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COMMENTAIRES 2008 :
Je tenais à ce premier bilan. A l’époque, j’avais
réussi assez peu de choses dans ma vie. Le projet Dorian de Saint-Ouen avait
dépassé de loin ce que j’en attendais. Je commençais aussi à cette époque à
traîner le soir au Mustang Café de Montparnasse avec d’autres auditeurs de
l’émission. Généralement, Maurice nous y retrouvait après l’émission. J’ai de
bons souvenirs de ces années « Mustang ». On s’y amusait bien,
mais il était assez dérangeant de voir que les gens se comportaient de manière
très différente lorsque Maurice était là que lorsqu’il était parti.
Maurice, ce jour-là, semble s’être offusqué de mes propos (à moins que ce soit
de mon autocélébration) et se fend d’un rigide rappel à l’ordre auquel je donne
un assentiment goguenard, avec cette insolence qui m’est propre. Néanmoins,
c’était vrai que plusieurs des personnes qui faisaient de grands sourires à
Maurice m’incitaient, une fois qu’il était rentré chez lui, à me dresser contre
son autorité et à lancer ma propre carrière en concurrence. Pire, c’était aussi
le discours que me sortait Emmanuelle, ma compagne, quasiment à chaque fois que
l’on se voyait. C’est le genre d’idées malsaines que je n’ai jamais compris,
chez ces gens-là, car je pense qu’au-delà de ça, ils appréciaient vraiment
sincèrement Maurice. Mais l’éventualité de l’apparition d’un sparring-partner
un peu plus solide que les autres devait exciter leur imagination.
Toujours est-il que j’avais conscience, surtout un an après mon premier appel,
de tout ce que je devais à l’animateur. Aujourd’hui encore, lorsque je réécoute
tous ces textes de jeunesse, je réalise qu’aucune autre personne au monde ne
m’aurait permis de lire des écrits aussi singuliers, aussi provocateurs, aussi
violents. Et si on ne m’avait pas laissé le faire, que serais-je donc
aujourd’hui ?
Dans la dénonciation de ce carriérisme que l’on essayait de m’insuffler, il y
avait, en filigrane, une définitive déclaration de fidélité, comme Maurice
lui-même allait pouvoir s’en rendre compte lorsque je le suivrai sur Skyrock un
mois plus tard. Il y avait aussi le souci, purement journalistique, de mettre
en lumière ces courtisans, que l’on retrouve toujours dans quelque milieu que
ce soit, et qui sont parfois terriblement corrupteurs. S’il y en avait dix à
tourner autour de moi, il y en avait au moins mille autour de Maurice. Comment
le vivait-il lui-même ? En fait, j’espérais qu’il rebondirait sur ce
thème. Mais sans doute méfiant de nature, Maurice a préféré, à la place, me
faire sentir à nouveau le poids de la hiérarchie, ce qui me faisait doucement
rigoler, puisque lui comme moi savions que nous avions tout à perdre à nous
opposer. Mon rôle dans l’émission me convenait parfaitement, et l’idée de me
retrouver derrière un micro à mon tour ne m’intéressait guère. J’ai toujours
été une plume avant d’être une voix.
C’est vrai que j’ai débuté ma participation à cette émission comme le dernier
acte de ma vie. Je pensais déjà au suicide, j’allais faire ma première
véritable tentative huit mois plus tard. Mais à ce moment-là, « Maurice,
C’est La Nuit » avait indéniablement changé ma vie. Et je voyais l’avenir avec une certaine
sérénité. Bien sûr, comme je le laisse entendre, je demeurais inquiet. Tout
cela se terminerait bien un jour, j’en avais conscience.
« Tant que j’aurais des raisons de mourir, j’aurais des raisons
d’écrire. » : J’avais oublié cette phrase, et je la trouve encore
aujourd’hui très belle et très juste. On peut me trouver un peu narcissique,
sur le coup, mais ça n’est pas si souvent que je suis fier de ma rhétorique et
que je ne me dis pas que j’aurais pu faire mieux. Là, c’est un petit bout de
moi qui est encore vivant. C’est toujours très troublant, de se reconnaître
d’aussi loin.
Par contre, la comparaison avec Kurt Cobain, bof, bof, bof... Surtout le
lendemain d’avoir bien relativisé sa mort, ça n’était pas très inspiré. Comme
quoi, on ne peut pas tout réussir.

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