Les époques se suivent et ne se ressemblent pas. Après une année 2009 ouvertement pop-rock, stigmatisant en quelques disques forts et indéniables tout le panel des années 2000, l’année 2010 s’est avérée plus que chaotique, traversée par de nombreux retours inattendus, de surprises électroniques, de manifestes folk et des revivals 80’s. Loin d’annoncer une nouvelle scène, 2010 a vu se télescoper des talents divers, confirmés ou improbables, qui m’ont amené à écouter beaucoup de disques mais avec une certaine circonspection. Après un tri implacable, j’en ai quand même retenu un certain nombre, 25 albums qui resteront, à mes yeux, comme ce qui fut la bande originale de cette troublante année, assez importante dans ma vie par ailleurs. Une année de bouleversements, d’émotions intenses et de ruptures brutales. Une année haute en couleurs et riches en rebondissements. Une année qui a mis fin à bien des choses sans en amener véritablement de nouvelles. En ce sens, tous les disques dont vous allez lire les chroniques, en ont été la parfaite bande son.
Avant de vous parler de tous ces disques que j’ai aimé, je vais vous parler, comme je le fais chaque année, de ceux que je n’ai pas aimés, pour le simple plaisir, ô combien primaire mais toujours libérateur, de pouvoir les descendre rhétoriquement sans le moindre remords et non sans une certaine beauté formelle en matière de diffamation assummée. Donc attaquons les étrons sonores d’entrée de jeu et sans fioritures.
Ma plus grosse déception fut évidemment le nouvel album de Mylène Farmer, chanteuse pour laquelle j’ai un petit faible nostalgique, vu qu’elle fut en partie responsable, à ses débuts, de mon intérêt pour un certain romantisme noir. Cette petite faiblesse ne m’a néanmoins jamais dissimulé l’évidente vérité, à savoir que Mylène Farmer n’était que la créature fabriquée de toutes pièces par son compositeur et ex-compagnon Laurent Boutonnat, dont le talent peu glorieux mais essentiel, a toujours été de savoir distiller, dans des petites mélodies électroniques aux programmations cheap, une mélancolie vénéneuse et tragique qui, bien plus que la voix fragile de la chanteuse, était pour beaucoup dans le charme de son répertoire. Aussi, lorsque j’ai appris que « Bleu Noir » avait été réalisé sans Boutonnat, il m’est apparu évident que cet album serait une bouse sans nom, qui ne mériterait pas même l’audition. Néanmoins, n’étant pas homme de préjugés, j’y ai risqué une oreille, et cette oreille m’en veut encore. Comment ne pas être édifié par cet album merdique, auquel se sont prêtées quelques unes des plus grandes pointures de la dance music, et qui sonne assurément comme du sous-Hélène Ségara, version gay-friendly ? Comment ne pas mépriser ce public français si écoeurant de s’être jeté comme des chiens à la curée sur ce nouvel album qui sonne ENFIN comme de la vraie variété de merde, comme on l'aime bien au village ?
Parce que c’est ça le comble de « Bleu Noir ». Tous ces compositeurs qui ont dû chèrement faire rétribuer leur service ont accouché sur mesure d’un album aussi ordinaire que prévisible, où chaque chanson semble avoir déjà entendue une centaine de fois auparavant. Quant à Mylène Farmer elle-même, malgré son nouveau look bondage et cheveux courts, rehaussé de son tout nouveau bonnet D made by Universal Management, elle fait de la peine à voir, dans ce rôle poussif de quinquagénaire cuir et sacrément (sili)conne. Ce n’est pas parce qu’une femme vieillit qu’elle est obligée de devenir vulgaire, à plus forte raison si elle a fait sa carrière sur une image assez classe. Comme beaucoup de muses, Mylène Farmer a depuis longtemps envie de se détacher du personnage que lui a imaginé son pygmalion. Hélas, sa personnalité à elle est peu intéressante, et surtout se complait de plus en plus dans une niaiserie crispée et robotique à laquelle on ne trouve pas même le charme de la sincérité. Rideau... Elle ferait largement mieux de raccrocher avant d'atteindre le fin fond du grotesque...
Mais si certaines feraient bien de prendre leur retraite, d’autres s’acharnent véritablement à ne pas mourir. C’est bien le cas de Michael Jackson qui s’arrange pour sortir un nouvel album un an et demi après sa mort, l’occasion de se rappeller aussi que Bambi était de son vivant un sacré producteur de daubes, et que forcément depuis qu’il est au fond du trou, ça ne peut guère s’arranger.
Mais d’ailleurs est-ce bien sûr que c’est lui qui chante ? A sa sortie, l’album a fait l’objet de remarques controversées. Ces chansons perdues, oubliées, pas terminées, et qu’on a finalement achevées sur Pro Tool, y a-t-il jamais posé sa voix ? N'est-ce pas un brillant imitateur qui assure l'intérim ? Cette éventualité a choqué beaucoup de monde, mais pas moi. Michael Jackson n’est pas un musicien, ni un artiste, c’est un produit. Il est d’ailleurs la personnalité qui a le plus de sosies au monde. L’homme est mort, mais la marque est déposée. Faut-il s’étonner que certains se disent qu’il faut exploiter le filon au maximum, puisque ça n'est jamais qu'une recette mécanique déclinable à l'infini ?
D’ailleurs, il n’y a pas que les ayants-droits de cadavres qui tirent sur la corde. Les Black Eyed Peas ont effectué cette année un retour aussi inexplicable que leur succès passé. Cela doit bien faire cinq ans maintenant que ces trois toquards flanqués d’une greluche aux allures de travelo secouent les dancefloors avec une soupe particulièrement indigeste, composée généralement de 20% de dance, 20% de rap pas méchant et 60% de samples tirés d’un tube d’il y a 30 ans et qui constituent les refrains de leurs morceaux, des refrains suffisamment connus pour être accrocheurs sans qu’il y ait besoin de se fatiguer à trouver une bonne mélodie. Tout cela est poussif, médiocre pour ne pas dire plus, mais représente la quintessence de ce que j’appelle : la musique de pauvres, pauvres socialement et pauvres d’esprit. En ce début de XXIème siècle, ces deux pathologies, hélas, vont encore trop souvent de pair.
Dans le même genre, nous avons dû tous subir, cette année, une sorte d’ignoble single, basé là aussi sur un sample d’un hit allemand des années 70 déjà plus qu’oubliable. Ce single, c’est "Barbra Streisand" de Duck Sauce, qui gagne haut la main le prix du titre le plus agaçant de l’année, en étant uniquement basé sur un chœur en background de douze secondes, tourné en boucle jusqu’à la saturation. Illustré par un clip alternant des visions irréelles de jolies filles en pâmoison comme on en voit jamais, avec des gros plans rapprochés de sacrées têtes de cons comme on en voit beaucoup trop. On sent là un message subliminal, visant à faire croire aux premières que les seconds sont leurs compléments naturels. Manque de pot, je doute que ça se passe ainsi au final.
Derrière ce projet d’une débilité fédératrice, se cache en fait un vieux routier de la merde en boîte, le DJ hollandais Armand Van Helden, dont on était sans nouvelles depuis dix ans, et qui connût son âge d’or à la fin des années 90, avec une série de tubes dont plus personne ne se rappelle. Souhaitons donc que ce "Barbra Streisand" aille vite rejoindre l’amnésie collective dans laquelle se décompose déjà l’œuvre de jeunesse de ce bidouilleur minable.
Enfin, pour en finir une bonne fois pour toutes avec les abrutis du hit parade 2010, il me faut conclure par ce qui fut la révélation chanson française de l’année : Zaz. Ne confondez pas avec Zazie. Celle-ci s’appelle Zaz, ça rime avec naze, ça vous aidera à vous en souvenir ou à oublier plus facilement.
Les mots me manqueraient presque tant il y a de choses à dire sur cette bobo vulgaire à face porcine dont le perpétuel sourire s’évertuant à faire prolétaire n’aurait pas déparé sur une affiche stalinienne. Zaz est un cliché, c’est ainsi qu’elle se veut, mais on sent qu’il y avait un bon terreau dès le départ. Elle fait partie de cette nouvelle scène française ébouriffante de nullité, qui se la joue vintage pour faire passer pour révolutionnaire un style musical ringard au possible. Dans la lignée d’Olivia Ruiz, Zaz s’est mis en tête d’être encore plus vulgos, plus niaise et encore plus franchouillarde, elle y réussit sans peine. Ses paroles fleurent bon le populisme crasseux des fonds de campagne et tente de dédouaner sa mentalité vaguement FN en disant des gros mots, pour faire plus vrai.
De sa voix puissante, qui n’est pas sans évoquer le meuglement d’une vache, Zaz nous raconte cette putain de vie qu’on mène, souvent trop loin de cet humanisme gluant qui lui cheville le cœur, expliquant avec une savante philosophie de comptoir qu’on est tous des cons, étant donné qu’elle croit que tout le monde est comme elle. Une sagesse populaire puisée dans des proverbes séculaires et des messes basses de bistrots, que Zaz nous déploie avec ce grand sourire crétin qui la caractérise, piqué à Arletty ou à Lorie, ça se discute.
Pas trop évoluée dans son concept, Zaz a même poussé le paradoxe jusqu’à aller tourner son premier clip, vantant le jusqu’au boutisme de sa « positive attitude » prolétaire et rurale, dans un marché d’antiquaires des puces de Saint-Ouen, lieu exclusivement fréquenté par la très haute bourgeoisie francilienne et touristique. Mieux vaut en rire…
Mais Zaz, c’est aussi « une certaine idée de la France », selon la formule du Général de Gaulle. Zaz, c’est la France de Michel Sardou, des Compagnons de la Chanson, de Mireille Mathieu. La province crasse et ignare qui se regarde le nombril, satisfaite et repue, avec un filtre bleu-blanc-rouge dans ses lunettes à double foyer. La fameuse Vieille France, dont on vante tant les archaïsmes artisans au journal de Jean-Pierre Pernaud et qui, lorsqu’elle ne prétendait pas avoir été exclusivement composée de Résistants fanatiquement patriotes (depuis leur fauteuils) durant l’Occupation, se laissait aller il y a encore peu de temps à avouer au détour d’un repas que ces messieurs les Allemands, à cette époque-là, étaient bien propres sur eux et bien disciplinés, et que ça avait une autre allure que ce qu’on voit maintenant.
On me reprochera d’extrapoler un peu sur ce qui n’est jamais qu’une énième chanteuse pseudo-réaliste dont la carrière n’est motivée que par le goût de l’argent, voire un certain intérêt pour la grande chanson française (chacun ses perversions), et dont on n'entendra probablement plus parler dans cinq ans. Il n’empêche, il y a chez Zaz quelque chose qui n’est pas sans évoquer les discours populistes des Le Pen, père et fille. Un ton certes assez traditionnellement français, mais il y a des traditions dont on se passerait volontiers. Et le pire, c’est que Zaz doit se croire de gauche, de la gauche de Prévert ou de Queneau évidemment, la gauche poétique et pas méchante, qui fait toujours bien dans une conversation. Qui donc aura le courage d’attraper Zaz par les épaules et de lui mettre la tête dans son propre seau à purin idéologique ? Les paris sont ouverts…
Mais en voilà assez pour les ratés de la création que l’on impose à 300€ la minute sur les ondes radios !Nous allons découvrir à présent les albums qui m’ont semblé les plus intéressants et les plus mémorables durant cette année 2010. Certains sont inconnus, d’autres pas, certains ont accouché d’un chef d’œuvre, d’autres d’un album à moitié réussi mais attachant, mais tous méritent que l’on parle d’eux comme des œuvres d’artistes, et non pas comme des produits formatés dont on ne lira, dans la presse dite spécialisée, que les adjectifs dythirambiques pour lesquels les labels ont payé.
ALIZEE - Une Enfant du Siècle (RCA)
Et c’est avec un apparent paradoxe, par rapport à ce qui précède, que nous débutons ce nouveau Millésime. Oui, vous ne vous trompez pas, pas d’homonymie incongrue, il s’agit bien de la même ALIZEE qui serinait il y a dix ans la joie d’être une petite salope en des termes cependant plus nabokoviens, sous la plume jamais vraiment innocente de Mylène Farmer. N’importe quel aficionado des jeunes filles en fleurs reste traumatisé à vie par le clip vidéo de "Moi, Lolita…", qui débute par la confrontation, sur une route départementale, de la jeune femme-enfant et de son soupirant ; ce dernier s’abandonnant à une déclaration d’amour maladroite, et s’entendant rétorquer par l’élue de son cœur : "T’as pas 200 francs ?".
Depuis l’eau a coulé sous les ponts et la jeune Alizée Jacotey, de son vrai nom, a désormais de sérieuses raisons de faire la manche. Lâchée en 2005 par le duo Farmer/Boutonnat, après un deuxième album moins vendeur que le premier, Alizée a entamé, avec l’aide de son mari Jérémy Chatelain, transfuge oublié d’une émission de télé-réalité, une carrière qui ne cesse de descendre au plus bas. Après un album qui se voulait orienté plus rock, «Psychédélices » (2007), mais qui au final s’essayait un peu à tout et à n’importe quoi, Alizée a longuement préparé ce nouvel album avec de jeunes producteurs français électroniques, ouvertement synth-pop façon 80’s, ciblant un public gay et branché. Plus encore que « Psychédélices », « Une Enfant du Siècle » a été un prodigieux désastre, au point qu’aucune tournée n’a même été organisée.
Alors, me direz-vous, pourquoi parler d’un tel bide ? Essentiellement parce que si l’album peine autant à trouver un équilibre qu’un public, le concept musical et thématique qui en est la base est par contre, lui, extrêmement prometteur.
