-ce le groupe qui essaye de coller à son nouveau label ou bien est-ce parce que son dernier album est dans cette mouvance que le groupe l’a proposé à ce label ? Nous laisserons à VON MAGNET le bénéfice du doute.
Comme ses prédécesseurs, « Ni Prédateur, Ni Proie » est un album complexe qui ne se découvre pas en trois écoutes. Mais ce n’est pas tout !  Le groupe a choisi de composer principalement des morceaux articulés sur plusieurs séquences rythmiques, créant au sein d’un seul morceau une sorte de collage sonore qui n’est pas facile à démêler. Reste que le travail structurel est, comme d’habitude, d’une grande richesse et d’une inventivité totale. VON MAGNET retourne à ses racines industrielles et ne le fait pas à moitié. Les morceaux sont oppressants, inquiétants, d’une noirceur viscérale sans pour autant sombrer dans la morbidité facile. Les rythmes électroniques rencontrent des percussions tribales et distordues, tandis que les textures se font plus orchestrales, les samples vocaux plus paniqués et hystériques. « Ni Prédateur, Ni Proie » reflète avec une grande fidélité l’époque à laquelle nous vivons, c’est-à-dire précisément une époque de prédateurs et de proies, sur laquelle VON MAGNET jette un regard lucide et excédé. L’album sonne presque comme la bande originale d’une guerre sans issue. L’ambiance dégage une martialité que les nombreuses percussions orientales n’assouplissent en rien, bien au contraire, puisqu’elles nous évoquent à la fois l’Irak et le conflit israélo-palestinien. Des guerres sans issues, justement. La boucle est bouclée : « Ni Prédateur, Ni Proie » est lui aussi un album sans issue, un enfermement dans la folie humaine, d’autant plus fascinant qu’il recèle de réels moments de grâce.
On remarquera l’absence presque totale de chant et de guitare flamenca, sacrifiés semble-t-il sans regrets. La musique, l’atmosphère, l’évocation sont ici privilégiés avec une certaine justesse. On adhère ou pas, mais on saluera sans peine l’ambition et la rigueur de VON MAGNET, qui signe là son album le plus extrême et le moins harmonieux.
Presque 20 ans après son premier album, « El Sexo Surealista », VON MAGNET demeure un groupe résolument avant-gardiste, puissamment créatif et dont l’œuvre, plus noire que jamais, séduira les oreilles les plus tourmentées et les plus exigeantes.    

En savoir plus : Le site officiel de VON MAGNET
Ecouter : La page MySpace de VON MAGNET
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Un court extrait du spectacle scénique de VON MAGNET d'après "Ni Prédateur, Ni Proie".

Neither Predator nor Prey


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WIRE - Object 47 (Pink Flag) 

Object47 Nous concluerons ce Millésime 2008 avec le come back le plus discret de l’année, celui des vétérans de WIRE. Apparus à la toute fin des années 70 dans un contexte punk ultra-basique, WIRE a évolué dans les années 80 vers une new-wave austère, qui n’est pas sans rappeler NEW ORDER. Après avoir cessé toute activité en 1991, WIRE a fait un vibrant retour en 2003 avec « Send », un album fortement inspiré de sa première période punk, mais où Colin Newman et sa bande avaient introduit samplers et riffs assassins, se rapprochant ainsi du son plus moderne de NINE INCH NAILS tout en conservant le caractère glacé de leur période new wave.
On attendit à cet album énergique une postérité qui ne vint pas, et finalement, c’est presque dans l’intimité qu’est sorti cet « Object 47 » en 2008 sur leur propre label Pink Flag. Ce nouvel album marque à la fois un retour à la new wave des années 80, mais aussi une proximité nouvelle avec les albums solos de Colin Newman, à commencer par son mirifique « Commercial Suicide » (1986).
A partir de là, évidemment, l’attention de l’auditeur dépend surtout de son jugement face à cette démarche résolument passéiste. Ou il a envie de réécouter le WIRE de « IBTABA » (1989), ou il passe son chemin.
Dans le premier cas, l’auditeur sera même très agréablement surpris par cet album assez basique, marqué par une basse ronronnante « à l’ancienne », et où l’électronique se fait discrète. S’ouvrant sur le très neworderien One Of Us, l’album poursuit dans une cold-wave fort classique, franchement binaire mais tout à fait délectable pour ceux qui aiment ça et qui peinent à trouver des groupes qui savent encore le faire.
Certes, comme toute recette éculée, celle-ci a quelque peu ses limites, mais durant le temps de neuf compositions fort honorables qui toutes ensemble n’atteignent même pas les 35 minutes, il est bien difficile de se lasser.
Il faut reconnaître en plus que l’album est d’autant plus réussi, qu’il est clairement sans prétentions et que chaque mélodie sonne juste. Pas un seul couac ! Je dirais même : plus de bons morceaux que l’on en trouve sur « The Ideal Copy » ou « A Bell Is A Cup… ». L’album distille avec bonheur une excellente pop 80’s dénuée de toute modernité et tout autant inspirée, sinon plus, que l’originale. « Object 47 » aurait pu être aussi bien imaginé en 1986, WIRE n’en aurait pas changé une note.
Par conséquent, je ne dissimulerai pas tout le plaisir que j’ai eu à glisser dans mon lecteur CD cet « Object 47 » parfaitement suranné, mais qui ne dépare nullement entre un MINIMAL COMPACT et un ASYLUM PARTY. Et qui reprocherait sérieusement à ces fringants quinquagénaires de faire simplement ce qu’ils savent faire le mieux ? Pas moi, vous l’aurez compris, ni vous non plus, ou alors c’est que vous y mettez de la mauvaise foi. Ecoutez donc sans à priori ce 47ème objet signé WIRE, et vous verrez que les punks, ça ne vieillit pas toujours aussi mal qu’on le croit. 

