Voici venu le temps béni des cochonnailles, où la charcuterie pas fine s’étale dans les permanences politiques et les unes des tabloids. Le coup d’envoi de cette belle opération charcuterie a été envoyé par Dominique Strauss-Kahn depuis New York, tant il est vrai que la gastronomie française est grandement appréciée par le Nouveau Continent.
Voici une recette originale et bien pimentée pour attirer à votre table les plus fins gourmets : prenez un gros sanglier bien gras, épluchez-le de son complet veston, plongez le dans une cabine de douche à 25°C, et faites-le cuire à l’étuvée durant une bonne vingtaine de minutes.
En parallèle, déposez une femme de chambre, si possible appétissante, dans les environs immédiats du plat principal et laissez porter à ébullition. Sous l’influence pernicieuse de l’arôme féminin, le sanglier se transforme étrangement en gros porc lubrique. Il saute alors tel un fou furieux sur la pauvre créature, et tente d’en faire un rôti à la broche. Cette partie de la préparation est la plus délicate, car la femme de chambre manifeste souvent très violemment son manque d’appétit pour la cuisine française. Ces gens-là sont un peu des barbares, n’est-ce pas ?
Heureusement que l’ex-directeur du FMI était là pour lui apprendre les glorieuses notions de la civilisation française. Après tout, qu’a-t-il fait d’autre, l’ami Dominique, que de reproduire ce que firent les missionnaires français durant près d’un siècle dans les colonies africaines ?
Mais revenons à nos moutons, ou tout au moins à notre porc. Trop émotive, la vieille bête se trompe d’orifice pour l’empalement mais n’en déverse pas moins une imposante quantité de sauce à la crème, mais pas vraiment fraîche, dont l’incrustation dans les tissus âpres de l’uniforme des techniciennes de surface de chez Sofitel va valoir à notre sanglier devenu porc un très probable séjour prolongé dans un congélateur, où il pourra enfin revenir à une température intérieure plus convenable.
En France, où on ne joue pas avec la nourriture, il n’a fait aucun doute qu’il s’agit là d’une manipulation grossière, d’un complot planétaire ourdi par McDonald’s et Subway pour couler la gastronomie hexagonale. Ils étaient tout de même 57% à y croire ! 57% à ne pas accepter que le cuistot du FMI soit capable de rater un plat pareil ! 57% à penser qu’un ingrédient n’a pas à se soustraire à la volonté du maitre-queue ! 57% à croire explicitement qu’il n’y pas de femmes violées et que ce sont toutes des allumeuses, comme on a encore trop souvent coutume de le croire dans les commissariats de province et autres bistrots à vins.
Peu importe, n’est-ce pas, que le grand chef Strauss-Kahn n’en soit pas à son coup d’essai, peu importe que de nombreuses femmes aient déjà souffert de ses fringales impatientes. On hausse les sourcils, on s’échange des regards en coin, et l’on se dit « Sacré Dominique ! Quel tempérament ! »…
Et puis, qu’est-ce que c’est, d’abord, que cette justice américaine (prononcer ce dernier mot avec un écoeurement marqué), qui ose arrêter un violeur moins de deux heures après son crime ? Et qui l’enferme à double tour, qui l’exhibe menotté aux photographes ? Quelle humiliation ! C’est quand même pire que de se faire agresser sexuellement dans une chambre, non ? Et depuis quand traite-t-on un criminel connu comme un criminel pas connu ? Où va-t-on, avec des méthodes pareilles ?...
Une voix dans la foule des commentateurs, a percé un matin de mon radio-réveil. C’est une femme, pourtant, qui disait cela. Je cite de mémoire :
- « Voyez-vous, ce qui est très problématique dans le système judiciaire américain, c’est que les procureurs sont élus démocratiquement, ce qui entraine fatalement de nombreuses corruptions… »
C’est vrai que toutes ces fichues méthodes démocratiques, c’est grave bouffé par la corruption. Alors qu’en France, les procureurs sont nommés arbitrairement par le Ministère de la Justice, parmi les amis politiques ou les collègues du Lion’s Club. C’est tout de suite plus fiable. On est entre gens bien, qui se comprennent et se soutiennent dans les coups durs…
C’est curieux, tout d’un coup, je n’ai plus faim…
La cuisine française m’a toujours un peu donné des aigreurs, mais là, je ne sais pas pourquoi, il y a un truc qui ne passe pas. C’est peut-être un peu trop faisandé… Nous vivons dans un pays où la frontière entre la fermentation et la pourriture a toujours été un peu trop floue…
Je n’ai rien contre le porc, habituellement, mais ces travers-là sont un peu indigestes. Pourtant, on se donne du mal pour me redonner de l’appétit. La semaine dernière, c’est Georges Tron qui s’est collé aux fourneaux. Le secrétaire d’Etat à la Fonction Publique n’a pas hésité à mettre la main à la pâte et à nous faire goûter sa spécialité : le pied de cochon !
Bien entendu, comme tous les grands gastronomes, Georges Tron aime à ce que l’on honore sa table. Il est même habilement secondé par une grouillotte, Brigitte Gruel, spécialisée dans la tarte aux poils à déguster directement au fourneau.