L’idée n’est pas originale mais elle a du chien : faire de l’ex-idole des petites filles une icône vintage électro, en donnant dans une synth-pop à la fois inspirée de KRAFTWERK, THE HUMAN LEAGUE et des premiers albums de LIO. Alizée, d’ailleurs, pousse la ressemblance jusqu’à se faire la coupe de cheveux de LIO dans ses jeunes années : chevelure noire, longue, avec la frange. Comme pour l’album précédent, Alizée cherche aussi un rapprochement avec Andy Warhol et la Factory, au point d’incarner dans son dernier clip la muse prématurément disparue Edie Sedgwick. « Une Enfant du Siècle » est d’ailleurs censé être un concept-album autour de cette comédienne. Inutile de dire qu’on ne s’en rend pas vraiment compte.
Toujours est-il que l’accointance d’autant d’éléments aurait pu donner quelque chose de très bon. C’est hélas complètement raté. D’abord, parce qu’Alizée a eu tort de confier ses chansons à des compositeurs différents, qui ne se sont probablement pas vraiment consultés pour donner un style homogène à l’album.
Ainsi, certains titres sont plus new-wave, d’autres électro-clash, d’autres encore évoluent dans un style chanson française kitsch. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui sont les plus difficiles d’écoute. Et cette fois encore, Alizée se leurre gravement en essayant de toucher un peu tous les publics sans se conformer à un seul, ce qui non seulement est une démarche plutôt expérimentale pour une artiste grand public, mais surtout une démarche totalement foireuse, puisque vouloir plaire à tout le monde, c’est assurément ne plaire à personne.
Ensuite, malgré sa variété de styles, l’album est court (à peine plus d’une demi-heure) et ne laisse guère de souvenirs impérissables. Les meilleurs titres sont assurément, et de très loin, ceux concoctés par le jeune duo CHATEAU MARMONT qui non seulement s’investit avec inspiration dans des compositions qui fleurent bon l’électro début 80’s ("Limelight", "A Cœur Fendre", "14 Décembre"), mais signe également le single "Les Collines", parfaite transition entre les bluettes lolitesques de l’ancienne Alizée et le caractère électronique, glacé et analogique du nouveau style.
A l’inverse, les trois chansons écrites par ROB (aka Robin Couderc) sont vraiment les trois ratages absolus qui coulent totalement l’album. Partant sur un esprit plus volontiers chanson/easy listening, "Eden, Eden", premier morceau, est déjà, avec ses faux airs de générique de dessin animé pour petites filles rêveuses, une invitation à appuyer sur le bouton "stop" en moins d’une minute. Quelques titres plus loin, et le bougre récidive avec "La Cantada", sorte de resucée électronique d’une chanson de Frédéric François (!!!), qui demeure probablement le titre le plus ignoble de l’album. Enfin, avec le poussif "Mes Fantômes", aussi peu inspiré que simpliste, ROB donne le coup de grâce à l'album, apparemment sans le moindre scrupule. Les quelques autres compositeurs présents, plus ou moins inspirés, tirent honorablement leur épingle du jeu, sans se forcer non plus.
Dans l’ensemble, on sent peu de motivation profonde à l’écriture de cet album, censé refléter pourtant un concept réfléchi dont on ne dénichera au final que quelques miettes timides. Il n’empêche, « Une Enfant du Siècle » mérite tout de même l’écoute, pour peu que vous soyiez fan de nymphettes new-wave. A défaut d’être un bon disque, il demeure un album touchant dans son amateurisme, une qualité rare à notre époque où rien n’est laissé au hasard. Il n’est pas sûr qu’Alizée ait un avenir musical après ce cruel échec, mais on lui souhaite néanmoins de persévérer, elle est assurément sur la bonne voie.
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Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip étrange et psychédélique du single "Les Collines".
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ARCADE FIRE - The Suburbs (Merge Records / City Slang)Il est difficile de définir la musique du groupe québécois Arcade Fire , et c’est sans doute une des raisons de son succès international. Entre folk, pop, réminiscences new-wave et post-punk, Arcade Fire s’essaye un peu à tous les styles, tout en développant un son homogène, incluant même des instruments assez atypiques dans une formation de rock, comme le violon ou l’accordéon. Après « Funeral » (2004), un album folk-rock énergique, qui rencontra déjà un grand succès, Arcade Fire publia « Neon Bible » (2007), un disque nettement orienté plus rock, dans la veine d’INTERPOL, et qui remporta l’adhésion massive de tout le public rock indé, notamment grâce au single "No Cars Go".
Réglé comme du papier à musique, Arcade Fire a donc mis à nouveau trois ans pour accoucher de son nouvel opus, « The Suburbs », qui marque un net retour en arrière, dans un style musical proche de « Funeral » , mais en plus léger.
Une légèreté que l’on appréciera à diverses mesures, et qui marque l’évolution de plus en plus marquée du groupe vers une musique davantage minimale. Exit le violon, Arcade Fire se fend de 16 titres assez basiques, à l’écriture plus soignée que les arrangements. Il en résulte une ambiance monotone, d’autant plus répétitive que certains titres sont interprétés plusieurs fois, dans des versions légèrement différentes. Les chansons elles-mêmes sont plutôt courtes, empêchant l’auditeur de se plonger dans une ambiance réelle. Du coup, c’est plutôt une sensation de vide que l'on ressent en écoutant cet album, parsemé de-ci de-là de quelques mélodies vaporeuses et plaisantes, mais que la mémoire peine à fixer. Ni véritablement ennuyeux, ni tellement passionnant, « The Suburbs » est clairement le plus faible album d’Arcade Fire, même si on sent que c’est moins par panne d’inspiration que par le fait d’un choix artistique discutable. On en prend acte, mais Arcade Fire a clairement intérêt à redresser la barre pour le prochain album, sans quoi le succès fulgurant de ce septuor pas comme les autres n’aura été qu’un feu de paille, comme on en a déjà beaucoup vu.
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Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip tendance "trop dur d'être un teenager" du morceau éponyme "The Suburbs".
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AUTECHRE - (Oversteps) + (Move On Ten) (Warp Records)
Enfin, l’on aperçoit le bout du tunnel pour Autechre, le légendaire duo britannique qui a fourni à la musique électronique des années 90 ses plus belles lettres de noblesse. Si la simple évocation de ce nom donne la migraine aux esprits les plus obtus, Autechre n’en est pas moins le groupe électronica le plus essentiel de ces 20 dernières années, et a de beaucoup contribué à casser l’image décervelée de la techno, si longtemps cultivée par les producteurs de house-music. Autechre, c’est la rencontre entre la musique électronique et la musique concrète, la rencontre de rythmiques déstructurées, mécaniques, oppressantes avec des plages de synthétiseurs minimales, dissonantes mais puissamment mélancoliques, comme autant de requiems pour une existence urbaine et désespérée.
De 1993 à 2005, Autechre a signé une discographie parfaite, répartie entre de superbes albums conceptuels et de longs maxis de près d’une quarantaine de minutes chacun, souvent consubstantiels les uns des autres, et participant à l’élaboration d’une œuvre musicale unique et inimitable. Les albums « Untilted » (2005) et « Quaristice » (2008) marquèrent, chacun dans leur genre, les limites de la formidable créativité du duo.
Aussi, c’est avec une délicieuse surprise que l’on a pu se plonger dans « (Oversteps) » , leur dixième album, qui signe un renouveau très enthousiasmant de leur musique. Le mot renouveau n’est pas trop fort, car Autechre s’éloigne désormais du caractère industriel et percussif de leur musique pour se recentrer sur un travail mélodique, complexifié par une production encore très proche de la musique concrète. Si le groupe caresse plus volontiers des sonorités cristallines et lumineuses, qui évoquent parfois la musique traditionnelle asiatique (sur "Known(1)", notamment), il n’en cultive pas moins un goût prononcé pour la dissonance et le contrepoint, tout en incluant – ce qui était déjà perceptible sur « Quaristice » - un rapprochement plus net vers l’ambient.
« (Oversteps) » est, de ce fait, un album beaucoup moins torturé que ses prédécesseurs, et s’inscrit dans la lignée de leur album de 1995 « Tri Repetae », tout en étant, évidemment beaucoup plus fouillé au niveau des programmations. Il s’en trouvera bien sûr pour contester l’indéniable apaisement d’un duo jadis connu pour pousser assez loin les saturations et le caractère mécanique de leurs compositions. Mais à l’image de leur visuel, beaucoup moins géométrique et glacé que sur les précédents disques - « (Oversteps) » et « (Move On Ten) » sont aussi les deux premiers disques d’Autechre à sortir en digipak - , la musique d’Autechre gagne en profondeur ce qu’elle perd en audace, et marque aussi la maturité triomphante d’un groupe qui va sur ses 20 ans de carrière. Certes, « (Oversteps) » est un disque sans grande surprise pour un fan pur et dur d’Autechre, même s’il contient quelques futurs classiques comme "Ilanders" ou le poignant "Yuop" qui clôt l’album, mais on y retrouve avec un plaisir qu’il serait bien bête de négliger tout ce qui fait la qualité de la musique d’Autechre, tant au niveau de l’inspiration que de l’extrême sophistication des arrangements. Quant à ceux qui ne connaissent pas, ou fort peu, Autechre, « (Oversteps) » est une excellente occasion de découvrir ce groupe du fait de son apparente (quoique pas réellement fondée) accessibilité.
Autechre renoue également avec une vieille tradition, abandonnée depuis presque dix ans : la sortie d’un maxi CD complémentaire, qui se trouve être le brillant « (Move On Ten) », rassemblant dix titres inédits sur près de 46 minutes. Est-ce encore un maxi à ce niveau-là ?
Toujours est-il que « (Move On Ten) » est un disque qui comblera ceux que « (Oversteps) » a endormi. Les dix titres de ce maxi sont une antithèse complémentaire de l’album, offrant une variété de rythmes soutenus quoiqu’assez classiquement techno, au service de compositions plus abstraites et moins mélodiques. L’esprit y est davantage mathématique et schizophrénique, même si aucun morceau ne se dégage réellement de cet ensemble homogène aux allures de mixtape. C’est un peu comme si Autechre avait voulu démontrer ainsi qu’il était bien plus créatif aujourd’hui dans un style atmosphérique que dans le style qu’on lui connaissait jusqu’ici. Ce qui, indéniablement, est une réalité.
Néanmoins, je ne saurais trop recommander ces deux disques qui, indépendamment des qualités ou des défauts qu’on peut leur trouver, représentent toujours le haut du panier de ce qui se fait actuellement en musique électronique.
En savoir plus : Le site officiel d'AUTECHRE
Ecouter : La page MySpace d'AUTECHRE
Dorian Wybot Vous invite à regarder : Faute de clip, dont le duo n'est pas fan, voici une vidéo postée sur YouTube qui vous permettra d'écouter "Yuop", l'un des meilleurs titres de l'album.
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CERCUEIL – Shoo Straight Shout (Optical Sound) Petite séance de rattrapage pour ce jeune groupe français qui a publié son premier album à l’automne 2009 sur l’excellent label Optical Sound.
Originaire de Lille, le trio Cercueil évolue dans une musique assez inclassable, empruntant à la cold-wave, à l’industriel, au trip-hop, au rock indé et à toutes sortes de musiques expérimentales. Bien que sur son site, le groupe se réclame d’autres genres musicaux, dont le disco et la folk, la musique de Cercueil s’avère bien plus sombre et gothique que la pochette colorée de son album le laisse penser. Fusion d’un certain underground musical des années 80 et 90, le premier album de Cercueil, « Shoo Straight Shout », qui fait suite à un très intéressant maxi-éponyme, est un des disques les plus enthousiasmants que la scène française ait produit ces dernières années.
Cercueil, c’est d’abord une voix, celle de Pénélope Michel, sorte de réincarnation de NICO, qui promène un chant sombre et faussement monotone sur les compositions complexes et torturées de Nicolas Devos (guitare, programmation) et Olivier Dutreste (batterie). L’ambiance générale de l’album se situe entre KaS PRODUCT, pour le contraste entre froideur électronique et chaleur jazzy du chant, et ZEND AVESTA, pour le climat dramatique et sobre de morceaux plus volontiers downtempo. Dominé par les excellents titres "The Dinner" et "Skip One Breath", le premier album de Cercueil est une exceptionnelle réussite, malgré peut-être un côté un peu trop linéaire dans l’écriture et la production. La richesse des sons et des textures fait de Cercueil un groupe qui va bien au-delà d’une synth-pop à la mode. Il y a quelque chose de terriblement sérieux et d’austère, dans la musique de Cercueil, qui justifie pleinement le choix du nom du groupe. Quelque chose de plus funéraire que funèbre, comme un dernier hommage lors de la présentation du corps. Un moment de recueillement, où l’on fait le point avec méditation et dignité.
« Shoo Straight Shout » vous offre donc à volonté l’occasion de rendre un dernier hommage sans ressentir pour autant la douleur d’une disparition. Voilà une expérience humaine passionnante, dont vous auriez bien tort de vous priver, pour peu que vous soyez également un aficionado des musiques froides et tourmentées, qui savent allier avec délicatesse la qualité d’écriture avec le spleen urbain.
En savoir plus : Le site officiel de CERCUEIL
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Dorian Wybot vous invite à regarder : Faute de clip officiel, voici un extrait live avec une parfaite qualité sonore de CERCUEIL.
Cercueil - TheDinner Live@Radar
envoyé par cercueilcercueil. - Films courts et animations.
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LA CHATTE – Bastet (Tsunami Addiction / Discograph) Restons en France, avec un autre trio apparu récemment, celui de La Chatte. Sous ce nom bien plus gai que le précédent, se cache un groupe d’artistes qui ne donnent dans la couleur et la fantaisie que pour mieux en dégager d’étouffantes ténèbres.
La Chatte, c’est le projet du guitariste expérimental Nicolas Jorio avec le musicien et plasticien Stéphane Argillet, et surtout la chanteuse-hurleuse-gémisseuse-slammeuse Vava Dudu, fashion-designer mondialement connue pour avoir accouché de quelques costumes farfelus portés par PEACHES et même LADY GAGA.