En savoir plus : Le site officiel de WIRE et du label Pink Flag
Ecouter : La page MySpace de WIRE.
Dorian Wybot vous invite à regarder :
Le clip "à l'ancienne", filmé au camescope avec un filtre pourri, de "One Of Us".




Voilà pour cette année 2008. Au programme l’année prochaine : PLAID, MARISSA NADLER, WHITE LIES, FERN KNIGHT (déjà !), GLASS CANDY (encore !), WOODWOSE, et de manière plus incertaine : ESPERS, SHE WANTS REVENGE, I LOVE YOU BUT I’VE CHOSEN DARKNESS, plus bien d’autres albums surprise et qui sait, peut-être un jour le nouveau MASSIVE ATTACK.
En attendant, bonne écoute à tous, merci de votre patience et à bientôt.

Escher 2 Small 














Dessins de Maurits Cornelis Escher (1898-1972). Le premier date de 1936, le second de 1952.

2-0-0-9

Quino 1 Comme je l’avais prévu, l’année 2008 fut « l’année du serrement de ceinture, des privations les plus injustes et des aberrations politiques les plus odieuses ». C’est précisément ce que j’avais écrit sur ce blog, et je ne peux qu’y adhérer un an plus tard, jour pour jour. Mais il est vrai que la logique du pire fait un peu de chacun d’entre nous des médiums en puissance. Nul besoin d’être nanti de pouvoirs divinatoires pour comprendre que tout cela peut difficilement s’arranger avec le temps.
J’ai songé, en septembre dernier, à écrire un texte sur la crise financière. Et puis, nous sommes tant saturés d’informations (ou de désinformations) sur le sujet que je n’ai pas jugé utile de mettre mon grain de sel. Surtout que finalement, cette crise que l’on annonce comme un cataclysme mondial, elle rend simplement nos vies à tous un peu plus difficiles qu'avant. Mais une fois n’est pas coutume, ce ne sont pas forcément les plus démunis qui sont les plus défavorisés. Je ne sais pas pour vous, mais tous ces actionnaires en train de s’arracher les cheveux, ça ne m’a guère ému. Et aujourd’hui que l’on annonce des milliers de licenciements dans le secteur automobile, je ne me sens pas tellement plus révolté. Que ce soit les employés des concessionnaires ou les ouvriers métallurgistes, tout ce beau monde ne s’est jamais trop posé la question si leurs boulots ne participaient pas à la dégradation de la planète. Or, l’automobile, c’est un vrai problème pour l’environnement. Mais quand on travaille dans ce secteur, on ne tient pas spécialement à y réfléchir. Voilà donc un certain nombre de personnes qui vont avoir à présent le temps et l'opportunité d'y réfléchir. 
Evidemment, on peut se dire : s’il n’y a plus d’argent dans les caisses, pourquoi ne pas imprimer simplement plus de billets, et les distribuer là où ça manque ? C’est le genre de propositions que vous feront toutes les personnes âgées si vous leur parlez de la crise. Bien sûr, vous aurez le réflexe de rire de leur naïveté et de leur dire que ce n’est pas possible. Et en même temps, vous serez bien en peine de leur expliquer vraiment pourquoi ce n’est pas possible. Vous vous douterez bien qu’il y a quelque chose à voir avec la dévaluation, mais en même temps, que représente la notion de dévaluation dans un système monétaire basé sur la spéculation abstraite sur des sommes d’argent que l’on a emprunté ?
Bref, comme le chantaient il y a déjà vingt ans les Vagabonds, sorte d’ersatz en encore plus minable des Forbans, dans leur titre presque immortel « Tout Va Bien » :

« La crise, et tout leur délire
Fais-en une crise de rire ! »

L’autre grande information de l’année, c’est évidemment l’élection de Barack Obama, au sujet de laquelle on a à peu près tout dit sauf que ça ne va probablement pas changer grand-chose. Il est amusant, d’ailleurs, de voir à quel point dans tous les pays du monde, des milliers de gens ont soutenu le candidat démocrate pour la seule et unique raison qu’il est l’antithèse totale de son prédécesseur. Et puis un Président noir à la Maison Blanche, quelle chic idée ! C’est important au niveau du symbole, même si ce ne sont pas les symboles qui gouvernent – en l’occurrence, les membres du gouvernement d’Obama risque, eux, d’être bien blancs. Et quand bien même, est-ce la couleur de peau d’un homme politique qui établit sa compétence ? Probablement pas. Obama va déjà rentrer dans l’Histoire comme premier Président noir, il n’est vraiment pas certain qu’il ait plus envie que ça de pousser au-delà l’exception. Et quand bien même, que peut-il faire ? Convaincre des centaines de millions d’Américains qu’ils ne sont pas les Rois du Monde ? Alors que justement, sa propre élection a créé des crises d’hystérie sur toute la planète ?