Certes, tant de pantagruelisme peut ne pas convenir à tout le monde. En bon papa gaveur, Georges Tron a tendance à rechigner quelque peu quand on ne veut pas finir son assiette. Mais mis à part deux ou trois tentatives de chantage et autant de licenciements abusifs, le beau dandy à la blanche crinière n’a rien de bien méchant à se reprocher. Mais voilà que la presse s’en empare et qu’on en fait tout un plat !... Franchement, quel manque de tact !…
Et on sent bien que la pilule a du mal à passer chez ces deux hommes vieillissants aux amusements essentiellement fellatoires. Strauss-Kahn, a son procès, semble agacé et pressé que cela se termine. Il n’y a sur son visage ni la révolte outragée d’un innocent accusé, ni le remords d’entraîner dans sa disgrâce tant de destinées féminines qui auraient pu rêver mieux. Georges Tron, qui ne communique que par enregistrements téléphoniques, laisse perler dans sa voix un agacement hautain exempt de tout remords. Chacun de ces deux hommes reste campé sur son orgueil, prêt à cracher au visage de ses accusateurs.
C’est toute la laideur intrinsèque de leurs âmes qui se dégage, telle une mauvaise haleine de pestiféré, par le biais de leurs gestes et de leurs paroles. Non, ils n’ont ni regrets, ni remords, pas même une pensée pour les femmes qu’ils ont ainsi abusées, sinon celui qu’elles n’aient pas su fermer leur clapet.
Strauss-Kahn, Tron : deux porcs infâmes et ordinaires, au charme vieillissant et aigri. Deux adeptes de la domination la plus sordide et la plus minable. Deux violeurs lâches, deux pervers fourbes, qui ne recherchent dans le sexe que le plaisir odieux d’écraser l’autre, un archaïsme de prédateur qui suinte la névrose procédurière de ceux qui sont esclaves de leur sens, mais qui n’en demeurent pas moins de tristes peine-à-jouir. Faut-il avoir une image pitoyable de la femme pour penser qu’on peut faire autre chose que de s’avilir en tirant une extase d’impuissant de quelque partie isolée et anonyme du corps féminin, que l’on force, que l’on assujettit, à la seule fin d’y vider une libido précocement sénile, avec le défoulement poussif d’une vessie d’incontinent ?
Comment font-ils aujourd’hui, ces vieillards indignes, pour affronter dans le miroir leurs images veules et porcines ? Où trouvent-ils les forces nécessaires à soutenir leur ego après s’être pris en pleine face le reflet vulgaire au possible de tout ce qu’ils sont de plus méprisable ? Et nous, les autres hommes, qui sommes censés aimer les femmes comme nos sœurs, qu’est-ce que ces faits divers éveillent donc comme terribles échos en nous, pour que notre estomac ne se soulève pas à l’énoncé de ces pratiques ?
Qu’est-ce qui se passait dans la tête de ce type en instance de divorce, le regard fiévreux, le rire forcé, qui affirmait bien haut, dans un restaurant où je me trouvais en même temps que lui, qu’une fellation forcée n’était pas vraiment un viol, que la femme de chambre était certainement volontaire et que tous ces Américains n’étaient que des coincés du cul ? Et moi, qu’est-ce qui m’a donc empêché de me lever de ma table et d’aller lui décocher mon poing en pleine face ?... Bon, là, c’était peut-être le brassard marqué « Police » qu’il avait négligemment posé sur la table à côté de son assiette qui m’a incité à plus de diplomatie. La justice américaine, je ne sais pas trop ce qu’elle vaut, mais la justice française, on ne connait plutôt bien ses complaisances…
Il n’en demeure pas moins une gêne, une gêne qui ne part pas, malgré l’annonce du procès de l’un, malgré le limogeage travesti en démission de l’autre. Vous ne le sentez pas, vous ? Une petite note qui crève le cœur, on ne sait pas trop pourquoi, mais ça ne veut pas s’en aller…
Je ne savais pas trop quoi en faire. Mais je crois que ça va déjà un peu mieux après l’avoir dit. Il me semble même que c’était presque un devoir envers chaque femme qui me lit, chacune de mes lectrices fidèles ou occasionnelles à qui j’avais désespérément envie de dire que oui, je suis un homme moi aussi, mais non, je ne suis pas un homme comme ça, et qu’il ne me viendrait jamais à l’idée de le devenir.
Juste envie de dire que la virilité, ça n’est pas ça ; la masculinité, ça n’est pas ça ; le sexe même, ça n’est pas ça. Il y a beaucoup de gens qui pensent néanmoins le contraire. Ils mériteraient selon moi d’être cuisinés eux-mêmes suivant les recettes de Maître Straus-Kahn et Maître Tron… C’est facile, et terriblement français, de trouver toujours bon pour les autres ce que l’on ne saurait subir soi-même…
Sur ce, je vous laisse méditer ces quelques considérations, en souhaitant que ce petit pamphlet gastronomique ne vous ait pas trop laissés sur votre faim…
Dernière minute : Luc Ferry, ancien Ministre de l’Education Nationale, a parait-il fait référence à la présence d’un restaurant français implanté au Maroc et qui proposerait des plats d’une exceptionnelle fraîcheur. Nous ne manquerons certainement pas de revenir sur ce nouvel exploit du bon goût national, dès que nous aurons de plus amples renseignements sur les spécialités de la maison et sur l’identité de son cuisinier…

Les commentaires récents