Ce trio improbable et atypique s’est donc réuni pour rendre, dans un premier temps, un vibrant hommage à la cold-wave française des années 80 au travers d’une musique minimale et arty, majoritairement improvisée, et que l’on pourrait situer quelque part entre NORMA LOY et les premiers CLAIR OBSCUR.
Déjà, avec une telle base, le succès commercial est déjà impossible. Ajoutons à cela le chant de Vava Dudu, noyé dans des pédales de réverbération, et qui annone des paroles absurdes, dénuées de sens et répétitives jusqu’à la schizophrénie. Englobons les dix chansons dans une pochette carton à monter chez soi pour en faire une petite pyramide, et nous obtenons le produit musical le plus déconcertant de ces dernières années, l’album « Bastet », plus ou moins autoproduit.
En dehors de cela, le génie est-il au rendez-vous ? Hélas, non. Si le groupe fait preuve d’une rare intégrité et d’une absence totale de soumission à des critères commerciaux, son album n’en est pas moins un peu trop bâclé et pas assez maîtrisé. La Chatte a privilégié l’inspiration pulsionnelle, ne la retravaillant que peu, quitte à ce que les morceaux fassent assez bâclés dans leurs formes. Les textes et le chant de Vava Dudu incarnent eux aussi une sorte d’urgence qui tient plus de la cristallisation de moments d’angoisse ou de panique. Hélas, avec une production un peu plus intelligente et une écriture musicale plus conceptuelle, « Bastet » aurait pu être un véritable chef d’œuvre. Il n’en est au final que le squelette, ce qui ne nuit pas, bien au contraire, à son côté phénomène de foire. Album impossible, monstrueux, peut-être même relevant partiellement du canular, « Bastet » n’en demeure pas moins un disque fascinant, anachronique, propre à exciter la curiosité de n’importe quel vieux routard de la musique difficile à étonner. Et j’en sais quelque chose.
Quelques excellents titres, comme "Rien", "Jacques", "Mortelle Robe Chinoise" ou, plus lointainement, "Cosmique Cosmétique" empêchent l’album de sonner comme un simple happening absurde.
Bref, « Bastet » est tout, sauf du pipi de chat ! Et s’il ne convainc pas totalement, l’album nous donne néanmoins envie d’en écouter plus, et je ne saurais trop pousser les trois activistes de La Chatte de donner plus de corps à leur musique et de nous concocter un second album plus extrême encore et plus soigné. Il y a là l’ébauche d’une légende, et il ne tient qu’à ses trois auteurs d’en écrire définitivement le récit…
En savoir plus : Le site officiel de LA CHATTE
Ecouter : La page MySpace de LA CHATTE
Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip étrange et coloré de "Rien", façon cold-wave années 80, on jurerait presque que c'est d'époque, dis donc...
La Chatte RIEN from Tsunami-Addiction on Vimeo.
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COLD CAVE – Love Comes Close (Matador Records) Ne croyez pas qu’il n’y ait qu’en France que l’on trouve des artistes obscurs donnant dans un style musical oublié sous des formats bizarroïdes. Le projet Cold Cave, réunissant le multi-instrumentiste Weis Esold et des chanteuses occasionnelles et variées nous vient de New York, et se plonge dans les expérimentations électroniques du début des années 80, avec une frénésie créative impressionnante. En à peine deux ans d’existence, Cold Cave a publié près d’une dizaine de 45 tours, et deux albums.
On retrouve la plupart de ces 45 tours sur la compilation « Cremations » publiée en 2009 sur le label d’électro-noise Hospital Productions. « Cremations » ne déroge pas à l’esthétique du label et aligne 20 titres saturés et bruitistes, évoquant là aussi les premiers balbutiements de la musique industrielle, mêlés à l’héritage des RESIDENTS.
Pour ce premier véritable album studio, Cold Cave a néanmoins donné dans un style ouvertement plus new wave, se concentrant sur un aspect des années 80 nettement plus ludique. Le résultat est suffisamment convaincant et accessible pour que le très prestigieux label rock indépendant Matador ait signé cet artiste atypique.
« Love Comes Close » est donc plus volontiers un album new-wave et synth-pop dont la pochette même rend un hommage aux groupes néo-romantiques des années 80. Jouant sur une mélancolie fashion et glamour date, Weis Esold signe neuf titres aux forts relents de NEW ORDER, VISAGE ou HUMAN LEAGUE, mais avec une production encore très expérimentale qui fait de cet album un faux plagiat “à la manière de” que l’on écoute un peu touché sans que réellement on ne décolle un seul instant des années 2000.
Dominé par les titres très mélodiques "Love Comes Close" et "Life Magazine", l’album souffre néanmoins un peu de sa brièveté (à peine plus d’une demi-heure) et de quelques partis pris discutables, comme le choix de boîtes à rythmes un peu simplistes et binaires, lorgnant finalement plus du côté de la techno du début des années 90 que de la synth-pop des années 80.
Néanmoins, le premier album de Cold Cave se révèle un intéressant OVNI, parfois déconcertant mais sympathique et prometteur. Pour peu que Cold Cave continue dans cette voie-là, naturellement, ce qui n’est pas sûr. Déjà, à l’été 2010, Cold Cave a publié un deuxième album, « New Morale Leadership » sur Hospital Productions, et exclusivement en format… cassette audio (avec tout de même le choix entre trois coloris de pochettes différents !).
Bref, ceci pour dire que c’est vachement bien, les artistes underground qui méprisent les contraintes commerciales, mais il y a quand même des nostalgies dont on se passerait. A quand le nouvel album de Cold Cave en cartouche 8 pistes ou en 78 tours ?
En savoir plus : Le site officiel de COLD CAVE
Ecouter : La page MySpace de COLD CAVE
Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip "true vintage" de "Love Comes Close", en fait un montage d'images live tournées en caméra super 8. Ca ne s'invente pas...
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DEVO – Something For Everybody (Warner Bros) Le come back le plus inattendu de l’année, celui du plus célèbre groupe post-punk/new wave américain, le quintette frétillant de Devo. Un nom qui ne vous dit peut-être rien, mais qui fut aux Etats-Unis dans les années 80 la référence absolue de tous les branchés de la côte ouest.
C’est pourtant dès le début des années 70 que naît le projet Devo, d’abord un simple délire d’étudiants en arts plastiques quelque peu traumatisés par la pataphysique d’Alfred Jarry, les concepts musicaux des RESIDENTS et l’humour nonsense anglais. L’idée : créer un groupe de musique annonçant la dé-évolution comme un futur radieux. Par dé-évolution, le groupe entend une régression intellectuelle, politique et morale totalement cauchemardesque mais défendue par une propagande hilare et schizophrénique. Une blague d’intellectuels qui pendant longtemps ne sera qu’un trip intimiste, jusqu’à ce que la vague punk et le succès grandissant du groupe électronique KRAFTWERK ne donnent à ces joyeux drilles l’occasion de signer un premier disque féroce, marqué notamment par une reprise robotique et maladive du "Satisfaction" des ROLLING STONES. Ce sera leur premier hit, certainement pas leur dernier.
Au rythme incroyable d’un album par an, Devo va installer patiemment sa folie créative en institution musicale, en travaillant autant sa musique, qui va évoluer de plus en plus vers une synth-pop énergique, que son concept visuel, composé d’uniformes retro-futuristes totalement excentriques et de clips videos parfaitement délirants, dont les plus aboutis, "Whip It", "Freedom Of Choice" ou "Girl You Want" font encore les beaux jours de certaines chaînes câblées américaines.
Il faudra attendre 1984 pour que le groupe marque un certain essoufflement, dû aussi au monde qui change et à la nécessité pour Devo d’y coller plus ouvertement, sans pour autant renier son statut de caricature et de poil à gratter moderniste. Si « Shout » (1984) sauve encore l’honneur, les albums plus “sérieux” « Total Devo» (1988) et « Smooth Noodle Maps » (1990) ne parviennent plus à convaincre et le groupe prend une retraite paisible, à peine troublé par quelques compilations plus ou moins riches en titres inédits.
Il y avait donc peu de chances qu’un dixième album de Devo voit le jour, et malgré tout, vingt ans après son prédécesseur, le groupe nous offre « Something For Everybody », un disque pêchu et inspiré comme nous n’en attendions même plus l’augure.
Même line-up, excepté le batteur, remplacé par un petit jeune qui cogne comme dix et donne à la folie de Devo une persistance rythmique ahurissante. A quelques foulées de la soixantaine, les membres de Devo nous offrent un disque d’une telle énergie que bien des jeunes formations seraient avisées de s’en inspirer.
L’autre tour de force de Devo, c’est de surfer sur une production moderne, à la page, tout en restant d’une fidélité extrême au son “classique” de Devo. Les guitares y font un retour fulgurant, mais soigneusement maîtrisé. Tout, absolument tout, est sacrifié à l’efficacité du morceau. Les deux premiers titres, "Fresh" et "What We Do", vous attrapent d’un coup et vous balancent sur une piste de danse sans vous demander votre avis. Ce sont déjà de futurs classiques, à l’image de l’autre grandiose tube de cet album, "Don’t Shoot (I’m A Man)".
Il faut être extrêmement tatillon ou passéiste pour ne pas retrouver dans ce tardif opus tout ce qui fait le charme et la magie de Devo. Tout au plus pourra-t-on reprocher à cet album d’être un peu “décroissant” en qualité, les meilleures chansons se trouvant au début et perdant petit à petit en qualité jusqu’à la fin. Mais même le pire de « Something For Everybody » demeure du très bon Devo. Après 20 ans de silence, le groupe n’avait pas droit à l’erreur. Il s’en sort plus qu’honorablement, et si Devo a bercé votre jeunesse, ne passez pas à côté de la plus enthousiasmante madeleine de Proust musicale que 2010 nous ait offert !
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Ecouter : La page MySpace de DEVO
Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip ultra-kitsch et dégoulinant de couleurs du single "Fresh".
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CLAIRE DITERZI – Rosa la Rouge (Naïve) Retour déconcertant et discret de la très enthousiasmante chanteuse Claire Diterzi, avec un troisième album conceptuel, sans doute trop ou pas assez.
L’ex-vocaliste et multi-instrumentiste du groupe folk-rock FORGUETTE MI NOTE, qui signa deux albums grandement originaux dans la première moitié des années 90, s’est longtemps consacrée à d’autres artistes, la plupart issus de la danse contemporaine, qui ont bénéficié de son expérience d’arrangeuse et de compositrice.
A la trentaine florissante, Claire Diterzi se lance donc dans l’aventure d’un premier album électronique « Boucle » (2005), qui pose les bases de son univers sonore et dont on retiendra surtout le single "Infidèle", puis c’est la consécration avec l’album « Tableau de Chasse » (2007), qui se montre déjà bien plus inspiré.
Surfant sur ce succès, Claire Diterzi s’est donc investie dans un ambitieux projet, un spectacle musical consacré à la marxiste révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg.
De ce fait, « Rosa la Rouge », l’album nourrit « Rosa la Rouge », le spectacle, sans que l’on sache réellement qui est à l’origine de quoi. Musique de spectacle ? Pas vraiment puisqu’il s’agit d’une collection de chansons. Concept-album ? Moyennement, puisque les chansons sont très diversifiées musicalement, et que seules les paroles créent un lien entre elles.
Au final, « Rosa La Rouge » est surtout le troisième album de Claire Diterzi, et à ce titre, force nous est de constater qu’il est quelque peu décevant, tant au niveau des compositions, dont aucune n’arrive à retrouver le souffle de « Tableau de Chasse », que par ce que l’on était instinctivement en attente de quelque chose d’exceptionnel d’un projet aussi original et d’aussi à contre-courant, et que le résultat est finalement assez convenu, en dépit du soin extrême, comme d’habitude, apporté aux arrangements.
Sur le concept même, Claire Diterzi a quelque peu bâclé sa copie, mais il est vrai que si la vie de Rosa Luxembourg est passionnante et exemplaire, il va de soi que c’est la vie d’une militante politique, et qu’elle n’a, de ce fait, rien de réellement spectaculaire. Du coup, Claire Diterzi s’est surtout focalisée sur la dimension sacrificielle de la femme, et sur sa vie sentimentale, ce qui revient quand même à considérer l’histoire par un trou de serrure. A noter aussi que le single éponyme, seul clip tiré de cet album, flirte étrangement avec le style de Mylène Farmer, et que dans ce registre-là, il tire plutôt bien son épingle du jeu, même s’il n’a pas motivé les foules.
Aussi faut-il prendre « Rosa La Rouge » pour ce que l’album est réellement, c’est-à-dire une collection de chansons un peu dépareillées sur une thématique originale mais pas vraiment très aboutie. Malgré ces défauts auxquels on attribuera une importance variable, « Rosa La Rouge » est un album plaisant, intelligemment produit et Claire Diterzi reste une chanteuse à la voix à nulle autre pareille, à laquelle on reconnaîtra un très honorable gout du danger et un désir louable de ne pas se reposer sur ses lauriers.
En savoir plus : Le site officiel de CLAIRE DITERZI
Ecouter : La page MySpace de CLAIRE DITERZI
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip bizarre et oppressant du single "Rosa La Rouge".
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FERN KNIGHT – Castings (VHF Records) Je vous avais parlé il y a deux ans de cette révélation acid-folk qu’était Fern Knight, le projet de la multi-instrumentiste Margaret Wienk. Après deux albums évoluant entre pop et folk, Margaret Wienk s’était trouvée avec un style fortement inspiré des années 70, entre folk d’inspiration celte et musique psychédélique. L’album éponyme « Fern Knight », produit par le mirifique Greg Weeks (ESPERS), s’est révélé être un chef d’œuvre absolu de la musique folk, et j’avais dit à l’époque, sur ce blog même, tout le bien que j’en avais pensé.