Mais bon, que voulez-vous, les gens s’ennuient, leurs existences sont mornes et désincarnées, ils n’allaient pas laisser passer une si belle occasion de se fondre dans une catharsis primaire aux allures de grande fête populaire. L’important, c’était de croire tous ensemble pendant un instant que le monde était merveilleux. Je garderai le souvenir de cette Noire américaine interviewée par la télévision dans une sorte d’église. Elle était en larmes, complètement hystérique, et elle hurlait : « C’est le plus beau jour de ma vie ». Le pire, c’est que c’était sans doute vrai. Que l’élection d’un président dont elle partage l’affiliation ethnique mais qu’elle ne rencontrera jamais et qui ne changera probablement rien à son existence soit le plus beau jour de sa vie, ça nous renseigne sur la vie de merde qu’elle doit se payer. En même temps, elle était fort laide, elle avait l’air complètement débile, et si elle était dans une église, c’est qu’elle croyait en Dieu. C’est clair que, partie comme ça, elle avait peu de chances d’avoir une vie intéressante.
Néanmoins, je m’en voudrais de gâcher la fête, même si je ne m’y suis jamais senti convié. Barack Obama redonne de l’espoir à pas mal de gens, et son élection est une étape nécessaire pour un continent esclavagiste qui a inventé quelque chose d’aussi odieux que le Ku Klux Klan. J’avoue même avoir été surpris d’une victoire aussi écrasante. Je pensais très sincèrement que les résultats seraient plus serrés. Cela montre la volonté d’une certaine partie de l’Amérique d’aller au-delà du puritanisme et de la ségrégation qui a marqué son histoire. Et ce n’était pas évident, pour un pays aussi ouvertement patriote, de piétiner ainsi allègrement un tabou sur lequel repose une partie non négligeable de sa mentalité.
Mais on ne m’empêchera pas de me gausser quelque peu des soutiens ostentatoires du reste du monde, notamment en Europe, où, dans la plupart des pays de la communauté, les candidats noirs ou issus de l’immigration peinent encore beaucoup à exister sur la scène politique. Rien qu’en nos contrées, combien de gens ont soutenu Obama mais n’auraient jamais voté pour un président noir en France ?
2008, ça a aussi été le retour des bombes et des tanks. En Géorgie, d’abord, où on a pu constater que l’U.R.S.S a changé de nom, mais pas de méthodes, et puis dernièrement dans la Bande de Gaza, où les politesses s’échangent à grands coups de roquettes. Mais le conflit israélo-palestinien n’arrive pas à m’intéresser. Tous ces gens qui se ressemblent tant et qui se massacrent depuis des décennies, simplement parce qu’ils ne donnent pas le même nom à un Dieu qui n’existe pas, ça atteint un degré d’obscurantisme auquel il m’est impossible de m’abaisser.

Du côté de chez nous, l’année 2008 fut assez calme. La France est un pays très chiant, depuis quelques années. Je ne sais pas comment ça se passe ailleurs, mais j’ai de plus en plus envie d’aller y voir par moi-même.
Ceci dit, ne soyons pas inustes : nous avons eu quelques belles morts en 2008. Certaines m’ont fait sincèrement de la peine (Alain Robbe-Grillet, Philippe Khorsand), d’autres m’ont moins touché eu égard à l’âge canonique des intéressés (Henri Salvador, Jean Delannoy, André Bellec, Aimé Césaire), d’autres encore m’ont assez indifféré (Carlos, Yves Saint-Laurent), et enfin - pourquoi le cacher ? - le lâcher de rampe de certaines têtes de con m’ont franchement réjoui (Pascal Sevran, Guillaume Depardieu, Sœur Emmanuelle).
Sinon, l’accession de Carla Bruni comme première dame de France fut la grosse farce de l’année. J’ai déjà écrit sur ce sujet en février, donc je ne me répèterai pas, mais quelle franche rigolade que de voir cette bonne à rien terminer sa carrière de la même façon qu’elle l’a commencé : comme potiche. Le semi-échec de son album, malgré la promo titanesque qu’il y a eu à sa sortie, est d’ailleurs assez éloquent sur l’opinion qu’elle génère. Carla Bruni est une potiche, la potiche ultime même. Elle n’est ni une chanteuse, ni une artiste, il serait tant qu'elle s'en rende compte. Mieux vaudrait qu’elle se concentre sur son rôle de faire-valoir au moins jusqu’en 2012, si tout se passe bien, ou en 2017, si les Français persistent à être cons, ce qui n’a rien d’impossible.