De par son mariage avec le guitariste-percussionniste Jim Ayre, Margaret Wienk est devenue entre temps Margaret Ayre, et c’est donc en compagnie de son cher et tendre qu’elle a enregistré en 2009 ce quatrième album, qui a mis, on ne sait trop pourquoi, plus d’un an à être publié.
« Castings » marque une certaine continuité avec le précédent album, même si, hélas, il n’est clairement pas aussi bon. D’abord, Jim Ayre remplace Greg Weeks aux manettes de la production, et le résultat s’en fait clairement sentir. Le guitariste ne s’en sort pas trop mal, mais il est loin d’atteindre la perfection sonore du leader d’ESPERS. Il en résulte néanmoins que cet album de Fern Knight sonne nettement moins comme un fac similé d’ESPERS que le précédent. Déjà, les guitares sont plus en avant, et plus volontiers rock 70’s que folk. Ensuite, Margaret Wienk revient à la harpe, son instrument de prédilection, qui est presque omniprésente sur chaque morceau, au détriment de la guitare acoustique, plus discrète.
Côté compositions, l’album tient assez bien la route, même s’il perd un peu de sa densité dans sa dernière partie, notamment du fait de la reprise assez poussive et sans grand intérêt du classique "Epitaph" de KING CRIMSON. Il n’empêche que des titres comme "The Poisoner", "From Zero To Infinity" ou "Crumbling Stairs" sont du meilleur crû de l’acid-folk et séduira les (quelques) fans français de ce type de musique encore très confidentielle de ce côté-ci de l’Atlantique.
En savoir plus : Le site officiel de FERN KNIGHT
Ecouter : La page MySpace de FERN KNIGHT
Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip vénéneux et bucolique de "The Poisoner", prouvant qu'on peut faire de très jolies choses avec peu de moyens.
Fern Knight: "The Poisoner" from Derek Moench on Vimeo.
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FOALS – Total Life Forever (Warner / WEA) C’est avec une grande impatience que l’on attendait le retour des Foals, l’un des plus enthousiasmants groupes de rock indé de ces dernières années, et dont j’avais déjà eu l’occasion de dire ici tout le bien que je pensais de leur premier album, « Antidotes »(2008).
C’est donc désormais sur une major que l’on retrouve le jeune quintuor britannique, et hélas, une telle promotion ne va pas sans sacrifices. « Total Life Forever » n’est certes pas un mauvais disque, mais il faut bien reconnaître que les Foals ont sacrément baissé leur pantalon.
Inutile de songer à retrouver sur ce disque la folie et l’énergie particulière de « Antidotes ». « Total Life Forever » est un album terriblement formaté, à la production plate et sans surprises, aux rythmiques downtempo ciblées pour employés de bureau surmenés et aux compositions classiques et gentiment pleurnichardes. Exit les cuivres, exit le mixage métallique et hystérique de la guitare. Même votre grand-mère pourra écouter cet album sans froncer les sourcils.
La première réaction en écoutant cet album est d’abord le rejet simple et direct : tout ce qui faisait la qualité d’« Antidotes » est ici soigneusement évité. On a même pleinement conscience que les Foals ne sont pas victimes d’un manque d’inspiration, mais qu’ils ont sciemment décidé d’entrer dans la cour d’un soft rock semi atmosphérique, se prétendant, comme la pochette, aquatique et cocoonesque, mais n’étant au final que simplement barbant. Le mixage de l’album, terriblement plat et monotone, participe encore plus de cet ennui profond, de vacuité en extase, qui vous pousse à décrocher en plein milieu de la soporifique ballade "Spanish Sahara", qui n’est pourtant que le quatrième morceau de l’album. On retrouve encore quelques miettes du Foals première cuvée dans "Blue Blood" ou "This Orient", mais tout cela ne nous consolera pas de constater que le meilleur titre de l’album "2 Trees", n’est rien d’autre qu’une excellente resucée de RADIOHEAD.
Néanmoins, lorsque l’on se force un peu à l’écouter, « Total Life Forever » n’est pas non plus un album raté. Les Foals sont avant tout de brillants mélodistes, qui savent accoucher en quelques arpèges d’une mélopée forte et y insufflant une touchante mélancolie. Il peut même passer pour un album tout à fait sympathique, si on ne connaît pas « Antidotes ». Mais voir un groupe se saborder d’une telle manière, en à peine deux ans, tout ça pour récupérer le public de COLDPLAY ou RADIOHEAD, composé quand même essentiellement de trentenaires fatigués et de secrétaires molles, ça met plutôt mal à l’aise…
« Total Life Forever » est clairement le genre d’album taillé pour être écouté par des employés de bureau quand ils reviennent chez eux et qu’ils ont besoin de décompresser. Si on entre dans le jeu, on y trouvera certainement de quoi se satisfaire. Sinon, il ne reste plus qu’à se repasser « Antidotes » en boucle, ce qui est loin d’être une mauvaise idée.
A noter que « Total Life Forever » est sorti en edition limitée digipak, avec un deuxième CD contenant une sorte de mix entre différents extraits des titres de l’album. Presque un an après la sortie de cet album, je me perds toujours en conjectures sur l’intérêt d’une telle initiative…
En savoir plus : Le site officiel de FOALS
Ecouter : La page MySpace de FOALS
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip calimeresque au possible de "2 Trees", mais indéniablement, il y a une certaine ambiance.
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FURSAXA – Mycorrizhae Realm (ATP Recordings) Depuis 10 ans, Tara Burke, guitariste et multi-instrumentiste, construit une œuvre personnelle assez indéfinissable, entre folk, rock psychédélique, lo-fi et musique expérimentale, domaines dans lesquels elle se montre d’une prodigalité exceptionnelle, en dépit de moyens d’enregistrements souvent très limités. Artiste hallucinée et totalement pulsionnelle, Tara Burke improvise souvent ses morceaux à partir de mélodies folk qu’elle maintient doucement vacillantes. On peut être sensible ou non à son travail, mais il faut lui reconnaître un univers à part, à la fois coloré et ténébreux, qui renoue avec les plus obscurs "jams" psychédéliques de la fin des années 60.
Tara Burke a comme principal projet Fursaxa, son entité personnelle qu’elle marie à des collaborations diverses et occasionnelles, et qui affiche plus d’une dizaine d’albums au compteur, dont seulement trois de véritablement officiels – c’est-à-dire publiés sur un label. En dehors de cela, elle cultive aussi deux projets fort intéressants : TAU EMERALD, avec la chanteuse folk Sharron Kraus et ANAHITA avec la violoncelliste Helena Espvall (ESPERS). Tara Burke fait partie de ces artistes intéressants, parce qu’inclassables, mais qui ont tendance à enregistrer un peu tout ce qui leur passe par la tête, pas nécessairement de manière très professionnelle (les trois quarts de la production de Tara Burke sont enregistrés chez elle avec un simple magnétophone 4 pistes), et avec une inspiration inégale.
« Mycorrizhae Realm » est, en ce sens, particulièrement réussi, puisque c’est le premier album de Tara Burke a avoir été enregistré de manière sérieuse, avec Greg Weeks (ESPERS) derrière les manettes, ce qui est généralement un signe de très haute qualité. Et effectivement, aucune déception en vue : ce nouvel album est bien celui que l’on attendait depuis longtemps de Fursaxa.
Outre la perfection finement ciselée de la production, Tara Burke a choisi d’abandonner son format de prédilection pour Fursaxa, c’est-à-dire des titres courts et improvisés, pour étirer ses titres jusqu’à 7 ou 8 minutes, dans une démarche progressive qui est à la fois le fruit de son expérience avec ANAHITA, mais aussi celui de l’influence de Greg Weeks.
De ce fait, « Mycorrizhae Realm » concentre en un peu moins de quarante minutes la quintessence du talent de Tara Burke, c’est-à-dire une collection de ballades folk schizophrènes et déviantes, servies par une pléthore d’instruments dissonants et tintinabulants, semblant sortir tout droits d’une époque ancienne et oubliée, et soutenues par un chant caverneux et mystique, à la fois inquiétant et fascinant. Il y a dans cet album de Fursaxa un climat de paganisme intemporel que l’on qualifierait certainement de diabolique, si la notion de diable, comme celle de dieu, ne semblait postérieure à cette étrange invocation musicale.
Ni vraiment psychédélique, ni réellement traditionnelle, la folk de Fursaxa échappe à toute catégorie jusqu’à en être dérangeante, de par même ses indéniables qualités musicales. Une musique venue d’ailleurs et d’autrefois, sans que jamais une image précise se fasse en nous.
Un disque de folk folle, indispensable à tout ceux qui pensent encore que la musique traditionnelle se doit d’être figée et festive. Fursaxa nous emmène, fébriles et délicieusement effrayés, dans un Moyen-Âge extraterrestre et cathartique. Ne loupez pas la soucoupe…
En savoir plus : Le site officiel de FURSAXA
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Dorian Wybot vous invite à regarder : Faute d'avoir un clip ou un live récent, voici une vidéo reprenant "Well Of Tuhula", l'un des meilleurs morceaux de l'album.
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THE HUNDRED IN THE HANDS – This Desert + The Hundred In The Hands (Warp Records) Une bonne surprise que l’arrivée sur la scène electro-pop de ce jeune duo britannique composé d’Eleanore Everdell (chant) et Jason Friedman (guitare, synthés). Se situant en marge de bien des groupes actuels, THE HUNDRED IN THE HANDS compose une pop synthétique, mais pas véritablement électronique, préférant développer un son mixte, plus globalement pop dans ses ambitions que réellement technoïde ou vintage.
Sur leur premier EP, « This Desert », le groupe signe néanmoins des compositions plutôt froides, avec une production lo-fi qui renvoie directement à une certaine new wave arty des années 80, meme si le chant d’Eleanore Everdell possède un grain plus chaleureux, plus proche dans l’absolu d’une voix jazz, chaude et sensuelle. En ce sens, « This Desert » séduira plus volontiers un public exigeant ou nostalgique d’une certaine musique électronique des 80’s.
Paradoxalement, l’album éponyme qui a suivi quelques mois plus tard œuvre dans un registre très différent, beaucoup plus commercial et accessible, et surtout résolument moderne dans ses compositions. Nanties d’un groove plus festif, les onze compositions de cet album s’adressent indéniablement à un public plus large, peut-être même un peu trop. Flirtant parfois avec un funk glacé ou une dance music organique, THE HUNDRED IN THE HANDS perd un peu de son âme à vouloir trop en faire, même si, il faut le reconnaitre, l’indéniable homogénéité de production de ces chansons pourtant très différentes les unes des autres est le fruit d’une belle performance studio.
Reste que si « This Desert » enthousiasme dès la première écoute, « The Hundred In The Hands » peine à retrouver cette énergie première tant l’album est noyé dans une recherche de production aussi jusqu’au-boutiste que finalement quelque peu stérile, la nature un peu faible des compositions transparaissant malgré tout à l’écoute.
Il reste néanmoins sur cet album, une perle, le single "Dressed To Dresden", petit bijou electro-pop, à rapprocher des titres motivants "Tom Tom", "Ghosts" et "Building In L.O.V.E.", extraits de « This Desert ».
Grâce à cela, et en dépit de quelques couacs, THE HUNDRED IN THE HANDS me paraît un groupe plein d’avenir et qu’il faudra suivre de près. Une fois que ce duo maîtrisera mieux son identité sonore, nul doute que le meilleur sera à venir…
En savoir plus : Le site officiel de THE HUNDRED IN THE HANDS
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Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip télévisuel et karaokesque de "Tom Tom".
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INTERPOL – Interpol (Capitol) C’est un peu avec Interpol que les années 2000 ont commencé. « Turn On The Bright Lights » demeure, presque dix ans après sa sortie, un classique absolu du renouveau post-punk de ces dernières années. Un album comme celui-là, qui propulse un groupe quasiment inconnu au firmament du rock indé international, est une pierre blanche qui ne se dépasse pas facilement. Avec « Antics » (2004), puis « Our Love To Admire » (2007), Interpol a échoué à retrouver son inspiration du depart, malgré quelques singles plus qu’honorables sur chacun de ces deux albums. Il faut dire que rapidement Interpol s’est dégagé de l’influence JOY DIVISION pour aller vers un rock indé plus classique, dans un style plus “songwriting”, dans lequel ils se débrouillent pas trop mal mais qui ne leur inspire hélas que des compositions bien plus ordinaires. On sent chez le groupe une volonté d’inscrire son nom au panthéon du rock, ce qui ne le pousse à ne pas prendre beaucoup de risques.
Et indéniablement, ce quatrième album s’inscrit dans l’absolue lignée de son prédécesseur, dont il est un clone à peine amélioré. Et encore, on ne trouve hélas pas sur ce disque un titre aussi fort que "Pioneer To The Falls".
« Interpol », l’album, justifie effectivement son appellation éponyme dans le sens où il est un résumé acceptable des différents talents d’Interpol, le groupe. Le single "Barricades" est d’ailleurs une relecture à peine déguisée d’"Obstacle 1", le premier single à succès du groupe. On pourrait ainsi s’amuser à débusquer des équivalences semblables dans la discographie d’Interpol pour chaque morceau de ce quatrième album.
Donc, aucune surprise, Interpol fait du Interpol un peu comme AC/DC fait du AC/DC. Quelque part, c’est moins minimal, on peut s’en réjouir, mais pour peu que comme moi, vous soyez un peu blasé, il y a des chances que vous ne trouviez qu’un intérêt purement anecdotique à cet album.
Il n’empêche, si vous êtes un fan inconditionnel du groupe ou si au contraire vous n’en connaissez guère que le nom, cet album a le mérite d’être une introduction plus qu’acceptable à l’une des formations les plus marquantes de la décennie qui s’achève. Néanmoins, il sera de bon ton qu’Interpol reprenne un peu du poil de la bête et cesse de nous sortir des albums de quinquagénaires fatigués, sans quoi je vais me faire quelques soucis pour leur postérité.
En savoir plus : Le site officiel d'INTERPOL
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Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip bondage et lacté de "Lights", qui plaira au moins à tous mes lecteurs (et lectrices) gothiques.
Interpol – Lights from Mmmatze on Vimeo.
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KILLING JOKE – Absolute Dissent (Spinefarm Records) 2010 fut une année importante pour Killing Joke, à la fois parce que le groupe post-punk britannique fêtait sa trentième année d’activité, mais aussi parce que Killing Joke revenait pour la première fois en studio depuis la mort de Paul Raven, le bassiste, en 2007. Très affectés par la disparition brutale de leur camarade, les membres du groupe sont restés silencieux depuis trois ans, avant de se décider à poursuivre leur carrière.
C’est finalement leur tout premier bassiste, Youth, déjà présent sur les albums des années 90 ainsi que sur celui de 2003, qui prend la relève pour ce treizième album du groupe rock le plus atypique et le plus dérangeant dont ait accouché la perfide Albion au cours des années Tatcher.
Killing Joke : au départ, un combo punk/new-wave qui signe, dans la première moitié des années 80 cinq albums parfaits, reconnaissables à leurs riffs de guitares très particuliers, itératifs et dissonants. Puis, c’est soudain le succès commercial, grace au tube "Love Like Blood" qui fera les beaux jours des charts européens. Killing Joke s’égare quelque peu dans une musique très pop et très commerciale jusqu’en 1990 où le groupe définit la ligne sonore qui est encore la sienne aujourd’hui : un mélange de post-punk, de métal industriel et de hardcore, sans jamais pour autant renier les mélodies pop mélancoliques qui ont fait leur succès.
Nouveau succès quelques années plus tard, avec l'album « Pandemonium » (1994) et son single "Millenium", puis nouvel échec avec l’album suivant, « Democracy » (1996).
Killing Joke met fin à cette carrière en dents de scie par un long silence qui ne prendra fin qu’en 2003, avec la sortie d’un album éponyme qui semble marquer à la fois un retour aux sources, et l'avènement d'un nouveau style. Plus improvisée, plus minimale, la musique de Killing Joke assume désormais son double statut de brûlot punk et de songwriting pop, dans une production lo-fi sans arrangements, avec le son le plus brut possible.
« Hosannas From The Basement Of Hell » (2006) a marqué le point d’orgue de ce nouveau concept musical, et j’ai eu le plaisir de le chroniquer sur ce blog en janvier 2007 lors de mon tout premier Millésime. Album extrême, brutal, torturé et tribal, « Hosannas From The Basement Of Hell » était un concentré de ce que Killing Joke sait faire de mieux, et il allait être difficile de faire mieux.
C’est cependant avec un indéniable bonheur que lui succède cet « Absolute Dissent », qui demeure dans la continuité du précédent album, avec néanmoins un très net ralentissement du tempo.
« Absolute Dissent » est l’album de la renaissance de Killing Joke après la perte d’un de ses piliers. Que l’on ne s’attende pas donc réellement à quelque chose de renversant, il s’agit plutôt pour le groupe de retrouver ses bases, de faire le point et de dépasser l’absence du défunt. « Absolute Dissent » est donc un album sans surprises, sorte de chaînon manquant entre « Democracy » (1996) et « Killing Joke » (2003). Démarrant de manière assez brutale, l’album se calme au bout de cinq ou six morceaux pour se maintenir dans un rock mélodique et mélancolique plutôt downtempo qui sonne finalement très années 90. L’hommage au disparu prend la forme d’une ballade assez sombre, "The Raven King", tandis que Killing Joke touche au sublime avec son très beau titre "Honour The Fire", avant de terminer l’album sur une note insolite, "Ghosts Of Ladbroke Grove", une ballade dub où la guitare se fait étonnamment discrète.
Si l’album réjouira, par ces compositions, n’importe quel fan de Killing Joke, il y aurait beaucoup à dire sur la production, singulièrement foirée à force de se vouloir "naturelle". Ca n’est pas si souvent qu’un album qui sort aujourd'hui vous donne l’impression qu’il a déjà besoin d’être remasterisé. C’est pourtant le cas ici. Le mixage est plat, la guitare noyée dans un flot de reverbération un peu cheap et la voix et les instruments semblent presque jaillir d’une même source sonore. « Absolute Dissent » aurait été enregistré sur un 8-pistes en mono qu’il n’aurait pu avoir un plus mauvais son. Je me perds en conjectures sur la pertinence d’une telle démarche artistique, qui pousse peut-être un peu loin les limites du lo-fi. Si l’écoute ne souffre pas réellement de cette production, il en est autrement si vous ambitionnez d’écouter cet album dans un casque audio.
A noter également qu’ « Absolute Dissent » est sorti dans une édition limitée 2CD, accompagnée d’une compilation de reprises des morceaux de Killing Joke par différents groupes rock. Cette compilation est d’autant plus absurde qu’elle ne présente pas d’inédits, mais une simple collection des différentes reprises de Killing Joke enregistrées depuis une bonne quinzaine d’années. C’est en tout cas l’occasion de se rendre compte que ça n’est pas simple de faire du Killing Joke, puisque pas une de ces reprises n’arrive à la cheville des originaux.
Toujours est-il que le treizième album de Killing Joke devrait séduire les plus exigeants des fans de rock crade et sans concessions, et ne décevra sans doute pas les autres. Alors pourquoi résister à la blague qui tue, puisqu’elle fonctionne toujours aussi bien depuis 30 ans ?
En savoir plus : Le site officiel de KILLING JOKE
Ecouter : La page MySpace de KILLING JOKE
Dorian Wybot vous invite à regarder : Faute de clip officiel, voici le titre "Honour The Fire", illustré par un très joli montage photographique qui couvre toute la longue carrière du groupe.
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KLAXONS – Surfing The Void (Because / Warner) Ce n’est pas sans une certaine appréhension que l’on attendait le deuxième album de Klaxons. Après leur premier opus, qui a connu un succès largement mérité, il n’était pas évident pour le groupe britannique de renouveler l’exploit. Leur mélange de post-punk, new-wave et disco, s’il était clairement novateur, était cependant très clairement codifié, et le risque était grand pour les Klaxons de refaire deux fois le même disque, et pas forcément avec la même inspiration.
Sur ce plan, Klaxons a majoritairement évité cet écueil. D’abord, le trio s’est enrichi d’un batteur, recentrant donc la musique sur un plan plus organique. Ensuite, Klaxons a pris une sérieuse distance avec l’aspect disco hystérique un peu crétinisant de leur musique. Désormais oeuvrant plus dans un post-punk mâtiné de pop-rock, Klaxons nous a livré cet été son deuxième album, qui a déçu les uns et charmé les autres.
Pour ma part, je trouve ce disque plutôt réussi, même si, évidemment, l’effet de surprise qui a suivi « Myths Of The Near Future » s’est quelque peu évaporé. On sent que par ailleurs, le groupe n’a pas cherché plus que ça à le retenir. Sur beaucoup de plans, « Surfing The Void » est un album bien moins commercial que « Myths Of The Near Future ». Le groupe s’y montre radicalement rock, quitte à flirter avec le hardcore ("Surfing The Void" ou "Flashover" laissent même perler l’influence de KILLING JOKE). Et si on ne retrouve pas sur cet album des singles aussi forts que "It’s Not Over Yet" ou "Magic", la cohérence extrême des titres et le soin absolu de leurs arrangements font de « Surfing The Void » un album vibrant, aussi plaisant d’écoute qu’efficace sur un plan strictement rock. Certaines oreilles délicates y trouveront peut-être une surproduction guère de mise pour un album de pop-rock, mais la richesse et l’originalité des arrangements étaient, déjà sur le premier album, une des marques de fabrique de Klaxons. Il me paraît logique qu’elles le restent, quitte à ce que le caractère un peu "neo 80’s" de la musique en pâtisse.
L’air de rien, Klaxons est un groupe qui possède un style unique et inimitable, et c’est là une qualité rare à notre époque. N’hésitez donc pas à vous y plonger, tête la première. Klaxons surfe peut-être sur le vide, mais n’y tombe jamais. Tout le monde ne peut pas en dire autant…
En savoir plus : Le site officiel de KLAXONS
Ecouter : La page MySpace de KLAXONS
Dorian Wybot vous invite à regarder : Le clip partouzard mais très "attachant" de "Twin Flames". Âmes pudibondes s'abstenir.
klaxons - twin flames
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LONELADY – Nerve Up (Warp Records) Les époques se suivent et se ressemblent parfois. Ainsi, l’une des dernières trouvailles rock du label électronique Warp, Lonelady, nous apparaît comme une étrange et improbable rencontre entre ANNE CLARK, GRACE JONES et LAURIE ANDERSON.
Bien que ces références appartiennent tout entier à l’électronique, il n’y en a pas une seule émanation dans ce premier opus d’une jeune artiste à suivre de près.
Lonelady, c’est Julie Campbell, une jeune guitariste de talent. Elle officie dans un post-punk très lo-fi et très légèrement mâtiné de funk, qui puise une bonne partie de son inspiration dans la musique de JOY DIVISION, originaire, comme elle, de Manchester. Malgré ce côté électrique et groovy, « Nerve Up » est un album plutôt glacial, tout comme l’image que Julie Campbell donne d’elle-même. Enregistré dans des conditions live, avec un minimum de moyens et pratiquement aucun artifice d’arrangement, « Nerve Up » est un fantasme de puriste un poil psycho-rigide, mais qui se laisse écouter sans déplaisir. Certes, si le son est là, les compositions laissent encore quelque peu à désirer. Lonelady débute, son album est court et compact, et vise avant tout une sorte de sobriété crispée qui, paradoxalement, n’est pas incompatible avec un certain format pop. Qu’on ne s’attende donc pas à une musique aussi sombre que peut le laisser croire la pochette de l’album. Les chansons de Lonelady sont même plutôt poppy dans leur forme, et c’est essentiellement l’extrême dénuement de leur interprétation qui leur confère un caractère un peu austère.
Toutefois, on peut se laisser charmer par cette musique chaude jouée à froid, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler les premiers albums de GRACE JONES. Bien sûr, tout cela sonne un peu “premier jet”, et l’on peut même être surpris qu’un label comme Warp ait misé sur une artiste encore aussi balbutiante. Néanmoins, c’est là quelque chose que je comprends. Il y a chez Lonelady un très fort potentiel, qui ne demande qu’à être développé. Souhaitons donc qu’il le soit dans un proche avenir…
En savoir plus : Le site officiel de LONELADY
Ecouter : La page MySpace de LONELADY
Dorian Wybot vous invite à regarder : La performance live style "peel session" du single "Intuition".
La Session: Lonelady (1/2)
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MASSIVE ATTACK – Heligoland (Virgin Records)
Séquence nostalgie, avec ce retour très attendu de Massive Attack, le groupe fondateur du genre trip-hop au tout début des années 90. Groupe culte, hors-norme, Massive Attack est aussi un combo peu productif. Cinq albums en presque 20 ans, et un nombre conséquent de changements de line-up, au fur et à mesure que le leader Robert Del Naja prenait de plus en plus d’importance au sein de la formation, jusqu’à incarner au final le David Gilmour d’une sorte de PINK FLOYD du XXIème siècle, une musique planante, plutôt électronique, illuminée par des voix féminines de passage.
De ses origines hip-hop et ghetto, Massive Attack n’a presque rien gardé, se tournant désormais plus volontiers vers une musique onirique. Le nom « Heligoland » indique d’ailleurs la couleur de cet album, puisqu’il est dérivé du grec "helios" (soleil). Ce serait aller loin que de dire qu’ « Heligoland » est un album ensoleillé, mais c’est indéniablement un album lumineux, se situant à l’opposé du glacial et oppressant « 100th Window » (2003), le précédent opus et le meilleur album du groupe à ce jour.
« Heligoland » a particulièrement souffert d’une promotion assez foireuse. On a d’abord annoncé que Grant Marshall, ex-membre fondateur parti après « Mezzanine » (1998), avait réintégré le groupe. Au final, il ne fait qu’un featuring vocal sur le single "Splitting The Atom". On a ensuite dit qu’ « Heligoland » était un album dans la lignée de « Mezzanine ». C’est totalement faux, évidemment, vu que non seulement il n’y a presque pas de guitares sur ce disque mais la production est beaucoup plus riche et diverse que l’était celle de « Mezzanine ». Enfin, on a annoncé qu’ « Heligoland » marquait un retour aux racines noires de la musique de Massive Attack. C’est totalement inexact, et il est clair que plus jamais Massive Attack ne flirtera réellement avec la soul ou le rap. Le groupe est désormais très au-dessus de ces musiques-là mais ne peut bien évidemment pas ouvertement l’avouer.
Bref, avec une telle publicité, le public n’a pu qu’être déçu par « Heligoland » puisqu’il n’est pas ce qu’on prétend qu’il est. Est-ce pour autant un mauvais album ? Non, et heureusement ! « Heligoland » est le digne successeur de « 100th Window », dont il est aussi le complément. Plus mélodique, plus lumineux, « Heligoland » est un disque qui fait la part juste entre mélodies un peu faciles et expérimentations musicales, tout en se mettant au diapason de l’époque (quelques rythmiques 80’s, prépondérance de la basse rock). On peut même saluer l’apparition d’une fanfare de cuivres dissonants sur "Girl I Love You". Bref, il y aurait peu de choses à reprocher à « Heligoland », c’est du très bon Massive Attack, avec tout ce que l’on peut en attendre. Un produit parfait en tout points, avec ce qu’il faut d’audaces et de conventions.
Tout au plus peut-on discuter de la pertinence d’inclure Damon Albarn dans l’écurie vocale de cet album, tant sa voix de vieil ivrogne enroué tranche un peu trop ouvertement avec les subtiles voix féminines et celle toujours envoûtante du grand reggaeman Horace Andy. Mais comme Damon Albarn ne s’en sort pas si mal, qu’il ramène le public de GORILLAZ et qu’on lui a écrit des partitions pas trop compliquées pour lui, il n’y a pas nécessité de s’en plaindre plus que ça non plus.