2008 fut une année de ruptures, hélas sans grandes conséquences que de flipper ou de se réjouir sur le Quino 2 moment. Je ne suis pas sûr que tous les bouleversements attendus en 2009 aient bien lieu.
En ce qui concerne ma vie personnelle, 2008 fut aussi une année de claquage de portes. Pourtant, l’année avait plutôt bien commencé pour moi, avec ces quinze jours de vacances passés à Toulouse, une ville que j’affectionne énormément.
Mais voilà, à peine revenu dans la capitale, les ennuis allaient commencer...
J’ai chassé de ma vie, cette année, un ami de vingt ans. C'est un acte assez déconcertant. On croit connaître les gens, et puis au détour d’une frustration, d’une jalousie, ils révèlent leur vrai visage. Celui-là était la personne à qui je dois toute ma culture musicale, nous nous étions rencontrés au lycée et il avait su me décrasser les oreilles d'une manière attentive et pointilleuse. Certes, il n'avait pas que des qualités. Il a toujours été d’un tempérament un peu jaloux, et franchement langue-de-pute. Mais j’ai toujours considéré que l’on doit accepter les amis avec leurs qualités et leurs défauts. Il n'y a rien de pire que de considérer les personnes qu'au travers de ce qu'elles nous apportent et de faire l'impasse sur le reste.
En avançant dans la trentaine, cet ami s’est replié sur lui-même, dans une existence larvaire et misanthrope, où il renâclait dans le mépris de la différence l’échec absolu de sa propre vie. Il lui plaisait sans doute de croire que nous vivions un peu la même. J’ai peut-être eu le tort de ne pas chercher obstinément à le détromper. Lorsqu’il a été amené à constater de visu que ce n’était pas le cas, il a eu une réaction grotesque, pitoyable mais néanmoins impardonnable. Il se trouve que j’ai dans mon entourage proche une très jeune fille qui est comme une petite sœur pour moi, il se trouve que mon ami a vu qu’elle me regardait comme personne ne le regarderait lui, et il a cherché à me faire honte devant elle, d’une manière tellement ridicule, tellement déplacée, que cette jeune fille s’est surtout demandée s’il n’avait pas de sérieux problèmes psychologiques. En un sens, elle n’avait pas tort.
J’aurais pu passer sur cette histoire, puisqu’elle n’a pas eu de conséquences sérieuses. Mais devais-je pardonner aussi facilement ce qui était quand même une trahison manifeste ? Devais-je tolérer dans mon entourage quelqu’un prêt à me poignarder pour sauvegarder l’image qu’il a de lui-même ? Pour cela, parce que cet ami est une personne qui est incapable de présenter ses excuses quand elle fait une ânerie, mais aussi pour d’autres détails plus secondaires que je ne dévoilerai pas, j’ai jugé que non, je n’avais pas à me montrer magnanime.
Cela ne fut pas facile, dans la pratique. Rompre tout contact avec un ami de vingt ans, avec lequel on a partagé tant et tant de choses, ce n’est pas évident. Déjà, je n’aime pas trop l’idée de laisser des gens derrière moi, à la base et en plus, cet ami était presque la personne que je connaissais depuis le plus longtemps. Mais de quelque façon que je tournais l'affaire, je ne voyais pas comment procéder autrement. La rupture était véritablement nécessaire, et je suis somme toute assez content d’avoir pu la pratiquer sans trop de mal, et avec encore moins de remords.
Autre rupture aussi, avec le C.A.A. de Maurice et le site Internet mauriceradiolibre.com. Je n’aurais pas soupçonné que l’animateur soit aussi mal entouré. Là aussi, la frustration et la jalousie de personnes stupides et mentalement dérangées n’y est pas pour rien. La seule chose qui me réjouisse, concernant Maurice lui-même, c’est qu’il a enfin décroché une émission sur une chaîne câblée. Pour ce que j’en ai vu, je ne suis pas certain qu’il s’y éclate vraiment, mais ça peut être une réelle opportunité pour refaire plus tard une émission dans son propre esprit, et sans doute loin des tristes rats qui lui tournaient autour jusqu’à maintenant. C'est la meilleure chose qui puisse lui arriver. En dehors de ce que je lui dois pour mon propre travail, Maurice est un animateur au talent rare qui mérite grandement la reconnaissance de son travail.
Par ailleurs, comme vous l’avez peut-être noté si vous suivez attentivement ce blog, je participe à une soirée de lectures bimestrielle nommée « Le Langage des Viscères », et qui réunit des poètes et des auteurs un peu marginaux, et dont les quatre premières éditions ont été un franc succès. Cela est au moins un point positif sur le plan professionnel. Cela me ramène d’une part à mes débuts, c’est-à-dire au principe d’une lecture publique, et en même temps, cela me pousse à évoluer dans des formats nouveaux, et à exacerber ma fibre poétique, ce que je ne ferais sans doute pas avec la même régularité et le même bonheur sans cette perspective de lectures. Le projet devrait continuer durant toute l’année 2009.
La mise en ligne de mon blog "Dorian de Saint-Ouen" (encore inachevé à l’heure où j’écris ces lignes) a causé pas mal de retard dans l’alimentation de ce blog-ci. Certains textes entamés ont été terminés avec de nombreux mois de retard et publiés de façon antidatée, afin de respecter le caractère spontané de leur processus créatif. N’hésitez donc pas à refaire un tour d’horizon de mon blog, vous y découvrirez peut-être des choses qui n'y étaient pas lors de votre dernière visite. Trois chroniques de livres sont également en cours de finition, et devraient apparaître sur ce blog durant les prochaines semaines.