Alors ? Où est le piège, me demanderez-vous ? Il n’y a pas à proprement parler de piège, mais « Heligoland » est peut-être un poil trop poli pour être honnête. Tout cela est trop calibré, trop ciselé, trop bien équilibré. Chaque morceau est à sa place et se justifie à cette place-là précisément. On ressent du plaisir à écouter cet album, mais on doute simplement de sa sincérité, et pour cause : « Heligoland » est un album taillé pour les fans, signés par des artistes qui les connaissent bien et qui leur offrent ce qu’ils attendent. On l’écoute un peu comme on regarderait un blockbuster au cinéma, un film à gros effets spéciaux qui serait particulièrement bien fait, mais qui ne saurait pas nous toucher de manière individuelle tant il est conçu pour une multitude. A ce niveau, « 100th Window » et « Mezzanine » reflétaient largement plus une démarche artistique personnelle. Massive Attack s’impose désormais en institution musicale et se consacre presqu’exclusivement à cette crédibilité. La musique n’en souffre pas vraiment, mais indéniablement, quelque chose est resté sur la route…
En savoir plus : Le site officiel de MASSIVE ATTACK
Ecouter : La page MySpace de MASSIVE ATTACK
Dorian Wybot vous invite à regarder : le très beau clip de "Paradise Circus" dans sa version "clean", finalement plus esthétique et plus en accord avec la musique que la version censurée.
MASSIVE ATTACK Paradise Circus - Heligoland 2010
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NEW YOUNG PONY CLUB – The Optimist (Play It Again Sam) Assurément pour moi l’album de l’année ! Le deuxième opus du quintette américain New Young Pony Club est un petit chef d’oeuvre de renouveau new-wave, qui ne déparerait pas dans un Top 100 des meilleurs albums new-wave des années 80.
New Young Pony Club a fait son apparition sur Island il y a trois ans avec un premier album, « Fantastic Playroom », qui mélangeait allègrement new-wave, post-punk et funk, dans un esprit très tendance et assez ouvertement inspiré de THE B-52’S. Malgré le succès estimable du single "Ice Cream", l’album n’avait pas convaincu le public et le groupe s’est fait renvoyer d’Island.
Trois ans plus tard, New Young Pony Club nous revient plus mature sur le mythique label belge Play It Again Sam. S’éloignant des sphères colorées et des riffs funky, le groupe s’est rapproché de la cold-wave, plus exactement de JOY DIVISION, SIOUXSIE & THE BANSHEES, MINIMAL COMPACT et des premiers THE CURE.
Sans pour autant renier son goût premier pour une new-wave énergique et dansante, New Young Pony Club signe dix compositions renversantes, retrouvant la magie des années 80 sans jamais tomber dans le pastiche ou la caricature. Il y a presque du génie dans cet album dont chaque titre est une réussite totale, chef d’oeuvre d’écriture et de production. New Young Pony Club sait faire des morceaux pop légers mais jamais superficiels, et les enchaîne avec des ballades ténébreuses mais jamais grandguignolesques. L’authentique esprit new-wave est bien là, pétillant parfois, dépressif souvent, mais vivant assurément.
De tous les groupes qui s’assument comme post-80’s, New Young Pony Club est l’un des rares à se réclamer réellement de l’étiquette new-wave, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles « The Optimist » n’a pas plus trouvé son public que son prédécesseur. La mode est au retro 80’s, mais avec un son plus guitare – le fameux post-punk tant admiré de nos jours. Or, chez New Young Pony Club, la guitare se fait très discrète. Le groupe joue plus sur une structure basse-synthés-batterie. Il en résulte une musique ni tout à fait rock, ni vraiment électronique qui peine à se situer dans la scène rock indé actuelle.
Il n’empêche que « The Optimist » est un grand, très grand album, qui fera date dans les années 2000, lorsque l’on aura pris suffisamment de recul pour voir ce qui en restera ou pas. En tout cas, pour moi, cet album a énormément compté cette année, et demeurera encore longtemps une balise essentielle de ma vie, celle où j’ai pu retrouver, enfin, un peu de l’essence de mes jeunes années.
En savoir plus : Le site officiel de NEW YOUNG PONY CLUB
Ecouter : La page MySpace de NEW YOUNG PONY CLUB
Dorian Wybot vous invite à regarder : le très beau clip de "Lost A Girl", entre lumière et ténèbres.
New Young Pony Club - 'Lost A Girl' from sam w on Vimeo.
O.CHILDREN – O.Children (Deadly People Recordings) Le rock gothique aurait-il encore de beaux jours devant-lui ? Largement galvaudé par les médiocres groupes métal des années 90, on pouvait encore en douter. Et puis, apparemment, une nouvelle génération pointe le nez, et se manifeste sur le jeune label Deadly People Recordings.
O.Children est donc un groupe britannique mené par un géant noir nommé Tobias O.Kandi, à la voix grave et profonde, dont le chant, ainsi que le nom du groupe, est directement inspiré par NICK CAVE. L’analogie pourtant s’arrête là. O.Children ne donne ni dans la chanson crooner, ni dans le blues torturé, mais évolue dans un rock gothique dans la continuité de THE SISTERS OF MERCY ou de THE CULT. Malgré une production plus moderne, et qui flirte parfois avec du EDITORS et du WHITE LIES, « O.Children », l’album, nous replonge dans un climat gothic-rock classique, tel qu’on le pratiquait volontiers durant la deuxième moitié des années 80.
Sur le plan musical, les compositions sont totalement basiques, bien que produites avec soin. Il n’y a guère que le single "Dead Disco Dancer" qui sorte du lôt de par son côté un peu 60’s. Pour le reste, O.Children se positionne exactement là où on l’attend. Les aficionados du genre s’en réjouiront, les autres trouveront ça peut-être un poil linéaire, mais en fait, O.Children définit simplement dans cet album éponyme les bases de son genre et signe un premier album maîtrisé dont on appréciera la rigueur, le sérieux et une sobriété appréciable au sein d’une scène musicale qui se perd de plus en plus dans le grand-guignol.
Que l’on ne s’attende donc pas à un disque révolutionnaire ou digne des grands ancêtres qu’il perpétue. O.Children nous présente un premier album de bonne facture, qui rassemble les meilleurs ingrédients d’un genre que l’on pouvait penser suranné, mais qui a apparemment encore de beaux jours devant lui. L’avenir dira si O.Children en sera l’augure ou non.
En savoir plus : Le site officiel d'O.CHILDREN
Ecouter : La page MySpace d'O.CHILDREN
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip glam'cuir et taxidermie de l'excellent single "Dead Disco Dancer".
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THE ORB feat. DAVID GILMOUR – Metallic Spheres (Sony Music) Une des meilleures surprises de cet automne ! Le légendaire groupe techno-ambient The Orb, dont on était sans nouvelles depuis l’album « Cydonia », en 2001, et qui ne vivait depuis que de tristes compilations d’inédits et de remixes, effectue un retour aussi brillant qu’inattendu, en compagnie de David Gilmour, le guitariste de PINK FLOYD, pour un album planant qui unit les sonorités vaporeuses des années 70 et celles, plus électroniques, des années 90.
Précurseur de la techno ambient, The Orb est la creature d’Alex Paterson, qui signa deux albums qui demeurent aujourd’hui encore des chefs d’oeuvre du genre « The Orb’s Adventures Beyond The Ultraworld » (1991) et « U.F.Orb's » (1992), avant de poursuivre avec deux albums plus expérimentaux et donc un peu difficiles d’accès, « Pomme Fritz » (1993) et « U.F.Orb's » (1995).
Dès le début de sa carrière, Alex Paterson a revendiqué clairement l’influence de PINK FLOYD, même si, à l’écoute, ça n’était pas si flagrant que ça. La pochette de l’album « Live 93 » est d’ailleurs un clin d’oeil à la pochette de l’album « U.F.Orb's » (1977) de PINK FLOYD.
C’est donc au bout de presque 20 années d’existence qu’Alex Paterson aura realisé son rêve : co-signer un album avec son idole, David Gilmour, sous la haute bienveillance de Youth (KILLING JOKE) à la production et au mixage.
Disons-le, c’est une réussite totale. Le jeu de guitare reconnaissable comme nul autre de David Gilmour se marie délicatement (quoiqu’un peu trop discrètement, hélas) aux nappes électroniques et aux rythmiques soigneusement travaillées d’Alex Paterson. Conçu au depart comme un jam, « Metallic Spheres » s’est peu à peu articulé en deux longs morceaux d’une vingtaine de minutes chacun, eux-mêmes divisés en cinq parties qui s’enchaînent sans temps mort. On sort de cet album tout hypnotisé et extatique, en se demandant depuis combien de temps on n’avait pas plané comme cela.
Bref de la musique de drogués de qualité, à consommer avec ou sans chichon, pour se régaler des volûtes de nos espaces intérieurs !
En savoir plus : Le site officiel de THE ORB & DAVID GILMOUR
Ecouter : La page MySpace de THE ORB
Dorian Wybot vous invite à regarder : un long et significatif extrait de l'album, tout simplement. Attention, si vous voyez l'image se distordre, c'est que vous êtes déjà en pleine transe hallucinatoire !
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BRENDAN PERRY – Ark (Cooking Vinyl) On pouvait difficilement avoir, comme moi, 16 ans en 1988 et passer à côté du phénomène DEAD CAN DANCE. Ce duo improbable, composé d’un ancien punk irlandais et d’une cantatrice australienne, a lentement poussé au coeur des années 80 pour devenir le groupe symbolique de toute une nouvelle génération de romantiques noirs.
Issu de l’écurie 4AD, un label britannique qui a su imposer une pop anglaise froide et arty qui a représenté le chic absolu durant les années 80, DEAD CAN DANCE a réussi le tour de force de créer une musique synthétique tout en lui conférant un caractère classique ou traditionnel, dans une perspective futur/passé qui n’est pas sans rappeler la demarche de KRAFTWERK.
Après un premier album éponyme, et encore très marquee par l’influence de JOY DIVISION, Brendan Perry et Lisa Gerrard affinent leur style dès le deuxième album « Spleen and Ideal » (1985). Une musique froide et dépouillée, portée par le chant classique byzantin de Lisa et la voix de crooner triste de Brendan, multipliant les clins d’oeil au passé, tissant un lien entre musique ancienne et pop synthétique moderne. Le troisième opus va encore plus loin : « Within The Realm Of A Dying Sun » (1987) est un chef d’oeuvre absolu de noirceur romantique, à la fois belle et torturée. Sur bien des plans, cet album demeure leur plus belle oeuvre, la plus sombre et la plus profonde. Mais cette gemme glacée n’obtiendra pas le succès inattendu de leur disque suivant « The Serpent's Egg » (1988), un disque plus lumineux, plus mystique aussi, qui marque la separation definitive du groupe avec la cold-wave ou même de la pop synthétique. La superbe pièce qui ouvre l’album, "The Host Of Seraphim", donne le ton. Désormais, DEAD CAN DANCE se concentrera à la fois sur la musique classique (sacrée, de préférence) et la musique traditionnelle orientale. Le groupe en tirera des compositions aux allures de cartes postales sonores et temporelles, esquissant sans jamais clairement les dessiner, des époques anciennes et tourmentées où les élans mystiques de l’idéal se heurtaient à des angoisses métaphysiques insurmontables.
Avec le recul, « The Serpent's Egg » apparaît comme un album un peu bancal, où des morceaux sublimes voisinent avec d’autres titres plus bâclés et moins aboutis. Il n’empêche que ce disque marque la consécration de DEAD CAN DANCE, et ouvre le groupe à un public beaucoup plus large.
« Aion » (1990) est un album fortement influencé par la musique médiévale qui, hélas, ne connaîtra pas le succès mérité. L’apparition de véritables instruments anciens, prenant peu à peu la place des synthétiseurs, surprend une partie du public. « Aion » est nettement meilleur que son prédécesseur, mais il ne séduira pas. Sans doute le côté troubadour, trop festif, a pu nuire au caractère spirituel de la musique de DEAD CAN DANCE.
C’est à une metamorphose musicale complète que se livre DEAD CAN DANCE dans ce qui va être la dernière partie de sa carrière. Nouvellement influencé par PETER GABRIEL et son label Real World, DEAD CAN DANCE va se tourner vers les musiques du monde. L’Orient, d’abord, avec « Into The Labyrinth » (1993), qui connaîtra un énorme succès commercial, appuyé par le live « Toward The Within », dans le même esprit; puis l’Afrique Noire, avec « Spiritchaser » (1996), qui, par contre, ne séduira pas le public. Un an plus tard, Lisa Gerrard quitte le navire pour se lancer dans une carrière solo et provoque ainsi la fin de DEAD CAN DANCE.
De ce groupe mythique, il reste donc sept albums studios contrastés et qui ont étonnamment bien vieilli. Lisa Gerrard, de son côté, avait sorti un premier album en 1995, « The Mirror Pool » qui, malgré sa pesanteur et son côté répétitif, s’était fort bien vendu, en partie grace à l’utilisation d’un de ses titres, "Sanvean", pour la publicité télévisée d'un parfum. Partie sur des chapeaux de roues, la carrière de Lisa Gerrard s’est assez vite essoufflée, malgré une production discographique plutôt impressionnante et un appel régulier à des compositeurs chevronnés (Pieter Bourke de SOMA, Hanz Zimmer de SHRIEKBACK, PATRICK CASSIDY ou plus récemment le fameux pionnier de l’électronique KLAUS SCHULZE). Car si Lisa Gerrard était la voix de DEAD CAN DANCE, elle n’en était hélas pas l’âme.
L’âme de DEAD CAN CANCE, c’est ce petit Irlandais aujourd’hui bien décati qui, dès la fin des années 80, faisait l’acquisition d’une petite église désaffectée en Irlande pour y construire un studio d’enregistrement moderne, visant à exploiter l’acoustique profonde et inimitable d’une voûte romane. Brendan Perry s’était lui aussi lancé en solo, mais avec peu de bonheur. Son premier album, « The Eye Of The Hunter » (1998), se révéla une assez profonde deception. Mis à part le titre "Voyage Of Bran", qui restait dans l’esprit de DEAD CAN DANCE, les autres compositions de l’album marquaient un virage vers une pop-folk essentiellement basée sur la voix et la guitare acoustique, s'inspirant autant de LEONARD COHEN que de NICK DRAKE ou TIM BUCKLEY (dont Perry reprend très à propos le "I Must Have Been Blind"). Un genre musical certes respectable, mais que ni les arpèges somme toute assez simplistes de Brendan Perry, ni sa voix monotone et peu charismatique ne pouvaient décemment servir. Cet échec commercial et artistique signait assurément le glas de la carrière de Brendan Perry. Du moins, c’est ce que l’on pouvait croire jusqu’au printemps dernier, où Brendan Perry nous livra, douze ans après son premier essai, un deuxième opus parfaitement abouti et qui renoue directement avec le spectre de DEAD CAN DANCE. Brendan Perry et Lisa Gerrard s’étaient reformés en 2005, le temps d’une ultime tournée d’adieu, durant laquelle deux morceaux avaient été composés. Cependant, Lisa Gerrard n’a pas souhaité donné suite à cette collaboration exceptionnelle, et Brendan Perry a donc travaillé seul à ce qu’il aurait souhaité être le huitième album studio de DEAD CAN DANCE. De fil en aiguille, ne pouvant pas remplacer Lisa Gerrard, Brendan Perry a retravaillé sa musique dans un esprit globalement plus électronique, directement inspiré de l’album « 100th Window » de MASSIVE ATTACK. Il en résulte donc un étrange mélange entre le style classique de DEAD CAN DANCE et une influence trip-hop assez glacée, qui attaint son point d’orgue avec le titre "The Bogus Man", ouvertement inspiré du "Special Cases" de MASSIVE ATTACK.
Le calque aurait pu être grossier, mais indéniablement, Brendan Perry réussit parfaitement son coup, apportant des touches d’électronique là où cela se justifie sans en rajouter des tonnes, sans renoncer non plus à des titres qui en sont dépourvus, tel "Babylone" et "Crescent", les deux morceaux initialement écrits pendant la tournée de DEAD CAN DANCE, et qui ouvrent et ferment l'album.
Entre passéisme et modernité, Brendan Perry trouve un juste milieu avec huit longues compositions contrastées mais homogènes, aériennes et recueillies, dont on retiendra le lumineux "Utopia" et le poignant "This Boy", sans oublier l’ultime titre "Crescent", qui nous replonge dans l’âme du DEAD CAN DANCE de la grande époque.
A la fois atmosphérique et profond, lyrique et intime, « Ark » est un album d’une exceptionnelle qualité, dont on ne se lasse pas, meme lorsqu’on le connaît par coeur. Il n’y a plus qu’à souhaiter que Brendan Perry continue sur sa lancée, afin de donner à DEAD CAN DANCE un addendum bien plus passionnant que celui de son ex-compagne.
En savoir plus : Le site officiel de BRENDAN PERRY
Ecouter : La page MySpace de BRENDAN PERRY
Dorian Wybot vous invite à regarder : le passionnant teaser de l'album, où l'on voit Brendan Perry composer dans le studio qu'il a monté dans son église. Inutile de dire que ça donne sacrément envie. :-)
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A PLACE TO BURY STRANGERS – Exploding Head (Mute Records) Un succès insolent que celui de ce trio britannique qui, depuis trois ans, fait parler de lui sans arriver à me passionner réellement. Composé de Oliver Ackermann (guitare, chant), Jono Mofo (basse) et Jay Space (batterie), A Place To Bury Strangers est apparu en 2007 avec un album éponyme terriblement enragé, donnant dans un post-punk lo-fi aussi dissonant que torturé qui retrouvait indéniablement la pleine folie du punk. Sorti sur un obscur petit label, l’album se fit suffisamment remarquer pour attiser l’intérêt du prestigieux label Mute Records (découvreur, entre autres, de DEPECHE MODE), pour qui ils ont signé ce deuxième album, quelque peu déconcertant.
En effet, « Exploding Head » marque un étrange virage vers une musique plus rock’n’roll, voire noisy rock 80’s à la JESUS & MARY CHAIN. Si la production et la qualité d’écriture musicale se sont indéniablement améliorées depuis le premier album, j’avoue avoir plus de mal à accrocher ce second disque de par le style de rock où il se cantonne, meme si des morceaux comme "In Your Heart" ou "Keep Slipping Away" flirtent davantage avec la new-wave et méritent le détour.
Il n’empêche, A Place To Bury Strangers séduit tout de même par sa rigueur, son refus de céder à la facilité ou au commercial. Le trio se montre intègre, il inspire et représente à mon sens un des meilleurs espoirs rock de la décennie à venir. Mais j’espère cependant que ces trois britanniques sauront retrouver, par la suite, la folie de leur premier disque.
En savoir plus : Le site officiel d'A PLACE TO BURY STRANGERS
Ecouter : La page MySpace d'A PLACE TO BURY STRANGERS
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip pas très cathodique de "Keep Slipping Away", le premier single extrait de l'album.
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SOLANGE LA FRANGE – Solange La Frange (Two Gentlemen Records) Suite au succès de GOSSIP, il ne faut pas s’étonner outre mesure qu’un peu partout des groupes s’en inspirent et que les vocalistes féminines et obèses soient extrêmement sollicitées, surtout auprès du milieu lesbien. Ex-combo electro-clash, Solange La Frange nous vient de Suisse, et après de nombreuses participations à des compilations et quelques remixes, le trio publie son premier album sur le très discret et fort mal diffusé label Two Gentlemen Records.
Composé de Julie Hugo (chant), Tristan Basso (électronique) et Luca Mancio (basse), Solange La Frange signe un album brillant, d’une couleur electro-rock très tendance, avec une rythmique soutenue du début jusqu’à la fin et un souci dancefloor qui n’empêche pas de soigner particulièrement les percussions. Ce disque s’avère être une étonnante réalisation qui flirte ouvertement avec le style de GOSSIP, tout en conservant un caractère propre, notamment de par ses origines électroniques. Le chant de Julie Hugo est également plus intéressant que celui de Beth Ditto, moins tourné vers le groove ou le chant soul, et on ne s’en plaint pas.
Dominé par le single "Grind", particulièrement accrocheur, l’album recèle également de très belles perles, comme "Wak A Wak", "Love Affair" ou "Operette". Tout au plus pourra-t-on reprocher à cet album d’être encore un peu trop binaire pour un format rock. En meme temps, pour un premier opus, c’est un coup de maître... Bien qu’il soit difficile, au fond, de savoir si un album comme celui-ci vieillira bien ou non.
Aussi, dépêchez-vous d’en profiter avant que la frange soit passée de mode. :-)
En savoir plus : Le site officiel de SOLANGE LA FRANGE
Ecouter : La page MySpace de SOLANGE LA FRANGE
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip rebelle et flamboyant de "Grind", à voir absolument !
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UNDERWORLD – Barking (Underworld Records) Depuis longtemps, j’attendais qu’Underworld m’amène à parler enfin d’eux dans ce Millésime. Ce groupe qui compte parmi les pionniers de la techno connaît, comme ses petits copains, une impressionnante traversée du désert dont on est guère sûr qu’elle ait un jour une fin.
Fondé par d’anciens membres d’un groupe pop des années 80, FREUR, Underworld a sorti ses deux premiers albums en 1988 et 1989, dans un genre encore très pop-rock et, avouons-le, avec une inspiration plus que discutable.
C’est avec leur troisième album, « Dubnobasswithmyheadman » (1993) qu’Underworld rejoint la scène techno, sans pour autant renoncer à un format chanté, un concept rare en cet âge d’or de la musique électronique instrumentale, et qui n’était à l’époque défendu que par deux autres groupes, 808 STATE et FLUKE.
« Dubnobasswithmyheadman » est un album brillant, qui a d’ailleurs fort bien vieilli, et qui pose les bases du style UNDERWORLD : des morceaux souvent longs, hypnotiques, mêlant trance et ambient, avec une touche de mélancolie urbaine, sur laquelle le chanteur Karl Hyde pose un chant pop un peu décalé, noyé dans des effets d’écho. Il en résulte une musique authentiquement psychédélique, que l’on écoute comme ça l’air de rien, et qui vous emporte dans une sorte de voyage intérieur. La musique d’Underworld est particulièrement efficace à écouter au casque dans le train en regardant les paysages défiler. Cela fait partie de la magie particulière de ce groupe de créer une atmosphère de voyage avec une musique plutôt statique.
Le deuxième album d’Underworld, « Second Toughest In The Infants » (1996), va marquer son époque d'une empreinte indélébile. 1996 est l’année de l’explosion commerciale de la techno. On se rend compte soudain que la musique électronique ne se résume pas à du boum-boum pour dancefloor, et qu’il y a de vrais créateurs. « Second Toughest In The Infants » fut l’un des manifestes de cette democratisation du genre techno, avec les sorties conjuguées de deux autres albums majeurs, le « In Sides » d’ORBITAL et le « Advance » de LFO. Ce tiercé gagnant fut d’ailleurs celui qui me convertit à cette musique étrange et futuriste.
« Second Toughest In The Infants » est un album beaucoup plus psychédélique que son prédécesseur. Il s’ouvre d’ailleurs sur deux longs morceaux de plus de 15 minutes chacun, qui comptent parmi les plus grands titres du groupe. C’est aussi sur cet album qu’Underworld introduit des samples de guitare acoustique, une marque de fabrique qui trace un lien entre la techno et la musique folk ou hippie. Underworld est un des rares groupes technos à ne pas évoluer dans un univers mécanique, robotisé ou aseptisé. La plupart de leurs clips se déroulent dans des forêts ou des coins de nature, les effets visuels se voulant avant tout psychédéliques.
Le succès de « Second Toughest In The Infants » sera démultiplié par un nouveau single, "Born Slippy", qui sera inclus sur la B.O. du film culte « Trainspotting ». Une nouvelle édition de « Second Toughest In The Infants » sortira en 1997 avec un CD bonus présentant "Born Slippy" et un autre titre inédit. Cette edition double reste encore aujourd’hui la plus forte vente d’Underworld.
Le groupe est au meilleur de sa forme, il ne traîne pas et publie un cinquième album, « Beaucoup Fish » en 1998. Là aussi, le succès est au rendez-vous, les singles "Push Upstairs" et "Jumbo" y pourvoient, et l’album bénéficie d’une immense promo, dont le slogan récurrent présente le disque comme “un album de techno pour ceux qui n’aiment pas la techno”. Indéniablement, il y a de ça.
Si aujourd’hui encore, « Beaucoup Fish » est regardé comme le meilleur album d’Underworld, c’est aussi parce qu'il s'agit d'un disque ouvertement commercial qui voit la musique du groupe se simplifier à l’extrême. L’inspiration est là, la techno vit son âge d’or, tout est réuni pour que « Beaucoup Fish » devienne un futur classique, et c’est effectivement ce qu’il est devenu.
Hélas, Underworld va avoir le tort de se croire arrivé. Les deux années qui suivront se passeront à promouvoir une gigantesque tournée, et à publier un album live dénué du moindre intérêt, tant ce genre musical se prête peu à une transposition sur scène, quelles que soient les projections, les performances et autres artifices auxquels les artistes recourent.
Lorsqu’Underworld, réduit à un duo, revient en 2002 avec son sixième album, « A Hundred Days Off », il est hélas un peu trop tard. Une nouvelle décennie s’amorce, le rock revient en force, la techno perd de son impact. « A Hundred Days Off » s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur, mais il est un peu moins bon et il est clairement moins rythmé. Les critiques l’assassinent, le public le boude, et l’année suivante, Underworld se fait débarquer de son label JBO, qui, pourtant, le soutenait depuis dix ans. Un coup dur dont le groupe mettra cinq ans à se remettre, le temps de developper son activité sur le net et de créer son propre label.
En 2007, donc, Underworld sort son très attendu septième album, « Oblivion With Bells », un disque à la surprenante médiocrité, collage hasardeux de compositions bâclées et d'expérimentations dénuées du moindre intérêt, au milieu duquel surnage pauvrement le single "Crocodile", tout juste sympathique. Underworld se paye même le luxe de s’offrir une edition limitée avec un DVD rassemblant des clips tournés pour chaque morceau, des films ultra-cheap montés à la va-vite, absolument nullissimes, qu’on prendrait pour des expérimentations fauchées d’étudiants en cinéma. Inutile de dire que le gadin est à la hauteur de l’ambition du duo : monstrueux. On se demande bien comment Underworld pouvait se remettre d’un échec aussi cuisant. Et pourtant, ils nous sont revenus cette année, toujours sur leur label, avec ce huitième opus, « Barking ».
Disons-le d’emblée, « Barking » est loin de nous ramener au Underworld de la grande époque. Mais c’est un album déjà beaucoup plus travaillé, avec une réelle inspiration, et qui denote d’une évolution musicale notable.
« Barking » est le disque le plus commercial qu’ait jamais publié Underworld, commercial à un point que l’on ne sait plus trop si on a affaire à de la techno ou à de la synth-pop. Il est même surprenant de voir qu'à présent qu'ils sont parfaitement indépendants et libres d'enregistrer ce que bon leur semble, Karl Hyde et Rick Smith s'investissent dans les compositions les plus formatées qui soient. Presque tous les morceaux ont un vrai format pop, avec couplet-refrain. C’est aussi un album véritablement lumineux, coloré, très éloigné en ce sens de la monotonie un peu urbaine de leurs précédents disques. On peut déjà bloquer sur ces éléments-là. Si on a néanmoins le courage de passer outre pour s’investir réellement dans l’écoute de cet album, on sera néanmoins agréablement surpris.