Il me reste à remercier une fois encore ceux et celles qui se sont penchés cette année sur mes écrits, et ont honoré ce blog de leur présence : Amine, Mickael, Manuéla, Aurélie, Delphin, Florence, Diane, les deux Christophe L., les deux Carole, Aurelia, X.Tin, Twiggy, le Fabrice S. de Bruxelles, Lesley de Arlington, A. de Chicago et à toutes les personnes qui ont tapé « Dorian Wybot » dans Google et sont arrivées sur ce blog par ce biais.
Une mention spéciale pour une personne en particulier, qui est arrivée sur mon blog en tapant dans Google « Dorian Wybot Wikipedia ». Il se trouve que c’est plus que prématuré, mais c’est tout de même très flatteur pour moi.
Merci à tous, et bonne année 2009 (ou du moins, pas trop mauvaise, ce sera déjà ça).

Amicalement.

Dorian Wybot


Quino 4
















Les trois dessins sont de la main du dessinateur argentin Quino (Joaquin Lavado), le créateur de "Mafalda", et sont extraits du recueil "Ca Va, Les Affaires ?" (1985), publié en France par Glénat. Le copyright et les ayant-droits de ces dessins et de leur traduction française appartiennent aux éditions Glénat.

Décembre

Décembre - 1 Cela commençait toujours ainsi. Soudain, la ville habillait son hiver de lucioles mouchetées, qui enlaçaient nonchalamment les réverbères. Suspendues au-dessus des rues, elles semblaient nous saluer de leurs évanescences bariolées. J’étais alors enfant, toute lumière était une magie en offrande. 

Par ces étoiles assujetties à l’homme, Décembre annonçait son triomphe dans la féerie. La plupart des enfants y voit la perspective d’une mâtinée de cadeaux flamboyants. Bien sûr, le cœur me battait à la pensée de ce réveil enchanté, mais il y avait aussi tout le reste, toute cette magie de Noël qui, en cette fin des années 70, était plus loin que jamais de l’Eglise qui l’a enfantée.

Noël, c’était d’abord la quête de l’arbre, du conifère aimé que l’on achetait au petit marché, le sourire aux lèvres, comme si on allait accueillir un chaton ou un chiot au sein du cercle familial. L’arbre était la merveille. On le plantait dans un gigantesque pot, afin de dissimuler sa mort au plus profond de la terre. On sortait de cartons poussiéreux des guirlandes fatiguées, pelées par le temps, qui faisaient sans doute rêver ma mère bien avant moi. Nous étions une famille pauvre, les accessoires des jours de fête avaient été achetés au temps faste du Front Populaire. On les sortait de la boîte une fois par an, ça ne pouvait pas s’abîmer à ce train-là.   

Depuis la cime du sapin, les guirlandes tombaient en spirale comme des coulées de lierre argenté. Puis venait la guirlande électrique, avec ses ampoules clignotantes. Je ne pouvais détacher mon regard de ces scintillements syncopés que reflétait à l’infini l’effet miroir argenté ou doré des autres guirlandes.
Ensuite, on posait les décorations, les petits personnages, et surtout les boules de Noël, ces sphères colorées qui exerçaient sur les chats de la maison une fascination telle qu’on en retrouvait certaines trois mois après sous divers meubles. Elles me semblaient des planètes miniatures que les branches du sapin libéraient de la pesanteur. Voilà ce qui manquait à l’univers : des branches de sapins géantes auxquelles on suspendrait planètes et soleils. Durant des heures, je restais là, devant ce sapin que j’aurais voulu montant par-delà le ciel. Je m’imaginais ainsi marcher d’une planète à l’autre, petit microbe arpentant les branches du sapin de l’univers, à l’ombre de feuilles titanesques qui ne me piqueraient plus, ainsi, le bout des doigts. Ces heures de rêveries demeurent mes plus beaux souvenirs d’enfance.
Enfin, on terminait avec la pose de l’étoile du Berger, qui était, si je me souviens bien, dans le plus pur style disco, couverte de paillettes, avec des petits filaments argentés censés évoquer une étoile filante, bien qu’en théorie, ça n’en soit pas une. Certaines années aussi, on sortait la crèche, mais ça ne me passionnait pas. Je l’aimais surtout pour son petit toit de bois recouvert de vraie mousse, et pour les brins de paille au milieu desquels on posait les personnages alanguis. J’aimais bien le bœuf et l’âne. J’aurais voulu qu’ils mangent tout crû l’espèce de vilain bébé recroquevillé dans son berceau doré.

J’avais des rêves bizarres, mais Décembre était le mois du rêve. On pouvait voir des films en entier, puisqu’ils étaient diffusés l’après-midi. A l’époque, on nous régalait des dinosaures en pâtes à modeler de Kevin Connor, façon 6ème ou 7ème continent, ou des évocations de l’antiquité revues par Ray Harryhausen, du « Choc des Titans » à Jason et ses argonautes, en passant par les Sinbad, les 1001 nuits, toutes ces aventures exotiques en carton pâte dont les palettes numériques n’ont pas réussi à retrouver le secret. C’était merveilleux d’être un enfant et de regarder la télévision, en ce temps-là.  

Et puis, il venait toujours trop tôt, ce fameux matin de surprises. La veille au soir, comme chaque année, je tentais de résister à l’envie de m’endormir, rien que pour voir au moins une fois ce donateur nocturne et désintéressé, rien que pour lire ce qui se passait dans son regard quand il venait déposer son bonheur par effraction. Mais un enfant ne veille pas la nuit, la vie ne lui a pas encore volé son sommeil.

Et au réveil, au pied du sapin, une petite dizaine de paquets soigneusement emballés. C’est étrange, je ne me souviens pas toujours des jouets que l’on m’offrait, mais je me souviens des paquets cadeaux, de leur papier marbré, de leurs rubans soyeux. J’aurais voulu les contempler longtemps, parce qu’ils étaient beaux, parce que l’on pouvait tout imaginer en les regardant et que sitôt que ma main se posait dessus et déchirait l’emballage, quelque chose se cassait, quelque chose que je n’aurais pourtant pas su définir.
Mais tout autour de moi, les instigateurs du complot faisaient cercle, en voulaient pour leur argent. C’est le plus détestable souvenir que je garde de chaque Noël : derrière moi, les jambes de ces voyeurs qui semblaient vouloir empêcher toute fuite, cette sensation d’être épié, observé, acculé à exhiber ma joie, ma déception, et à le faire vite. Cela m’a tellement gâché le plaisir de la découverte.
Mais après tout, les adultes ont de ces manies qu’on ne peut pas comprendre, n’est-ce pas ?

Et l’une de ces manies, je la subissais une semaine plus tard, lorsque venait le dernier jour de l’année, et que les grands se sentaient obligés de faire ripaille, et de réunir à cet effet la famille toute entière autour d’une volaille moins chère que la dinde, le budget ayant plutôt été alloué aux bouteilles de vin.
Et puis, un certain réveillon, une tristesse qui monte, des larmes qu’on ne saurait retenir, une conviction qui explose. Je ne veux pas que 1978 s’en aille. Je ne veux pas de ce 1979 que je ne connais même pas. Je veux rester en 1978. Je le crie bien fort, et je déclenche l’hilarité générale. On me frotte la tête, on plaisante, on tourne en dérision, personne ne comprend que je suis en train d’appréhender la mort, la mort ! J’en rêve même la nuit d’après, je verrai une demi lune, son visage triste de dessin animé, avec marqué « 1978 » sur ce qui pourrait être son front. Elle me regarde en pleurant, elle a un petit bras qui tient un petit mouchoir, elle me salue. Et puis, elle rapetisse, elle rapetisse, je ne sais pas si elle disparaît ou si elle s’éloigne. Elle secoue toujours son mouchoir, elle rapetisse jusqu’à n’être plus qu’un petit point, et puis plus rien. Le noir.
J’ai six ans, je viens de comprendre que le temps ne passe pas, mais qu’il nous laisse tomber.
Quelques jours plus tard, sur le chemin de l’école, en voyant les dizaines de sapins morts, abandonnés sur les trottoirs au bon vouloir des éboueurs, je commencerai à appréhender ce qu’est la comédie humaine, ce que cachent ces ampoules colorées, ces sapins arrachés, ces repas et ces rires bien trop gras.

C’était il y a trente ans, c’était hier, c’était demain.


Décembre - 2

Ce poème en prose a été écrit spécifiquement pour la soirée poétique "Le Langage des Viscères" du 19 décembre 2008, et a été lu publiquement pour l'occasion. Merci à Dust Of My Dust pour son indéfectible confiance, à la Cantada, pour nous avoir accueillis et à tous ceux qui ont partagé cette nouvelle aventure avec nous.   

Dorian Wybot invité à la soirée de lectures poétiques "Le Langage des Viscères", le vendredi 19 décembre 2008

Avis à mes lecteurs fidèles et occasionnels.

Je suis invité à la quatrième édition de la soirée de lectures poétiques "Le Langage des Viscères", qui aura lieu le vendredi 19 décembre au sous-sol du bar punk/rock "La Cantada", 13 rue Moret, Paris 11 - Métro Ménilmontant ou Couronnes.
Comme pour les précédentes fois, la soirée commencera à 19h00 mais s'achèvera à 23h, moment où les DJ Emma Tome et Alien S. Pagan débuteront leur soirée habituelle "We All Fade To Grey", un set dansant autour de tubes connus et underground des années 80 qui devrait durer jusqu'à 2h du matin. Bien entendu, tout cela est gratuit, et les consommations à la Cantada sont à un tarif plus que raisonnable.