D’abord parce que la plupart des titres de « Barking » sont mélodiquement assez inspirés. La production, plus moderne, donne une légèreté et un côté aérien qui changent agréablement de ce que l’on connaît déjà du groupe. Le single "Always Loved A Film" est un excellent titre, qui n’est pas sans évoquer "Two Months Off" sur l’album de 2002.
Ensuite, la participation de quelques grandes pointures électroniques d’hier et d’aujourd’hui, telles PAUL VAN DYK, DUBFIRE ou HIGH CONTRAST, a permis à Underworld de renouveler son panel sonore et de moderniser ses rythmiques sans pour autant renoncer à son style personnel.
En ce sens, « Barking » est un album rafraîchissant, spontané et sans prétention, qui se laisse écouter avec plaisir. On pourra néanmoins lui reprocher cette soudaine débauche de légèreté, d’accessibilité, qui a tout de même pour conséquence directe que l’on connaît rapidement l’album par coeur après seulement une dizaine d’écoutes. On peut également trouver discutable la presence de "Louisiana", la chiantissime balade au piano preparé qui conclut très soporifiquement l’album. Mais cependant, on ne regrette pas l’achat de ce « Barking » qui, en filigrane, nous fait revivre un peu l’âge d’or de la techno. L'air d erien, qui aurait crû qu'on puisse être nostalgique de cette musique là ?
A noter, pour finir, que Karl Hyde et Rick Smith étant visiblement durs de la comprenette, « Barking » a aussi eu droit à son edition limitée avec DVD, présentant là aussi des clips tournés au camescope numérique avec des effets cheaps et amateurs, dont, néanmoins, on pourra toujours se gausser à present qu’on en attend plus grand chose d’autre.
En savoir plus : Le site officiel d'UNDERWORLD
Ecouter : La page MySpace d'UNDERWORLD
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip en version intégrale du single "Always Loved A Film", entièrement tourné au camescope numérique, ou comment deux ou trois trucs de vidéaste bidouilleur peuvent transformer en hallucination au LSD le simple spectacle d'un enfant en train de monter l'armature d'une tente de jardin. Et le pire, c'est que ça marche ! :-)
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VOMITO NEGRO – Skull & Bones (Out Of Line) Mais avant d’avoir eu son âge d’or, la musique électronique a connu son âge sombre, une décennie auparavant, au plus profond des entrailles des synthétiseurs digitaux première generation qui se répandirent au début des années 80. Le hasard alphabétique de ce Millésime nous pousse donc de la lumière vers les ténèbres, avec le retour de vétérans bien plus anciens que ceux que l’on vient de voir, et tout aussi vivaces.
Avant la techno, avant l’acid, il y eût donc l’E.B.M., comprenez : Electronic Body Music. Une musique électronique glaciale, binaire et ténébreuse qui se voulait une sorte de pendant pop de la musique industrielle. Ses fondateurs ont pour nom NITZER EBB, CLICK CLICK, ABSOLUTE BODY CONTROL, KLINIK, FRONT 242, NEON JUDGEMENT, MUSSOLINI HEADKICK, INSEKT ou SIGNAL-AOÛT 42. Majoritairement belges, ces groupes partis d’une esthétique industrielle évoluèrent peu à peu vers une imagerie plus militaire, voire ouvertement d’extrême-droite, notamment sous l’impulsion du groupe FRONT 242 qui, en dépit de s’être toujours défendu d’accointances néo-nazies, a ouvertement joué avec ses symboles durant un certain nombre d’années.
De par la caricature malsaine que le genre est devenu, ajouté à l’évolution technologique du début des années 90, l’E.B.M. disparut corps et biens en 1992, après une petite décennie d’existence, et quelques très grands disques aujourd’hui oubliés ou fort difficiles à trouver chez les disquaires.
Parmi les quelques groupes qui formèrent le dessus du panier de ce genre musical, il en est deux qui n’ont jamais voulu se corrompre aux esthétiques martiales, et méritent d’autant plus d’être exhumés : A SPLIT SECOND, qui flirta toujours avec le rock et le gothique, et VOMITO NEGRO, dont je vais vous parler à présent.
Vomito Negro, c’est avant tout un duo venu de Flandres, compose initialement de Gin Devo (chant, électronique) et Guy Van Mieghem (électronique, percussion). Le duo tire son nom de l’expression latine servant à designer la phase terminale des malades atteints de la peste bubonique, qui agonisent en vomissant leurs entrailles rendues totalement noires par la maladie. Tout un programme, donc... :-)
Le groupe se forme en 1983 et publiera quelques maxis durant les trois années qui suivent. A ses débuts, Vomito Negro évolue plus volontiers dans une musique industrielle, assez souvent instrumentale. Le premier album « Dare » (1987) marque une première conversion à l’E.B.M., quoique le rythme en soit plus lent et moins froidement mécanique que les autres groupes de ce genre. Une logique que le duo pousse à fond pour son deuxième album « Shock » (1989), où les programmations rythmiques se saturent jusqu’à sonner comme des guitares. Plus mélodique, plus rock, « Shock » est un album grandiose, au son unique et indéfinissable, qui se tient entre rock, E.B.M. et industriel.
Sans se donner le temps de souffler, Vomito Negro enchaîne avec un troisième album, plus électronique, plus froid, mais qui se révèle aussi réussi que son prédécesseur, « Human » (1990). Sans quitter ce son organique et saturé qui est un trait essentiel de sa personnalité musicale, Vomito Negro revient à une écriture moins rock, plus industrielle et s’offre pour la première fois des titres vraiment E.B.M., taillés pour les pistes de danse.
Pourtant, si le groupe évolue dans une scène musicale codifiée, il n’est guère du genre à s’y stratifier. Changeant de label et de style, Vomito Negro publie un quatrième album qui déconcerte, « The New Drug » (1991), qui sera longtemps regardé comme un disque raté. En fait, « The New Drug » marque surtout un changement d’orientation musicale. Intégrant désormais des sonorités cristalines et mélodiques, Vomito Negro se rapproche de la dark-wave allemande et signe un disque à la couleur volontiers gothique et romantique, aux nappes synthétiques souvent planantes et atmosphériques, mais d’une grande qualité d’écriture. L’album recevra un accueil mitigé, et Vomito Negro rectifie le tir dès l’année suivante, avec ce qui restera son dernier album de la grande époque, « Wake Up » (1992). Titre ironique, puisqu’il marque le début d’une longue période de sommeil pour le duo.
« Wake Up » renoue avec l’esprit puissamment industriel de Vomito Negro. C’est un album rythmé, pêchu, percutant, mais un peu léger au final. Là non plus, le succès ne sera pas au rendez-vous, mais en cette année 1992, l’E.B.M. vit ses derniers instants, remplacée à la fois par la dark-wave, l’électro dark et l’acid-house.
Le destin ne laissera pas à Vomito Negro l’opportunité de s’adapter à ces nouveaux styles musicaux. Victime d’un très grave accident, Gin Devo se retrouve alité pour de nombreux mois. C’est en douceur et sans réelle concertation, postérieurement à ce triste évènement, que Vomito Negro cesse d’exister. Guy Van Mieghem s’investira dans un nouveau projet électro-dark nommé BLOK 57, en association avec Dirk Ivens de KLINIK, qui donnera naissance à deux albums qui ne diffèrent guère de la production de l’époque.
Vomito Negro se réunira une dernière fois dix ans plus tard pour l’album « Fireball », un album plutôt orienté techno-trance qui se révèlera un cuisant échec. Guy Van Meghiem choisit alors de quitter définitivement le groupe et Gin Devo se lance dans un autre projet déjà plus motivant nommé PRESSURE CONTROL. Tournant ensuite avec un musicien et percussionniste nommé Borg, ce sera finalement avec lui que Gin Devo reformera Vomito Negro qui a livré donc cette année son septième album, « Skull & Bones ».
Disons-le d’emblée, on pouvait craindre ce retour inopiné, et pourtant, cet album est une parfaite réussite. Tout en modernisant un peu sa production, Vomito Negro a su conserver son style propre, inimitable, tout en retrouvant une inspiration brillante qui lui faisait défaut depuis bien longtemps. Sur beaucoup de plans, « Skull & Bones » est très proche de l’album « Human » sorti 20 ans auparavant. Noir et oppressant, « Skull & Bones » se révèle un disque intègre, qui revient aux sources de l’industriel et de l’E.B.M. Et c’est indéniablement un nouveau chef d’oeuvre que nous sert Vomito Negro, pour la plus grande joie des nostalgiques de vieilles musiques horribles. :-)
A noter que l’album a été publié avec un CD bonus, présentant de nouvelles versions des standards de Vomito Negro, des nouvelles versions qui sonnent plus comme des remixes, tant elles sont au final, exceptée la production, assez fidèles aux originaux. C’est en tout cas une bonne occasion de rentrer en contact avec l'univers des premiers albums de Vomito Negro, ces derniers atteignant aujourd’hui des prix plus que confortables chez les disquaires ou sur les sites de ventes en ligne.
« Skull & Bones » a été fort bien accueilli en Belgique, et meme en Allemagne où il est entré dans les charts indépendants. On ne peut donc que souhaiter que 2010 marque une veritable renaissance pour l’un des derniers représentants de la scène E.B.M. encore en activité.
En savoir plus : Site web en construction
Ecouter : La page MySpace de VOMITO NEGRO
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip fascinant mais ultra-fauché et parfaitement incompréhensible de "Dance With Death".
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WARPAINT – Exquisite Corpse + The Fool (Manimal Vinyl / Rough Trade) Enfin, last but not least, je termine ce Millésime avec ce qui fut un de mes gros coups de coeur de l’année 2010, le groupe féminin Warpaint, composé d’Emily Kokal (chant, guitare), Theresa Becker Wayman (guitare, chant), Jenny Lee Lindbergh (basse) et Stella Mozgawa (batterie). Ces quatre californiennes, découvertes par John Frusciante (RED HOT CHILI PEPPER) et co-produites par Andrew Weatherall (THE SABRES OF PARADISE, TWO LONE SWORDSMEN), sont de véritables prodiges qui officient dans une musique très personnelle, mêlant folk, lo-fi, rock indé et pop gothique, dans un style évoquant à la fois MAZZY STAR, ELECTRELANE et COCTEAU
TWINS.
D’abord réunies en tant que trio, sans batteuse, Warpaint a autoproduit son premier maxi, « Exquisite Corpse », en 2009, avant de le voir réédité en fin d’année sur un jeune label, Manimal Vinyl.
« Exquisite Corpse » a toutes les qualités et les défauts d’un premier jet, avec une production très approximative et des titres plus ou moins aboutis. Si "Stars" et "Elephants" sont des petits chefs d’oeuvre qui contiennent en eux tout le génie musical de Warpaint, les autres compositions sont moins abouties, mais portent en elles une douceur, une grâce toute féminines, auxquelles se mêle une indéfinissable mélancolie.
La particularité la plus exceptionnelle de Warpaint est cette étrange propension à écrire des chansons très dépouillées, très intimistes, mais tout en y apportant une dimension progressive permanente, avec des cassures de rythmes, des changements de melodies, des silences étranges, des sonorités expérimentales et bien d’autres originalités qui font de leur musique quelque chose à la fois d'aérien et de torturé.
De même, le chant perpétuellement lumineux et évanescent des jeunes filles se trouve subtilement compensé par un spleen mélodique à l'humeur délicatement sombre.
Autant de qualités musicales que l’on retrouve sur le premier album de Warpaint, « The Fool », sorti à l’automne 2010 sur le label Rough Trade. Un premier album brilliant, qui accomplit avec maestria toutes les promesses que pouvait faire miroiter « Exquisite Corpse », même si, hélas, on y trouve pas de chansons aussi fortes, aussi intenses que "Stars" ou "Elephant".
Mieux produit, plus centré sur la basse ronronnante et sur la guitare flanger, « The Fool » reunit neuf titres d’une qualité rare, poignants et mélancoliques, et d’un lyrisme bouleversant et désabusé. De "Set Your Arms Down", qui ouvre l’album, jusqu’au larmoyant "Lissie’s Heart Murmur" qui clôt l’album, Warpaint fait un parcours sans fautes, où chaque titre s’articule comme le mouvement imaginaire d’une symphonie folk. Fascinées par le mouvement hippie et par la notion de passé, les quatre donzelles de Warpaint incarnent à elles seules une sorte de version romantique et tourmentée du JEFFERSON AIRPLANE, qui nous rappelle, sans haine, ni aigreur, que le monde était plus beau au temps du “flower power”. Une démarche magnifiquement illustrée par le clip délicat et suave du single "Undertow".
Par sa féminité sublimée et sa mélancolie sincère, Warpaint est sans doute la plus belle révélation musicale de cette fin de décennie, et je vous invite à vous pencher séance tenante sur ce groupe exceptionnel dont on reparlera encore dans vingt ans.
En savoir plus : Le site officiel de WARPAINT
Ecouter : La page MySpace de WARPAINT
Dorian Wybot vous invite à regarder : le clip suave et magnifique de "Stars", qui ne pouvait terminer plus merveilleusement ce Millésime 2010.
Warpaint - Stars from Adam Harding on Vimeo.
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Voilà, c’est tout pour cette année. J’espère que vous y avez déniché votre bonheur et que j’aurais le plaisir de vous retrouver en janvier prochain pour cette rubrique annuelle. N’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous, pour émettre des suggestions ou des points de désaccords.
N’oubliez pas aussi qu’il y a dans ces chroniques beaucoup d’artistes signés sur des petites structures. Ils ne vivent déjà pas beaucoup de leur musique, n’aggravez pas leur situation en téléchargeant ou en partageant gratuitement leurs créations.
Les deux œuvres graphiques sont de Roland TOPOR, et sont extraites de son livre « Topor : Dessins », publiés en 1968 par les éditions Albin Michel. Elles restent propriété de leurs ayant-droits.

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