Je lirai à cette occasion un poème en prose inédit, "Décembre", qui sera publié sur ce blog et sur ma page MySpace quelques jours plus tard.
Outre mes interventions, vous pourrez également écouter lors de cette soirée celle de Dust Of My Dust, dont le blog est directement accessible dans ma liste de liens "Bon Voisinage".
Ci-dessous, le flyer de cette soirée.

LelangagedesvisceresIV






































Merci aussi de faire passer le message, si vous connaissez des personnes qui, de près ou de loin, seraient intéressées par le concept général de la soirée, en tant que spectateurs ou en tant que participants (dans ce dernier cas, pour une soirée ultérieure, naturellement).
Au plaisir de vous croiser à cette occasion.

Cordialement.

Dorian Wybot

Site Internet de la Cantada : http://www.cantada.net (Ne vous fiez pas aux hideux dessins de l'interface, le lieu est très sympathique et les décorations de mauvais goûts ne descendent pas jusqu'au sous-sol)

Saint-Pierre-du-Perray, Novembre 2008

Ponctuellement, je vous présenterai sous une forme beaucoup plus photographique de courts posts évoquant une ville ou un village de grande banlieue parisienne, et illustrée par des photos prises par moi-même.
Ces photos n’ont pas de prétention artistique, ni spécifiquement touristique ; elles prolongent juste le regard de l’écrivain, un regard qui ne se veut ni outrageusement réaliste, ni précisément descriptif, mais avant tout poétique.
Cliquer sur chaque photo pour la voir dans sa définition originale.

Saint-Pierre-du-Perray est une ville située dans l’Essonne, immédiatement à côté de Corbeil-Essonnes, à exactement 40 kilomètres légèrement au sud-est de la ville de Paris.
Saint-Pierre-du-Perray est une petite bourgade située en hauteur sur les coteaux de la Seine qui ne se révèle pas facilement à l’œil. Comme j’y viens en train, il m’a fallu descendre à la gare de Corbeil-Essonnes, puis traverser entièrement la ville, prendre la direction de Saint-Germain-les-Corbeil, traverser la Seine par le pont de l’Armée Patton, et là seulement, alors que la route principale monte au nord vers Corbeil, il m’a fallu débusquer une petite rue, la rue des Fours-à-Chaux, qui s’échappe vers le sud et permet de gagner Saint-Pierre-du-Perray.
Il me faut la suivre pendant un moment, en dépit de l’exiguité des trottoirs et l’agressivité des chiens de garde des maisons devant lesquelles je passe, certaines étant d’ailleurs terriblement vétustes. Enfin au bout de quelques mètres, j’arrive à l’entrée de la rue de la Montagne-du-Perray. C’est elle qui conduit au cœur de la ville.

Saint-Pierre-du-Perray - Entrée Saint-Pierre-du-Perray - Facade rue des Fours-à-Chaux

A son entrée, on remarque assez rapidement la grande quantité de vigne vierge qui envahit les murs, mais aussi les poteaux télégraphiques ou les lampadaires. L’un d’eux semble ainsi transformé en tête de serpent émergeant d’un buisson hostile. L’urbanisme a encore un peu la tête hors de l’eau, mais il arrive tout de même aux frontières de son territoire.

Saint-Pierre-du-Perray - Premier Lampadaire Saint-Pierre-du-Perray - Deuxième Lampadaire

D’ailleurs, dès que l’on pénètre enfin dans la ville, on sent que tout y est plus ancien. Mêmes les réverbères semblent dater des années folles. Entrer à Saint-Pierre-du-Perray, c’est laisser la ville derrière soi. Mais c’est précisément ce que j’étais venu y chercher.
La rue de la Montagne-du-Perray est en pente raide, sur 2 bons kilomètres. La monter en fin de mâtinée ou en début d’après-midi implique d’avoir le soleil en face, sans aucune chance de bénéficier d’un coin d’ombre. Je m’y étais rendu une première fois l’été précédent, sous un soleil de plomb, et je l’avais payé d’une sacrée suée. Ce fut moins physiquement éprouvant, cette fois-ci. Du haut de la rue, on peut même avoir une vue splendide sur Corbeil-Essonnes.
Puis en bifurquant vers la rue du Château, on longe le parc François Mitterrand pour arriver au cœur de la ville, caractérisé, comme je l’ai déjà remarqué en Essonne, par des propriétés assez modernes, sortes de maisons Bouygues améliorées, recouvertes en crépi beige pour faire plus naturel.

Saint-Pierre-du-Perray - Rue de la Montagne-du-Perray Saint-Pierre-du-Perray - Propriétés de la rue du Château - 1

Les propriétés sont implantées à l’américaine, c’est-à-dire sans clôtures pour les séparer, et avec une sorte de gazon les reliant les unes aux autres. Le résultat est moins infect qu’on ne pourrait l’imaginer au premier abord, et dégage une assez grande impression de tranquillité. Quelques uns des propriétaires ont eu le bon goût d’implanter là aussi de la vigne vierge sur les murs de leurs maisons. L’une d’elles me donne l’occasion de signer une de mes plus belles photos.

Saint-Pierre-du-Perray - Propriétés de la rue du Château - 2  Saint-Pierre-du-Perray - Le mur recouvert de vigne vierge


Tout au bout de la rue du Château, l’avenue des Jasmins mène vers un quartier plus populaire, et donc, banlieue oblige, plus bétonné. Mais les tours qui entourent le centre commercial restent encore assez humaines et sont encore entourées d’une verdure qui fait défaut à bien des banlieues chaudes.
Sur mon chemin, je croise la camionnette jaune fluo d’un cirque, qui promeut avec un haut-parleur assourdissant la représentation exceptionnelle du soir. L’arrière de la camionnette a été transformé en cage roulante où se tiennent trois tigres amorphes et apathiques, qui se prennent en plus dans les oreilles les vociférations du chauffeur - le haut parleur, donnant plus ou moins directement dans leur cage.
La vision de ces tristes fauves exhibés tels des phénomènes de foire me serre le cœur. Tandis que les quelques beaufs et enfants de beaufs se précipitent vers la camionnette, qui marque l’arrêt, bloquant en grande partie la circulation de la voie sans que visiblement aucun des conducteurs situés derrière ne s’en offusque, je prends deux photos de ce spectacle affligeant. Pour la première fois de ma vie, je réalise que ce qui pousse un reporter à prendre un cliché choquant n’est pas uniquement du voyeurisme. C’est aussi la seule révolte dont on puisse parfois disposer sur le moment.
Par ailleurs, j’ai toujours détesté le cirque. Je ne comprends pas qu’un animal en voie de disparition, protégé par des conventions internationales, puisse encore être utilisé de façon aussi indigne et répugnante.

Saint-Pierre-du-Perray - Camionnette du cirque - 1 Saint-Pierre-du-Perray - Camionnette du cirque - 2

La laideur de l’être humain m’a rattrapé dans cet îlot de verdure. J’en ressens une terrible mélancolie qui va curieusement, inexplicablement même, déteindre sur mes photos postérieures.
La foule des badauds m’indispose, je n’attends pas que la camionnette des badauds ait passé son chemin, je me détourne et décide de retourner au parc que j’ai longé en venant. Je n’avais pas projet d'y entrer initialement, mais à ce moment, j’ai besoin d’un peu de nature pour évacuer ma crise brutale de misanthropie.
L’entrée du parc François Mitterrand ne paye pas de mine. Un petit passage, à peine de la largeur d’une petite rue. A l’entrée, une petite plaque commémorative, avec le portrait de François Mitterrand, a été vandalisée par des tagueurs. Une partie de la plaque a été brisée, également. Je me demande comment s’appelait ce parc avant 1996.
Je croise brièvement deux cavaliers qui trottent paisiblement dans le sous-bois. Je remarque que le ciel s’étant couvert depuis que je suis rentré dans le parc, la lumière a une teinte très étrange qui va beaucoup jouer dans la qualité des clichés que je vais y faire.

Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - Plaque d'entrée  Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - Les cavaliers

Le parc est en fait une gigantesque clairière, qui doit bien faire un kilomètre de long, entourée d’un sous-bois aux feuilles encore persistantes pour un mois de novembre. Il est pratiquement désert. Je croise juste un homme d’une cinquantaine d’année qui promène son chien, et une joggeuse un peu replète.
Je longe la clairière et au bout j’aperçois un arbre isolé, trônant au milieu du tapis de ses feuilles mortes. Il me donne aussi l’occasion de prendre un très beau cliché.

Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - La clairière Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - L'Arbre Mort

La lumière descend peu à peu, et le soleil perd sa lutte avec les nuages grisâtres, chargés d’une pluie qui ne tombera pas. Petit à petit, le parc perd de sa verdeur et reflète le gris du ciel. On dirait que l’hiver, voyant surgir en son territoire un visiteur étranger, réalise soudain qu’il doit prouver la légitimité de sa présence, en recouvrant de sa grisaille cette nature décidément trop colorée.

Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - Les nuages sur la clairière Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - Les sous-bois
 

Du coup, je me sens importun, et malgré la curiosité que suscite en moi un chemin s’enfonçant profondément dans le sous-bois, menant sans doute à un endroit secret,  je me contente d’y poser le regard oblique de mon objectif, et je me dirige vers la sortie du parc. Une fois là, je reprends le chemin en sens inverse afin de regagner Corbeil-Essonnes, où m’attend mon train de banlieue.

Saint-Pierre-du-Perray - Parc François Mitterrand - Le chemin mystérieux  

A bientôt pour un autre voyage.     

 

 

PS : Les photos publiées sur ce blog sont libres de droit, et je n’ai pas voulu les souiller par un copyright. Vous êtes donc libre de les emprunter, mais je souhaiterais, si vous souhaitez vous en servir pour votre site ou votre blog, être cité en tant que photographe, et à ce qu’un lien vers mon blog soit visible. Merci aussi de m’en avertir, évidemment. :-)